« Les scientifiques ne cherchent pas à décrire “la réalité” dans son ensemble »

Un grand système unifié permettrait-il de décrire l’intégralité de la réalité qui nous entoure ? Selon la philosophe Anouk Barberousse, il semble aujourd’hui plus fécond de privilégier une variété de points de vue et d’objets de recherche.

Cette interview est parue dans La Recherche (n° 571, octobre – décembre 2022), à retrouver en kiosque ou en ligne.

Anouk Barberousse est professeure de philosophie des sciences à Sorbonne Université, membre du laboratoire « Sciences Normes Démocratie ». Elle a notamment codirigé un Précis de philosophie des sciences (De Boeck Supérieur, 2011) et une introduction à La philosophie des sciences au XXe siècle (Flammarion, 2011).

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Le punk, un art de vivre

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n° 351 – octobre 2022). À lire pour aller plus loin : Penser avec le punk, de Catherine Guesde (PUF, 2022). À corps et à cris. Sociologie des punks français, de Pierig Humeau (CNRS, 2021), et Riot Grrrls. Chronique d’une révolution punk féministe, de Manon Labry (La Découverte, 2016).

« Punk is dead », « le punk est mort », chante le groupe anglais Crass dès 1978. À peine né, ce rock anarchique et antisystème se serait perdu en devenant un produit de consommation courante, récupéré par les majors de l’industrie musicale et les fabricants de goodies – t-shirts à l’effigie des groupes, jeans prédécoupés, mugs… La chaîne de télévision CBS promeut le groupe The Clash, insiste Crass. « Mais pas pour la révolution, juste pour le cash. »

Aux yeux des pionniers et des irréductibles, expliquent la philosophe Catherine Guesde et le sociologue Fabien Hein, le punk incarne une manière de vivre et un ensemble de valeurs. Cette éthique est le plus souvent résumée en un principe élémentaire : « Fais-le toi-même » ou « Do it yourself » (DIY) en anglais. Autrement dit, le punk est fondamentalement une incitation à agir et à créer, à s’exprimer sans demander d’autorisation, et à faire de l’art même quand on n’y connaît rien. C’est monter sur une scène, prendre un instrument ou un micro, et advienne que pourra.

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Woke, histoire d’une panique morale

Cette recension est parue dans Sciences Humaines (n° 351 – octobre 2022). Rendez-vous sur le site du magazine pour découvrir d’autres critiques de livres.

Voici plus de deux ans qu’intellectuels et politiques s’écharpent sur la question du « woke ». Pas d’inquiétude si ce mot ne vous dit rien, moins d’un Français sur dix voit de quoi il s’agit. Il sert à désigner un ensemble de luttes contre des discriminations raciales, sexuelles ou encore homophobes, dont le militantisme est dénoncé comme excessif.

Le débat s’est cristallisé sur des demandes de suppression de symboles racistes dans l’espace public (statues, noms de rue…), et de reconnaissance du caractère offensant de certaines productions culturelles (romans, films…) pour des personnes minoritaires ou marginalisées.

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Le docteur Philippe Charlier, des cadavres exquis à l’initiation au vaudou

Médecin anthropologue, ce scientifique aujourd’hui directeur de la recherche et de l’enseignement au Musée du quai Branly étudie avec une insatiable curiosité des phénomènes surnaturels ou inexplicables, au point d’avoir été initié au vaudou. Avec, en toile de fond, la question du rapport entre les vivants et les morts.

Ce portrait est paru dans Le Monde des religions. À découvrir sur le site du Monde (abonné·es).

Philippe Charlier au Musée du quai Branly, le 16 octobre 2018. © THIBAUT CHAPOTOT / MUSÉE DU QUAI BRANLY

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Les formes élémentaires de la boxe

Cet article est paru dans la rubrique « l’image du mois » de Sciences Humaines (n° 351 – octobre 2022). À lire pour aller plus loin : Voyage au pays des boxeurs, textes et photographies de Loïc Wacquant, La Découverte, 2022.

Dans son essai Les Jeux et les Hommes (1958), le sociologue Roger Caillois identifie quatre grands types de jeu. Certains impliquent de la compétition (« agôn », dans la classification de R. Caillois), à l’image des tournois d’échecs ou des courses en tous genres. D’autres dépendent principalement de la chance (« alea »), comme la loterie ou certains jeux de cartes. La troisième catégorie englobe les imitations et les arts du spectacle (« mimicry ») ; cela va de jeux de rôles élémentaires – « on dirait que je serais policier » – au jeu vidéo. La dernière forme de divertissement témoigne avant tout d’une recherche de vertige (« ilinx »), par exemple quand des enfants se poursuivent ou tournent rapidement sur eux-mêmes avant d’essayer de courir en ligne droite. Dans un beau livre en forme de Voyage au pays des boxeurs, le sociologue et pugiliste amateur Loïc Wacquant reprend cette classification pour montrer que la boxe illustre les quatre catégories à la fois.

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Les créateurs d’entreprises écolo, “encore trop souvent perçus comme de doux rêveurs”

Les entreprises à impact seraient de 10.000 à 15.000 en France, selon une étude BCG et Impact France, en partenariat avec Ipsos, pour un chiffre d’affaires estimé de 15 à 30 milliards d’euros. Si cet écosystème s’est professionnalisé, il peine encore à faire émerger des licornes, ces start-up valorisées à plus de 1 milliard de dollars. Les explications de Jean Moreau. Coprésident du mouvement Impact France, il est aussi cofondateur et dirigeant de Phenix, une appli mobile pour lutter contre le gaspillage alimentaire.

Cette interview est parus dans Management (n° 304 – août septembre 2022). À retrouver également en ligne.

Qu’appelle-t-on une «entreprise à impact» ?

Jean Moreau : C’est une boîte fondée sur deux grands principes : avoir un impact social et environnemental positif, et un partage aussi équitable que possible de la richesse et du pouvoir entre les dirigeants, les salariés et les investisseurs. Historiquement, le réseau Impact France est issu du mouvement des entrepreneurs sociaux et de l’économie sociale et solidaire (ESS). Notre spécificité est d’avoir une approche moins statutaire que l’ESS, qui regarde surtout si vous êtes une coopérative, une mutuelle ou une association.

Nous nous intéressons d’abord à votre activité. De ce point de vue, même une entreprise comme Leboncoin a un impact globalement positif – en généralisant l’achat-vente entre particuliers, en privilégiant les marchés d’occasion plus écologiques, etc. Dans un autre genre, j’ai fondé Phenix, une application permettant d’acheter à prix bradé des invendus alimentaires sur le point d’être jetés. Notre but est de valoriser des modèles à la fois éthiques et tournés vers l’économie traditionnelle. C’est une ligne de crête difficile à tenir, mais qui nous aidera – je l’espère ! – à devenir dominants.

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Conversation : comment nous accordons nos violons

Débit, volume, rythme… Sans nous en rendre compte, nous adaptons constamment notre façon de parler à nos interlocuteurs. Un phénomène dit « de convergence » ou « d’alignement », étudié au Laboratoire Parole et Langage d’Aix-en-Provence.

Casque-micro sur la tête, je m’apprête à engager la discussion avec un ordinateur. L’expérience est pilotée au LPL par Leonardo Lancia, chercheur CNRS en sciences du langage.

Ce reportage est paru dans Sciences humaines (n°350 – août – septembre 2022). À lire en kiosque ou en ligne.

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Tu «mème » ?

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n°350 – août – septembre 2022). À lire pour aller plus loin : Est-ce que tu mèmes ? De la parodie à la pandémie numérique, François Jost (CNRS, 2022) et Mèmologie. Théorie postdigitale des mèmes, Albin Wagener (UGA, 2022).

© KC GREEN

Deux cases de bande dessinée ont fait le tour du monde. Un chien coiffé d’un chapeau prend le thé dans une pièce en flammes. La situation est apocalyptique, mais il a l’air serein. « Tout va bien » (« this is fine »), confirme-t-il en souriant. L’image a été reprise des milliers de fois sur Internet, en étant agrémentée d’autant de commentaires : « moi quand je fais le point sur ma vie », « quand je commence à réviser la veille de l’examen », « quand on me demande comment ça se passe au boulot », etc.

C’est ce qu’on appelle un « mème », une image utilisée par des internautes pour exprimer quelque chose de façon condensée et souvent humoristique. Les clichés sont identiques au départ, mais chacun modifie un détail – une ligne de texte, un élément du décor ou encore un personnage… – pour en faire quelque chose d’unique. Cette pratique était réservée aux geeks puis s’est démocratisée. Des politiques de premier plan s’y mettent, sénateurs ou députés ; des publicitaires s’en inspirent pour concevoir leurs affiches, etc. Du côté de la recherche, les sciences du langage s’y intéressent aussi.

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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la langue française

À propos de Parler comme jamais La langue : ce qu’on croit et ce qu’on en sait, Laélia Véron et Maria Candéa, Le Robert, 2021, 324 p., 19 €. Cette recension est parue dans la sélection des livres pour l’été de Sciences humaines (n°350 – août – septembre 2022).

La langue, c’est comme la politique ou l’éducation : tout le monde a des opinions et rares sont les personnes qui ont pu étudier le sujet de façon un tant soit peu poussée. Contrairement à la philosophie ou à l’histoire, les sciences du langage ne sont pas enseignées au lycée et ne font pas partie de la culture générale. C’est pourquoi Laélia Véron et Maria Candéa, deux linguistes, ont créé un podcast couronné de succès et aujourd’hui devenu livre.

« À force d’avoir les cheveux qui se dressaient sur la tête chaque fois que l’on entendait parler de la langue française dans les médias, on a décidé de sortir des salles de cours et des amphis. Expérience réussie car Parler comme jamais est un modèle de vulgarisation scientifique. L’ouvrage aborde une vingtaine de questions sur les langues et sur le français en particulier, des plus générales (Comment définir une langue ? ) aux plus pointues (Les robots peuvent-ils parler comme nous ? ) en passant par les débats d’actualité (Faut-il réformer l’orthographe ? , L’écriture inclusive est-elle un péril mortel ? , etc.).

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Rafle du Vel d’Hiv : nouvel éclairage sur un crime français

Des sources et archives inédites permettent aujourd’hui de mieux comprendre ce qui s’est concrètement passé dans les rues de Paris il y a quatre-vingts ans, au moment de la rafle du Vel d’Hiv, les 16 et 17 juillet 1942. Analyse avec l’historien Laurent Joly, auteur d’un récent livre-enquête sur le sujet et coauteur d’un documentaire diffusé le 17 juillet sur France 5.

Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS

Mémorial situé à l’emplacement de l’entrée de l’ancien Vélodrome d’Hiver. Il est dédié aux 4 115 enfants juifs raflés, déportés et exterminés à Auschwitz-Birkenau. © Franck Lodi/Sipa

Comment expliquer la rafle du Vel d’Hiv à quelqu’un qui n’en aurait jamais entendu parler ?

Laurent Joly (1). On peut partir de son nom. Une « rafle », cela veut dire que des personnes sont arrêtées en masse. Ce ne sont pas des interpellations individuelles ou ponctuelles. C’est une vaste opération de la police parisienne qui vise 35 000 juifs étrangers et leurs enfants (qui eux sont français, car nés en France, pour la majorité d’entre eux), à Paris les 16 et 17 juillet 1942. En moins de deux jours, 12 884 sont arrêtés au final. Et puis il y a le « Vel d’Hiv », ou « Vélodrome d’Hiver », qui était un palais des sports dans le 15e arrondissement. Les familles arrêtées y sont incarcérées sans connaître leur sort. Les Allemands ne disent pas clairement ce qui attend les prisonniers. À Auschwitz, les chambres à gaz sont prêtes, mais pas les crématoires. Les nazis ont donc besoin d’un peu de temps avant de déporter les enfants, tous destinés à la chambre à gaz, contrairement aux adultes dont certains rentrent dans le camp pour y périr comme esclaves. Au final, presque toutes les personnes arrêtées ont été déportées dans les deux mois. Seule une centaine de ces victimes survivra.

C’est la plus grande rafle ayant lieu en Europe de l’Ouest durant la Seconde Guerre mondiale (les plus importantes menées en zone libre, à Berlin ou encore Amsterdam feront par la suite environ 5 000 ou 6 000 victimes). Pour mener une telle opération, la collaboration du régime de Vichy et de la police française est nécessaire. C’est la mise en œuvre concrète de la politique génocidaire des nazis en France. En même temps, il y a quelque chose d’effroyablement banal dans la façon dont les choses se déroulent. Seuls des agents ordinaires sont impliqués, des gardiens de la paix, des gendarmes, des chauffeurs de bus…

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