Mon visage sur le corps d’un autre

Devenir le héros de votre film préféré ? Rien de plus facile à l’heure des logiciels libres et des communautés d’internautes prêtes à vous aider. Une technologie développée en ligne permet d’incruster très facilement n’importe quel visage sur celui d’un personnage de film, reproduisant toutes ses mimiques et expressions faciales sous d’autres traits. Le trucage était bien connu des studios de cinéma, mais FakeApp l’a rendu accessible à n’importe qui ou presque – quitte à provoquer une tempête judiciaire en début d’année : de célèbres actrices comme Scarlett Johansson ou Emma Watson ont été incrustées dans des films pornographiques…

Des vidéos plus humoristiques ou bon enfant ont fleuri sur la Toile. Mais de façon étonnante, même les plus réussies ont tendance à sonner faux. Quelque chose cloche dans ces visages, un problème bien connu des spécialistes d’effets spéciaux… et indirectement du philosophe Emmanuel Levinas. Contrairement à une idée reçue, explique-t-il dans Éthique et infini (1982), un visage ne se résume pas à ses traits – couleur des yeux, largeur du front, épaisseur des lèvres… « La relation au visage peut certes être dominée par la perception, mais ce qui est spécifiquement visage, c’est ce qui ne se réduit pas. » Lire la suite

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Pourquoi pense-t-on que “c’était mieux avant” ?

Éléments de réponse avec Francis Eustache, directeur de l’unité de recherche « Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine » (Inserm-EPHE-université Caen-Normandie) et président du conseil scientifique de l’Observatoire B2V des mémoires. Cet article était initialement pour les pages Sciences du magazine Ebdo, contraint de suspendre sa publication.

Francis Eustache en février 2014 (© Inserm/P. Hirsch).

« Au fil du temps, nos souvenirs de jeunesse ont tendance à devenir plus vagues et plus agréables. On ne sait plus combien de fois nous sommes allés pêcher avec nos parents, à quelles occasions nous avons rapporté du poisson ou sommes rentrés bredouilles, mais on garde le souvenir de parties de pêche couronnées de succès sous un beau soleil d’été… C’est ce que l’on appelle un « biais de positivité », en psychologie de la mémoire : une tendance de notre cerveau à embellir le passé, à préserver des souvenirs heureux et à occulter les aspects plus négatifs de notre histoire personnelle. Ce mécanisme nous aide à construire une image positive de nous-même et de notre vie, sans laquelle nous aurions bien du mal à aller de l’avant et à nous projeter avec enthousiasme vers l’avenir. Mais cette tendance peut aussi creuser l’écart entre un passé magnifié et une réalité présente moins malléable… Lire la suite

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Classé dans Psychologie, Sciences

Faut-il penser aux risques avant d’entreprendre ?

« Que de choses il faut ignorer pour agir » : en quoi cette citation du poète et philosophe Paul Valéry, extraite de Choses tues (1930) permettrait d’éclairer la pratique managériale ? Éléments de réponse dans Management (n° 262, avril 2018). Retrouvez également l’analyse de Pierre-Olivier Monteil, auteur d’Éthique et philosophie du management (Erès).

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Bien-être au travail : deux pour le prix d’un !

Management vient de publier deux éditions dédiées au bonheur ! Un guide hors-série du bien-être au travail (mars – avril 2018), ainsi qu’un dossier pour « retrouver l’envie de se lever pour aller bosser » dans un numéro courant (n° 262, avril 2018).

À retrouver dans ces deux numéros :

Une enquête sur « l’ère du “care” : c’est le nouveau buzzword (un concept philosophique à l’origine…) pour les politiques managériales dédiées à la bienveillance quotidienne, à une réorganisation des conditions de travail et à une meilleure articulation pro-perso – au risque de s’offrir un « supplément d’âme », sans s’attaquer aux causes profondes de la souffrance au travail ? Lire la suite

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Onomastique des Pokémon

Ils s’appellent Pikachu, Braségali ou encore Lugia. Et même si vous ignorez à quoi ressemblent ces créatures fantasmagoriques, héros de manga et de jeux vidéo, vous pourriez déjà vous être fait une vague idée – en associant spontanément leurs noms à des formes plutôt rondes ou pointues, de grande ou de petite taille, etc. « De récentes études (la pokemonastique) ont montré que les sons utilisés dans les noms des Pokémon japonais avaient une valeur symbolique », assure l’appel à contribution de la première conférence scientifique dédiée, organisée à l’université de Keiō (Japon) les 26 et 27 mai prochains.

Cette approche s’inscrit dans les recherches en onomastique, consacrées à l’analyse des noms, une branche marginale mais bien vivante de la linguistique. Des études japonaises sur la symbolique des sons indiquent par exemple que les mots « malouma » et « bouba » évoquent des formes rondes et généreuses, tandis que « takété » et « kiki » font écho à des silhouettes angulaires et pointues. Le même constat pourrait valoir en français pour les prénoms « Maude » et « Thierry » par exemple. Et pour les Pokémon bien sûr. Les quelque 800 spécimens répertoriés présentent une vaste variété de formes, de tailles, et possèdent chacun leur nom propre – un terrain de choix pour l’onomastique.

Des Pokémon “non officiels” ont été dessinés pour la conférence, afin des tester des hypothèses onomastiques.

De fait, constate le linguiste Shigeto Kawahara, principal organisateur de la conférence, on devine le plus souvent la taille et le poids approximatifs d’un Pokémon en entendant son nom, mais aussi son « stade d’évolution » – ces créatures pouvant se transformer pour acquérir plus de pouvoir – ou encore sa force au combat. Lorsque le nom commence par une voyelle haute comme « i » par exemple, le Pokémon est généralement petit et léger. La conférence aura notamment pour objet de déterminer si ces résultats se retrouvent dans d’autres langues – huit noms de Pokémon sur dix étant traduits à l’étranger – et plus généralement si la symbolique des sons peut être universelle.

Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 302, avril 2018)

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Comment intéresser les salariés aux résultats de leur PME ?

L’idée d’associer les salariés aux résultats des petites entreprises est au menu du projet de loi Pacte, qui sera présenté en Conseil des ministres en avril. Le chercheur Patrice Roussel explore les liens subtils entre motivation et rémunération, et analyse les conditions pour qu’une telle mesure puisse réellement profiter aux salariés et favoriser le développement de l’entreprise. Cette interview est parue dans CNRS Le Journal

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La France compte près de 4 millions de PME ou TPE, dont la très grande majorité sont des microentreprises. Elles emploient quasiment un salarié sur deux et réalisent environ 45 % de la valeur ajoutée du tissu productif hexagonal. Mais beaucoup peinent à croître et à faire grandir leurs équipes. Vous venez de conclure une convention de recherche de trois ans avec une entreprise de taille moyenne, dédiée à l’efficacité des politiques de rémunération sur l’engagement et la performance des salariés. Qu’en retenez-vous ?

Patrice Roussel : Que l’argent n’est pas le nerf de la guerre. Dans le cadre théorique dit de l’autodétermination, nous partons du principe qu’il existe deux formes de motivation au travail : l’une intrinsèque ou autonome, lorsqu’un individu a choisi son métier ou l’exerce par passion, par exemple ; et l’autre extrinsèque ou contrôlée, dont le meilleur exemple est le « job alimentaire », encouragé par le salaire ou d’autres récompenses. Pour des raisons évidentes, la première est plus souvent associée au bien-être et à la performance que la seconde. Mais il y a parfois débat sur la rémunération : certains travaux considèrent que les augmentations poussent les salariés vers de la motivation contrôlée – qu’ils ne travaillent plus que par appât du gain, pour schématiser –, d’autres envisagent qu’elles ne nuisent pas à la motivation autonome. Nos dernières recherches permettent d’affirmer que l’argent reste dans l’absolu une récompense sans effet sur l’engouement intrinsèque des salariés. Néanmoins, si une entreprise travaille en amont sur son organisation et sur son management pour impliquer les salariés, les augmentations peuvent consolider ou renforcer la motivation autonome qui en découle. L’argent ne fait pas le bonheur mais peut y contribuer, autrement dit.

Quel cadre mettre en place pour que le volet financier ait un effet sur le bien-être et la productivité des salariés ?
P. R. : La théorie de l’autodétermination préconise de jouer sur trois leviers, qui nous semblent bien établis dans les faits. D’une part, les systèmes de rémunération doivent accompagner ou plutôt confirmer une montée en compétences de l’employé Lire la suite

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Classé dans Management, Travail

Génétique : des “hommes moutons” en laboratoire

Des chercheurs ont implanté des cellules humaines dans un embryon animal. Objectif ultime : la création d’organes destinés à des greffes. Cet article est paru dans Ebdo (semaine du vendredi 9 mars 2018).

Une précédente expérience, en 2017, a consisté à implanter des cellules humaines (en rouge) dans un embryon de porc © Juan Carlos Izpisua Belmonte/Salk

Rassurez-vous, aucun scientifique n’a joué les docteurs Moreau en créant des animaux à tête humaine ; mais l’expérience reste spectaculaire. Une équipe de l’Université de Stanford a annoncé, mi février au congrès de l’Association américaine pour l’avancement des sciences, avoir cultivé des embryons de moutons dotés de 0,01 % de cellules humaines. Ce genre d’organisme “chimère” – composés de cellules ayant des origines génétiques différentes – a déjà été obtenu l’an dernier avec des porcs et des humains, et depuis 2010 avec des souris et des rats. Mais c’est la première fois que deux espèces aussi différentes sont mêlées avec succès.

Expérience interdite en France
Concrètement, les chercheurs commencent par prélever des cellules bien particulières sur un embryon humain. « Au tout début du développement, rappelle le biologiste Pierre Savatier*, directeur de recherche à l’Inserm, certaines ont la faculté de se transformer en n’importe quel type de cellule spécialisée – pour générer tantôt des neurones, tantôt des muscles, etc. » Lire la suite

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