Comment vivre ? Les sagesses antiques à l’épreuve de notre temps

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La philosophie antique n’a jamais été aussi vivante. Le développement personnel s’en empare, la pop culture s’en inspire ; en pleine pandémie, les anglophones ont même dévoré les ouvrages des stoïciens. Comme le montre notre dossier, ces textes vieillissent bien car les questions qu’ils soulèvent sont éternelles. Au 21e siècle, on peut encore affronter la mort en stoïcien ou en épicurien, comme ce champion d’un sport de combat que nous avons rencontré. On peut chercher le bonheur comme Platon et Aristote, vivre toute une semaine en pythagoricien puis en cynique. On peut réévaluer nos amitiés à l’aune de la pandémie, ou encore apprendre à consoler un enfant comme Boèce. Bref, l’idée de mettre en accord nos idées et nos actes, comme ont tenté de le faire les sages pendant leur vie, reste une exigence d’actualité. Cela se fait parfois au prix de réinterprétations, voire de torsions – le précepte « Connais-toi toi-même » n’avait rien de psychologique à l’origine ! Mais c’est aussi en cela que cette philosophie est vivante : elle ne cesse de cheminer et d’évoluer. 

Ce dossier est paru dans Sciences humaines (n° 339 – Août – septembre 2021), à découvrir en kiosque ou en ligne !

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Ces voix qui sifflent dans nos têtes

Nous passons environ un quart de notre temps à penser, à dialoguer silencieusement avec nous-mêmes, ou encore à écouter des voix qui parlent en nous. Mais quelles sont-elles et que peut-on en dire d’un point de vue scientifique ? Pas grand-chose au premier abord. Si l’on y voit qu’un décalque de la parole, il paraît difficile d’étudier sérieusement une dimension aussi intérieure et subjective du langage. Mais il y a d’autres réponses possibles, que développe le psychologue Charles Fernyhough dans ce livre.

La question est même passionnante, tant elle en soulève mille autres. Pourquoi avons-nous le sentiment de penser dix fois plus vite que nous parlons, et cette impression est-elle fondée ? Avons-nous le même accent dans notre tête qu’à l’oral ? Différentes voix peuvent-elles jouer différentes fonctions, ou même correspondre à des traits de personnalité sans que cela relève d’une pathologie ? L’auteur, directeur du projet de recherches multidisciplinaire « Hearing the voice », à l’université de Durham (Royaume-Uni), fait un point actualisé sur les études en cours. On apprend par exemple, que les sportifs professionnels ont une tendance plus marquée à se coacher et à s’engueuler eux-mêmes. Également spécialiste du développement de l’enfant, C. Fernyhough s’intéresse plus longuement au rôle des voix intérieures en situation d’apprentissage, ou lorsque l’on tente de résoudre un problème. À la croisée de la psychologie, de la philosophie et des sciences du langage, un ouvrage à méditer tout l’été.

Cette critique est parue dans « les livres de l’été » de Sciences Humaines (n° 339, Août – septembre 2021). Rendez-vous sur le site pour découvrir le reste de la sélection !

Le dialogue intérieur. Qui parle en nous ?, Charles Fernyhough, Albin Michel, 2021, 384 p., 24 €.

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Les mots magiques

Témoignage de l’amour de la vie et des autres, la gratitude serait, pour le philosophe Vladimir Jankélévitch, un sentiment indispensable à notre bien-être.

Cette chronique est parue dans Management (n° 296, juin 2021). À retrouver en ligne ! Toujours dans cette rubrique, retrouvez en prime l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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Quand les ingénieurs se piquent d’éthique

L’innovation pour l’innovation ne fait plus recette. Les ingénieurs se mettent en quête de sens et de valeurs à défendre. Une petite révolution pour un corps traditionnellement attaché à l’idée d’une technique neutre, forcément synonyme de progrès.

Cet article est paru sur Philonomist, plateforme de Philosophie magazine dédiée au monde du travail, aux management, à l’innovation et à l’économie. Rendez-vous sur leur site pour lire la suite !

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L’altération des mondes. Versions de Philip K. Dick

Philip K. Dick est l’un des écrivains les plus importants de science-fiction. Auteur d’Ubik, du Maître du haut château, des Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, il semble poursuivi par deux grandes questions : ce monde est-il réel ou illusoire, et sommes-nous lucides ou en proie à la folie ? Le philosophe David Lapoujade, spécialiste de Gilles Deleuze et du pragmatisme américain, s’efforce de reconstituer les intuitions de P. K. Dick sur ces questions, en s’appuyant sur ses fictions, essais, correspondances, ainsi que sur sa biographie.

Pour lui, le romancier met généralement en scène la disparition d’un monde jusqu’alors tenu pour objectivement réel et unique…Cette disparition lui permet de souligner en retour la puissance créatrice de la subjectivité : chaque point de vue apparaît comme l’expression d’un autre monde possible, tendant spontanément à se déployer. Beaucoup tentent même d’imposer leur réalité aux autres, usant notamment d’artifices et de technologies propres à la science-fiction, ce que D. Lapoujade appelle une « guerre des psychismes ». Cette lecture est d’autant plus passionnante que, même si l’auteur ne les nomme pas, il existe aujourd’hui des technologies numériques qui favorisent l’essor de représentations alternatives de la réalité.

Chez P. K. Dick, la défaite des protagonistes est fréquente et synonyme d’aliénation : quelque chose s’immisce dans leur monde et parvient à en prendre le contrôle, réduisant à néant leur vitalité et leur humanité. Dans les récits les moins tragiques, conclut D. Lapoujade, P. K. Dick réhabilite la figure du « bricoleur » et du hacker : ses héros sont des individus modestes voire marginaux, mais débrouillards et imaginatifs ; ils résistent et rapiècent un monde commun avec des bouts de l’ancien.

Cette critique est parue dans Sciences humaines (n°338 – Juillet 2021). Rendez-vous sur le site pour découvrir d’autres essais et publications !

L’altération des mondes. Versions de Philip K. Dick, David Lapoujade, Minuit, 2021, 152 p., 16 €.

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Faut-il sauver la valeur travail ?

Faire des efforts pour réussir : selon les philosophes Gérard Amicel et Amine Boukerche, auteurs de Autopsie de la valeur travail (Apogée, 2020) ces mots d’ordre ont perdu de leur impact. Et les répéter à l’envi ne suffira pas à donner du cœur à l’ouvrage !

Cette chronique est parue dans Management (n° 295, mai 2021). À retrouver en ligne ! Toujours dans cette rubrique, retrouvez en prime l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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« Ontologie du devenir » : quand la science se déstabilise

Ontologie du devenir

Ce titre, un peu effrayant, ne rend pas justice à un livre captivant et d’une grande clarté. Anne Fagot-Largeault, philosophe et psychiatre, professeure honoraire au Collège de France, revisite l’histoire des sciences à l’aune d’un éternel problème philosophique : comment peut-on avoir des connaissances stables sur le monde, si tout est toujours en train de changer ? Peut-on par exemple définir une race de chien – le berger allemand, le dalmatien –, si les animaux se métissent, se transforment et évoluent constamment au fil des générations ?

Dès l’Antiquité, des philosophes ont opposé dans cet esprit l’« être », ou l’essence éternelle des choses, au « devenir », soit le mouvement perpétuel du monde. Dans le sillage de Platon, la science occidentale s’est d’abord constituée comme science de l’être (« ontologie »), considérant que des vérités immuables existaient au-delà du tourbillon des apparences. Mais comme l’expose A. Fagot- Largeault, d’autres philosophes ont pris le parti opposé et tenu un discours scientifique sur le « devenir ». Cette tradition va d’Héraclite, jugeant « qu’on ne saurait descendre deux fois dans le même fleuve », à Henri Bergson, Alfred Whitehead, et tant d’autres jusqu’à aujourd’hui.

Occultée, voire mise à l’index durant des siècles, cette approche semble en effet dominante à l’heure actuelle : étudier le monde vivant ou l’univers, par exemple, c’est désormais s’intéresser à leur dynamique, à leur histoire, à leur évolution. A. Fagot-Largeault retrace ce basculement au fil d’une écriture simple et efficace – son livre étant adapté de cours donnés au Collège de France pour le grand public. La deuxième partie de l’ouvrage agrège aussi des contributions d’autres auteurs, au risque parfois de donner des allures de patchwork à l’ensemble. Mais le propos reste toujours accessible et vivant. 

Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 337, juin 2021)

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La culture générale, nouvel atout des managers

Pionnier de la philosophie d’entreprise, Ghislain Deslandes dénonce le manque de vision globale des managers. Dans À propos du management et d’une problème plus général (PUF, 2020) Il préconise de revaloriser la culture générale et les humanités.

Cette chronique est parue dans Management (n° 294, avril 2020). À retrouver en ligne ! Toujours dans cette rubrique, retrouvez en prime l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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L’autisme au prisme des sciences humaines

Les éditions Sciences Humaines publient un petit ouvrage que j’ai coordonné sur l’autisme, à découvrir (et à commander 😉) ici. Bonne lecture !

Tout le monde a une idée de ce qu’est l’autisme, mais personne ne pense à la même chose. Les uns imaginent des enfants prostrés, incapables de communiquer et risquant de se taper la tête contre les murs. D’autres songent à des génies hors normes, un peu geeks et parfois artistes, maladroits en société mais d’autant plus subversifs. Entre ces deux extrêmes – largement fantasmés –, chacun pioche des traits supposés typiques dans une palette presque infinie de comportements, symptômes et dispositions cognitives.

Mais en réalité, en dépit de tendances communes, la diversité des formes d’autisme n’est pas loin d’épouser celle des individus, des personnalités ou encore des profils sociaux… Comment, dès lors, retracer l’histoire de l’autisme ? Peut-on identifier ses causes ou encore faire un état des lieux des prises en charge les plus prometteuses ? De l’« idiotie » aux « troubles du spectre de l’autisme », en passant par « l’autisme de Kanner » et « le syndrome d’Asperger », cette notion s’est beaucoup affinée depuis le XIXe siècle. Elle semble désormais ne pouvoir être comprise qu’à travers une approche elle-même diversifiée et multidisciplinaire, puisant tant dans les sciences humaines et sociales que dans la médecine et les sciences naturelles, et prenant en compte une multiplicité de facteurs possibles.

En toile de fond, à l’heure où de nombreux chercheurs dénoncent une tendance au surdiagnostic depuis les années 1980, la question demeure de savoir si ce que l’on désigne comme « autisme » relève toujours d’un même trouble, et si cette notion ne recouvre pas des réalités qui seront amenées à être encore mieux discernées à l’avenir.

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Trop d’éthique peut-elle tuer l’éthique ?

Dans le monde du management, les manuels de bonnes pratiques prolifèrent. Un détour par l’histoire des idées permet d’en comprendre les raisons… et pourquoi il serait illusoire de vouloir respecter toutes les prescriptions en même temps.

Cette enquête est parue sur Philonomist, site web de Philosophie magazine consacré au monde du travail, au management et aux nouvelles économies. Rendez-vous en ligne pour lire l’intégralité et découvrir plein d’autres articles passionnants !

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