« Ontologie du devenir » : quand la science se déstabilise

Ontologie du devenir

Ce titre, un peu effrayant, ne rend pas justice à un livre captivant et d’une grande clarté. Anne Fagot-Largeault, philosophe et psychiatre, professeure honoraire au Collège de France, revisite l’histoire des sciences à l’aune d’un éternel problème philosophique : comment peut-on avoir des connaissances stables sur le monde, si tout est toujours en train de changer ? Peut-on par exemple définir une race de chien – le berger allemand, le dalmatien –, si les animaux se métissent, se transforment et évoluent constamment au fil des générations ?

Dès l’Antiquité, des philosophes ont opposé dans cet esprit l’« être », ou l’essence éternelle des choses, au « devenir », soit le mouvement perpétuel du monde. Dans le sillage de Platon, la science occidentale s’est d’abord constituée comme science de l’être (« ontologie »), considérant que des vérités immuables existaient au-delà du tourbillon des apparences. Mais comme l’expose A. Fagot- Largeault, d’autres philosophes ont pris le parti opposé et tenu un discours scientifique sur le « devenir ». Cette tradition va d’Héraclite, jugeant « qu’on ne saurait descendre deux fois dans le même fleuve », à Henri Bergson, Alfred Whitehead, et tant d’autres jusqu’à aujourd’hui.

Occultée, voire mise à l’index durant des siècles, cette approche semble en effet dominante à l’heure actuelle : étudier le monde vivant ou l’univers, par exemple, c’est désormais s’intéresser à leur dynamique, à leur histoire, à leur évolution. A. Fagot-Largeault retrace ce basculement au fil d’une écriture simple et efficace – son livre étant adapté de cours donnés au Collège de France pour le grand public. La deuxième partie de l’ouvrage agrège aussi des contributions d’autres auteurs, au risque parfois de donner des allures de patchwork à l’ensemble. Mais le propos reste toujours accessible et vivant. 

Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 337, juin 2021)

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L’autisme au prisme des sciences humaines

Les éditions Sciences Humaines publient un petit ouvrage que j’ai coordonné sur l’autisme, à découvrir (et à commander 😉) ici. Bonne lecture !

Tout le monde a une idée de ce qu’est l’autisme, mais personne ne pense à la même chose. Les uns imaginent des enfants prostrés, incapables de communiquer et risquant de se taper la tête contre les murs. D’autres songent à des génies hors normes, un peu geeks et parfois artistes, maladroits en société mais d’autant plus subversifs. Entre ces deux extrêmes – largement fantasmés –, chacun pioche des traits supposés typiques dans une palette presque infinie de comportements, symptômes et dispositions cognitives.

Mais en réalité, en dépit de tendances communes, la diversité des formes d’autisme n’est pas loin d’épouser celle des individus, des personnalités ou encore des profils sociaux… Comment, dès lors, retracer l’histoire de l’autisme ? Peut-on identifier ses causes ou encore faire un état des lieux des prises en charge les plus prometteuses ? De l’« idiotie » aux « troubles du spectre de l’autisme », en passant par « l’autisme de Kanner » et « le syndrome d’Asperger », cette notion s’est beaucoup affinée depuis le XIXe siècle. Elle semble désormais ne pouvoir être comprise qu’à travers une approche elle-même diversifiée et multidisciplinaire, puisant tant dans les sciences humaines et sociales que dans la médecine et les sciences naturelles, et prenant en compte une multiplicité de facteurs possibles.

En toile de fond, à l’heure où de nombreux chercheurs dénoncent une tendance au surdiagnostic depuis les années 1980, la question demeure de savoir si ce que l’on désigne comme « autisme » relève toujours d’un même trouble, et si cette notion ne recouvre pas des réalités qui seront amenées à être encore mieux discernées à l’avenir.

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Trop d’éthique peut-elle tuer l’éthique ?

Dans le monde du management, les manuels de bonnes pratiques prolifèrent. Un détour par l’histoire des idées permet d’en comprendre les raisons… et pourquoi il serait illusoire de vouloir respecter toutes les prescriptions en même temps.

Cette enquête est parue sur Philonomist, site web de Philosophie magazine consacré au monde du travail, au management et aux nouvelles économies. Rendez-vous en ligne pour lire l’intégralité et découvrir plein d’autres articles passionnants !

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Ces hommes qui détestent les femmes

Bien plus virulents que les machos, les « masculinistes » réinventent un discours misogyne et antiféministe, basculant parfois dans l’incitation à la haine et à la violence. J’ai consacré une petite enquête à ce phénomène dans Version Femina (n° 989, semaine du 15 au 21 mars 2021). Un grand merci en particulier à l’historienne Christine Bard, co-directrice de l’ouvrage Antiféminismes et masculinismes d’hier et d’aujourd’hui (PUF, 2019).

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« La mort, osons en parler »

Le magazine Version Femina vient de publier un numéro spécial sur « la mort »(mars 2021). J’ai eu le plaisir de réaliser plusieurs articles sous la houlette de Laurence Delpoux, maitresse d’œuvre de ce hors-série :

  • Un panorama de grandes réponses philosophiques au mystère de la mort, de Socrate à Jankélévitch, en passant par Spinoza ou Heidegger.
  • Un entretien avec le philosophe Thibaut de Saint-Maurice, qui a accepté d’analyser les petites phrases, dictons, proverbes et idées reçues qui ne manquent pas de fleurir lorsque l’on parle de mort (“elle donne du sens à la vie”, “au moins elle frappe tout le monde”, etc.)
  • Une sélection de films, séries, livres et bande dessinées à mourir de rire, comme La mort vous va si bien de Robert Zemeckis (1992) ou les Idées noires de Franquin (1977 – 83).
  • Les interviews d’un rabbin, d’un prêtre et d’un imam, pour mieux connaitre leur conceptions respectives de la mort et leur demander si la religion pouvait être un soulagement face à cette angoisse.
  • Un tour d’horizon de rites du monde entier, au Ghana, au Japon ou encore aux îles Sulawesi ! Agrémentées de trois questions à Philippe Charlier, médecin et anthropologue initié au vaudou, notamment auteur de Rituels (Cerf, 2020) et de L’homme, la nature et les dieux (Plon, 2020).
  • Un autre tour d’horizon, des nouveaux rituels contemporains et parfois étonnants. Avec la journaliste Sarah Dumont, créatrice du site HappyEnd.
  • Un article synthétique sur les grandes étapes du deuil, inspiré notamment des travaux de la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross.
  • Une petite enquête sur le transhumanisme et ses promesses parfois franchement fantaisiste d’immortalité.

Et d’autres petites choses (sélection de livre pour enfants, infos insolites…) que je vous laisse découvrir. Bonne lecture !

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Peut-on encore faire des projets ?

Ça m’intéresse Santé & bien-être fait peau neuve et s’ouvre d’avantage à la philosophie.

Pour cette nouvelle formule (n° 17, mars – mai 2021), j’ai eu le plaisir de faire un petit article sur les projets : comment prévoir quoi que ce soit dans l’incertitude ? Éléments de réponse à la lumière des philosophes Aristote, Heidegger ou encore Michael Bratman.

Un grand merci au philosophe Mikaël Cozic pour ses éclairages sur la « théorie de la décision ». Il s’apprête à publier aux éd. Matériologiques l’une des premières grandes introductions philosophiques en français sur ce sujet. On a hâte de la lire !

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Comment la théologie chrétienne a lancé « l’écriture inclusive »

L’expression « écriture inclusive » est apparue dans le sillage de la théologie protestante féministe des années 1970-1980, sur fond d’interrogations politiques et parfois métaphysiques concernant la représentation du genre dans la religion.

© BORIS SEMENIAKO

Cet article est paru dans Le Monde, à retrouver en ligne ! Un grand merci aux chercheuses Julie Abbou et Lauriane Savoy pour leurs éclairages ! Et au podcast Parler comme jamais pour avoir “révélé le scoop” dans un épisode consacré à l’écriture inclusive.

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Éloge du cerveau lent

Dans Un mois, un mot, Flora Bernard et Marion Genaivre, cofondatrice de l’agence de philosophie Thaé, partagent douze réflexions, à picorer tout au long de l’année, issues de leurs ateliers en entreprise. On pourrait tout dévorer en une soirée de lecture, mais ce serait négliger l’importance du temps long cher aux “amoureux de la sagesse”.

Cette chronique est parue dans Management (n° 292, mars 2021), à retrouver en ligne ! Toujours dans cette rubrique, retrouvez en prime l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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Le point sur la « remédiation cognitive »

Cette nouvelle approche thérapeutique de la rééducation est aujourd’hui utilisée pour renforcer la mémoire ou encore la concentration des enfants hyperactifs, des patients atteints d’Alzheimer, des victimes d’AVC, etc. On fait le point dans Version Fémina (n° 985, semaine du 15 au 21 février) avec Magali Seassau, docteure en neurosciences et directrice opérationnelle du centre médical CogCharonne, à Paris.

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L’humanité face au risque

C’est l’enjeu du dernier numéro de Carnets Science, la revue du CNRS (#9, décembre 2020). La crise du Covid-19 y occupe naturellement une place importante, mais pas seulement. Des chercheurs et chercheuses interrogent plus largement le relation que nos sociétés entretiennent avec le risque sous toutes ses formes : à travers l’insécurité, l’innovation, la gestion de crise ou encore la peur par exemple.

La revue reprend à cette occasion mon interview de l’histoire Fabien Locher, sur les régimes de propriété et sur l’impact que peuvent avoir des grandes catastrophes. À (re)découvrir en librairie !

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