Conversation : comment nous accordons nos violons

Débit, volume, rythme… Sans nous en rendre compte, nous adaptons constamment notre façon de parler à nos interlocuteurs. Un phénomène dit « de convergence » ou « d’alignement », étudié au Laboratoire Parole et Langage d’Aix-en-Provence.

Casque-micro sur la tête, je m’apprête à engager la discussion avec un ordinateur. L’expérience est pilotée au LPL par Leonardo Lancia, chercheur CNRS en sciences du langage.

Ce reportage est paru dans Sciences humaines (n°350 – août – septembre 2022). À lire en kiosque ou en ligne.

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Tu «mème » ?

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n°350 – août – septembre 2022). À lire pour aller plus loin : Est-ce que tu mèmes ? De la parodie à la pandémie numérique, François Jost (CNRS, 2022) et Mèmologie. Théorie postdigitale des mèmes, Albin Wagener (UGA, 2022).

© KC GREEN

Deux cases de bande dessinée ont fait le tour du monde. Un chien coiffé d’un chapeau prend le thé dans une pièce en flammes. La situation est apocalyptique, mais il a l’air serein. « Tout va bien » (« this is fine »), confirme-t-il en souriant. L’image a été reprise des milliers de fois sur Internet, en étant agrémentée d’autant de commentaires : « moi quand je fais le point sur ma vie », « quand je commence à réviser la veille de l’examen », « quand on me demande comment ça se passe au boulot », etc.

C’est ce qu’on appelle un « mème », une image utilisée par des internautes pour exprimer quelque chose de façon condensée et souvent humoristique. Les clichés sont identiques au départ, mais chacun modifie un détail – une ligne de texte, un élément du décor ou encore un personnage… – pour en faire quelque chose d’unique. Cette pratique était réservée aux geeks puis s’est démocratisée. Des politiques de premier plan s’y mettent, sénateurs ou députés ; des publicitaires s’en inspirent pour concevoir leurs affiches, etc. Du côté de la recherche, les sciences du langage s’y intéressent aussi.

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Classé dans Pop culture, Sciences du langage

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la langue française

À propos de Parler comme jamais La langue : ce qu’on croit et ce qu’on en sait, Laélia Véron et Maria Candéa, Le Robert, 2021, 324 p., 19 €. Cette recension est parue dans la sélection des livres pour l’été de Sciences humaines (n°350 – août – septembre 2022).

La langue, c’est comme la politique ou l’éducation : tout le monde a des opinions et rares sont les personnes qui ont pu étudier le sujet de façon un tant soit peu poussée. Contrairement à la philosophie ou à l’histoire, les sciences du langage ne sont pas enseignées au lycée et ne font pas partie de la culture générale. C’est pourquoi Laélia Véron et Maria Candéa, deux linguistes, ont créé un podcast couronné de succès et aujourd’hui devenu livre.

« À force d’avoir les cheveux qui se dressaient sur la tête chaque fois que l’on entendait parler de la langue française dans les médias, on a décidé de sortir des salles de cours et des amphis. Expérience réussie car Parler comme jamais est un modèle de vulgarisation scientifique. L’ouvrage aborde une vingtaine de questions sur les langues et sur le français en particulier, des plus générales (Comment définir une langue ? ) aux plus pointues (Les robots peuvent-ils parler comme nous ? ) en passant par les débats d’actualité (Faut-il réformer l’orthographe ? , L’écriture inclusive est-elle un péril mortel ? , etc.).

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Rafle du Vel d’Hiv : nouvel éclairage sur un crime français

Des sources et archives inédites permettent aujourd’hui de mieux comprendre ce qui s’est concrètement passé dans les rues de Paris il y a quatre-vingts ans, au moment de la rafle du Vel d’Hiv, les 16 et 17 juillet 1942. Analyse avec l’historien Laurent Joly, auteur d’un récent livre-enquête sur le sujet et coauteur d’un documentaire diffusé le 17 juillet sur France 5.

Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS

Mémorial situé à l’emplacement de l’entrée de l’ancien Vélodrome d’Hiver. Il est dédié aux 4 115 enfants juifs raflés, déportés et exterminés à Auschwitz-Birkenau. © Franck Lodi/Sipa

Comment expliquer la rafle du Vel d’Hiv à quelqu’un qui n’en aurait jamais entendu parler ?

Laurent Joly (1). On peut partir de son nom. Une « rafle », cela veut dire que des personnes sont arrêtées en masse. Ce ne sont pas des interpellations individuelles ou ponctuelles. C’est une vaste opération de la police parisienne qui vise 35 000 juifs étrangers et leurs enfants (qui eux sont français, car nés en France, pour la majorité d’entre eux), à Paris les 16 et 17 juillet 1942. En moins de deux jours, 12 884 sont arrêtés au final. Et puis il y a le « Vel d’Hiv », ou « Vélodrome d’Hiver », qui était un palais des sports dans le 15e arrondissement. Les familles arrêtées y sont incarcérées sans connaître leur sort. Les Allemands ne disent pas clairement ce qui attend les prisonniers. À Auschwitz, les chambres à gaz sont prêtes, mais pas les crématoires. Les nazis ont donc besoin d’un peu de temps avant de déporter les enfants, tous destinés à la chambre à gaz, contrairement aux adultes dont certains rentrent dans le camp pour y périr comme esclaves. Au final, presque toutes les personnes arrêtées ont été déportées dans les deux mois. Seule une centaine de ces victimes survivra.

C’est la plus grande rafle ayant lieu en Europe de l’Ouest durant la Seconde Guerre mondiale (les plus importantes menées en zone libre, à Berlin ou encore Amsterdam feront par la suite environ 5 000 ou 6 000 victimes). Pour mener une telle opération, la collaboration du régime de Vichy et de la police française est nécessaire. C’est la mise en œuvre concrète de la politique génocidaire des nazis en France. En même temps, il y a quelque chose d’effroyablement banal dans la façon dont les choses se déroulent. Seuls des agents ordinaires sont impliqués, des gardiens de la paix, des gendarmes, des chauffeurs de bus…

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« Les trajectoires des scientifiques en exil sont trop souvent mal connues »

Depuis plus d’un siècle, la France développe une politique d’accueil pour les chercheurs et chercheuses obligés de fuir leur pays, comme aujourd’hui en Ukraine. Pascale Laborier, à l’initiative du Programme national d’accueil en urgence des scientifiques et des artistes en exil (Pause) et d’une exposition consacrée à ces exilés, nous en explique les enjeux. Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS.

Montage de trois portraits de scientifiques contraints à l’exil, issus de l’exposition itinérante « Poser pour la liberté » ©Pierre-Jérôme Adjedj

Dès le début de la guerre en Ukraine, le Programme national d’accueil en urgence des scientifiques et des artistes en exil (1) (Pause) a diffusé un appel d’urgence auprès d’une centaine d’universités et d’établissements de recherche…

Pascale Laborier (2). Oui ce programme facilite la prise en charge d’universitaires contraints de quitter leur pays lorsque la situation sur place met leurs travaux ou eux-mêmes en danger. En février dernier, les chercheurs et chercheuses ukrainiens étaient donc particulièrement concernés. Pause a permis une aide financière exceptionnelle de trois mois pour les aider à accueillir scientifiques et artistes ukrainiens. Cela s’ajoute à nos actions dans les universités : Pause co-finance l’accueil de chercheuses et de chercheurs en exil à hauteur maximale de 60 %, tandis que 40 % de leur salaire sont pris en charge dans les établissements. Et le réseau Migrants dans l’enseignement supérieur (MEnS), créé en 2016, qui a pour objectif de mettre en œuvre des actions pour favoriser l’insertion académique des personnes exilées, chercheurs et étudiants.

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Classé dans Histoire, Politique, Sciences

Mon travail est-il invivable ?

Difficile de faire une différence nette entre d’un côté une situation désagréable, dérangeante au quotidien, mais qui comporte des avantages, et d’un autre côté un environnement professionnel toxique, délétère, mettant notre santé en danger… Surtout quand les choses se dégrade progressivement – comme la grenouille de la parabole, nageant dans une marmite en train de chauffer, nous ne nous en rendons pas forcément compte avant qu’il ne soit trop tard… Dans un petit livre issu d’une conférence sur Le vivable et l’invivable (PUF 2021), les philosophes Judith Butler et Frédéric Worms nous aident à tracer une ligne de démarcation entre les deux.

Cette chronique est parue dans Management (n° 303, juin – juillet 2022). À retrouver en kiosque ou en ligne !

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L’argent fait-il le bonheur ?

En psychologie comme en économie, les rapports entre niveau de richesse et bien-être font l’objet d’études détaillées. Il serait même possible de définir un seuil optimal de revenu, au-delà duquel le niveau de satisfaction ne progresse presque plus. Plus généralement, tout l’enjeu est de déterminer dans quelle mesure et à quelles conditions l’argent contribue à notre bonheur.

Cet article est paru dans Sciences humaines (n° 349, juillet 2022), dans un dossier consacré à notre rapport à l’argent. À retrouver en kiosque ou en ligne !

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« Squid Game », le jeu de la mort

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n°349 – juillet 2022). À lire pour aller plus loin : La Psychologie selon Squid Game, Jean-François Marmion (éd. de l’Opportun, mars 2022)

Dans cette série coréenne, des centaines de personnes endettées voire ruinées sont invitées à une compétition illégale pour tenter de gagner 45,6 milliards de wons (environ 32 millions d’euros). Chaque épreuve est littéralement un jeu d’enfant, parfois connu en Occident comme « 1, 2, 3… soleil », et parfois propre à la culture coréenne : le « squid game », ou « jeu du calamar », est ainsi un étonnant mélange de marelle et de rugby. Le hic, c’est que les règles de tous ces jeux sont aménagées pour que les perdants soient fusillés, écrabouillés ou encore déchiquetés. Ils peuvent même s’entretuer entre deux épreuves pour éliminer des rivaux. Les joueurs forment des alliances, certains se trahissent, d’autres se retrouvent malgré eux dans des duels à mort. À la fin, seuls les survivants se partageront la récompense.

Et vous, que feriez-vous ? Si l’on en croit Jean-François Marmion, auteur d’un essai sur La Psychologie selon Squid Game et collaborateur de Sciences Humaines, vous tueriez comme tout le monde ! Tant cette compétition pousse à commettre « l’irréparable à petits pas ». « Les jeux sont organisés pour favoriser cette gradation irréversible des actes violents, et parfois meurtriers, dont les auteurs ne se seraient pas crus capables. » D’abord on court pour sauver sa peau, puis on gagne en sachant que les perdants seront exécutés ; de fil en aiguille, on finit par tuer pour ne pas être tué – et peut-être même par envie d’empocher la récompense, histoire de ne pas avoir traversé ces horreurs pour rien.

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Alexandre Viros, patron d’Adecco : « Le CDI reste le Graal en France »

Le géant de l’intérim aide les précaires à retrouver le chemin de l’emploi stable et embauche en CDI. Paradoxe ? Pas pour son patron, qui estime qu’une entreprise doit savoir penser au-delà d’elle-même. Cette interview est parue dans Management (n° 303, juin – juillet 2022)

Alexandre Viros, président France du Groupe Adecco. ©Ed Alcock / M.Y.O.P. pour Management

Le conflit ukrainien a de lourdes conséquences sur l’économie mondiale et sur le marché de l’emploi. Si l’intérim n’est pas épargné, le secteur bénéficie pourtant encore de la bonne santé qui était la sienne avant la guerre. D’après la Direction des statistiques du ministère du Travail, le nombre d’intérimaires est passé d’environ 730.000 en janvier  2021 à près de 850.000 un an plus tard, alors que la crise sanitaire continuait de chambouler l’économie.

Pour se maintenir, un géant du secteur comme Adecco (23,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019) mise sur trois chantiers : le numérique, la formation et… l’ambition sociale. Le point avec Alexandre Viros, président France du groupe depuis septembre 2020.

Quelles évolutions du marché de l’emploi anticipez-vous à court et moyen terme ?

Alexandre Viros : Nous entrons dans une sorte de révolution permanente. Les postes et les métiers se transforment de plus en plus vite. Je ne parle pas seulement de la disparition d’emplois, dans l’industrie ou sur des chaînes de production, et de créations dans d’autres secteurs, comme l’informatique et le numérique.

Certes, cette dynamique est une réalité, mais on a trop tendance à occulter ce qui se passe entre ces deux pôles. Le métier que vous faites aujourd’hui existera sans doute encore dans cinq ou dix ans, mais vous ne ferez plus du tout la même chose. Votre emploi se sera transformé et vous mobiliserez d’autres savoir-faire et outils au quotidien.

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Le Giec, une institution sans équivalent

Depuis plus de trente ans, cette coopération internationale dresse un état des lieux des connaissances scientifiques sur l’évolution du climat. Quelles sont ses forces et ses faiblesses ? Comment s’est-elle remise en question pour faire évoluer son modèle ?

Cet article est paru dans Le journal du CNRS (n° 308, juin 2022). À retrouver en ligne ! Vous pouvez également télécharger directement un pdf en cliquant ici.

Un grand merci pour leurs éclairages à :

  • Anouk Barberousse, professeure de philosophie des sciences à Sorbonne Université, membre du laboratoire « Sciences Normes Démocratie »
  • Kari De Pryck, chercheuse post-doctorante en sciences politiques, relations internationales et politiques de l’environnement. Associée au Pacte, laboratoire de sciences sociales de l’Université de Grenoble et du CNRS, elle vient de publier Giec, la voix du climat (Sciences Po, 2019).

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