Comment améliorer les relations entre police et citoyens ?

Une vaste étude comparative sur les relations entre police et population à travers le monde a été publiée récemment. Si les situations sont inégales selon les pays et les régimes, la France fait figure de mauvaise élève au sein de l’Union européenne. Comment restaurer la confiance entre policiers et citoyens ? Éléments de réponse avec le politologue Sebastian Roché, codirecteur de l’étude. Cette interview est parue dans CNRS le Journal et CNRS News.

La bonne santé d’un État et de sa vie politique serait fortement corrélée aux rapports qu’entretiennent une police et sa population. © AFP PHOTO / FRANCOIS GUILLOT

 

Les relations entre policiers et citoyens peuvent être bonnes ou mauvaises, a fortiori d’un pays à l’autre, comme l’indique l’étude comparative que vous venez de faire paraître avec le sociologue Dietrich Oberwittler… Mais que révèlent-elles dans tous les cas ?

Sebastian Roché : La confiance qu’une population accorde aux forces de l’ordre est un facteur de cohésion sociale. Plus les citoyens perçoivent l’action des policiers comme légitime, plus ils adhèrent à leurs institutions. Et réciproquement, vous serez d’autant plus enclin à soutenir votre police si vous soutenez le régime politique. Ces effets peuvent sembler évidents, mais jusqu’à présent, l’essentiel de la littérature scientifique portait sur les États-Unis – les polices municipales américaines, donc –, tandis que nous avons comparé des pays comme la France, l’Allemagne, la Turquie, le Nigeria ou encore le Japon…

« La façon dont se déroule un contrôle de police joue un rôle majeur pour l’établissement de la confiance. »

Des instruments de mesure de la légitimité, nouveaux et standardisés, ont vu le jour avec le projet Eurojustis (soutenu par l’Agence nationale de la recherche), et ont pu être utilisés dans nombre de nations. Ce travail nous permet de montrer que les relations entre une police et une population varient selon le contexte national (la culture, le fonctionnement des institutions…), et de proposer des pistes pour améliorer la situation, notamment en France et en Europe. De façon plus fondamentale, nous espérons contribuer à l’analyse de la légitimité politique et de ses ressorts, de ce qui fait qu’une personne adhère à l’ordre politique ou au contraire le rejette, voire le combat.

 

Quelles sont les grandes tendances à travers le monde, pourquoi fait-on confiance ou non à sa police ?
S. R. : L’égalité de traitement est un pilier majeur de la production de la confiance, qu’il faut entendre en deux sens. Il y a d’abord ce qui a trait à la « justice distributive » de la police : c’est, en particulier, l’égalité devant le fait d’être contrôlé, ou aidé, par la police. De manière générale, ce principe est rarement respecté. Lire la suite

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Discrimination positive : un atout pour le recrutement ?

« Les principes de justice sont choisis derrière un voile d’ignorance » : en quoi cette citation du philosophe John Rawls , extraite de sa Théorie de la justice (1971), permettrait d’éclairer la pratique managériale ? Éléments de réponse dans Management (n° 260, février 2018). Retrouvez également l’analyse de Laura Lange, philosophe, consultante et auteure de (Se) manager avec la ménagerie de La Fontaine.

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À Strasbourg, un pan d’histoire entre au patrimoine

Bâti par l’empire allemand après la guerre de 1870, la « Neustadt » de Strasbourg est entré en 2017 au patrimoine mondial de l’Unesco. Une sociologue se penche sur le rapport des habitants à ce vaste ensemble architectural, entre histoire, patrimoine et vie quotidienne. Cet article est paru dans CNRS Le Journal.

Vue du palais universitaire, dans le quartier de la Neustadt, à Strasbourg, en 2016. © C. SCHRODER/Université de Strasbourg

Avec ses villas chics et ses rues populaires, son architecture de style Art nouveau, néogothique ou encore heimatschutz, la Neustadt à Strasbourg brille par son éclectisme mais n’en conserve pas moins une troublante homogénéité. C’est peut-être cette singularité qu’a voulu consacrer l’Unesco, en inscrivant une grande partie de cet ensemble de quartiers au patrimoine mondial de l’humanité, le 9 juillet 2017 (le quartier médiéval de la Grande Île est lui inscrit depuis 1988). Ces immeubles bourgeois de quatre ou cinq étages, édifiés à partir des années 1880 et alors à la pointe de la modernité, avec leurs grands espaces intérieurs et leurs équipements de confort, ont en effet traversé le temps sans avoir à subir de rénovations profondes, perpétuant le souvenir brut d’une époque révolue.

« Beaucoup de bâtiments avaient dès l’origine des ascenseurs, le gaz à tous les étages, des balcons ou encore des jardins privés », détaille Cathy Blanc-Reibel, qui mène une thèse sur l’institutionnalisation de ce patrimoine. Pour répondre aux nouveaux modes de vie du XXIe siècle, des aménagements ont certes dû intervenir ici ou là – jardins transformés pour accueillir des conteneurs de tri sélectif ou des bicyclettes, cuisine rapprochée du salon dans certains appartements, etc. Mais la volonté de préserver ce morceau d’histoire semble paradoxalement plus forte que jamais. « Les pratiques ordinaires des habitants s’efforcent de concilier deux injonctions antagonistes, poursuit la chercheuse : le respect du patrimoine et son usage au quotidien. »

Naissance d’une conscience patrimoniale

Contrairement à une idée reçue, la « Neustadt » – « ville nouvelle » en allemand – n’est donc pas la « mal aimée » de Strasbourg, au motif qu’elle fut bâtie au sortir de la guerre franco-prussienne de 1870, lorsque l’Alsace-Lorraine était passée sous l’autorité du deuxième Reich. Lire la suite

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À découvrir dans la revue Spirit : Etty Hillesum, le centre Sésame…

Le deuxième numéro de Spirit, nouvelle revue trimestrielle lancée par Psychologies Magazine est en kiosque. À (re)découvrir d’urgence !

J’ai eu le plaisir de réaliser une introduction à l’œuvre et à la « vie bouleversée » d’Etty Hillesum : victime de la Shoah, elle a aimé la vie et l’humanité jusqu’à sa mort ; son journal et ses lettres font d’elle l’une des figures spirituelles les plus lumineuses et les plus bouleversantes de notre temps, comme l’analysent notamment :

À découvrir dans ce numéro également

le Centre Sésame, créé par le philosophe Abdennour Bidar et la psychologue clinicienne Inès Weber. Cet espace entend explorer, partager et même réinventer une vie spirituelle pour notre temps, tout en la mettant à la portée du plus grand nombre. J’ai rencontré ses fondateurs pour mieux comprendre leur démarche, ainsi que trois intervenants venus leur prêter main forte :

  • L’essayiste Mark Alizart, notamment auteur de Pop théologie et Informatique céleste (PUF)
  • Gérard Kurkdjian, spécialiste des musiques sacrées et notamment auteur d’un Grand livre des musiques sacrées du monde (Albin Michel)
  • Perla Servan-Schreiber, cofondatrice de plusieurs magazines dédiés à la spiritualité et au développement personnel (dont Psychologies magazine), et récemment auteure de Ce que la vie m’a appris (Flammarion)

Rendez-vous en kiosque ou en ligne pour en lire plus !

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À découvrir : Carnets de science, la revue du CNRS

Mon article sur La justice à l’heure des algorithmes et du big data a été repris dans les Carnets de science (n° 3) du CNRS. Je vous recommande vivement le dossier complet sur l’intelligence artificielle, ainsi que la revue dans son ensemble ! Pour consulter le sommaire ou commander le numéro en ligne, cliquez ici. Vous pouvez également la retrouver en librairie ou en kiosque.

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Pourquoi les évaluations sont-elles nécessaires ?

« Pour obtenir une vérité quelconque sur moi, il faut que je passe par l’autre » : en quoi cette citation du philosophe Jean-Paul Sartre, extraite de sa conférence L’existentialisme est un humanisme (1946), permettrait d’éclairer la pratique managériale ? Éléments de réponse dans Management (n° 259, janvier 2018). Retrouvez également l’analyse d’Emmanuel d’Hombres, coresponsable du master « Philosophie & Management » à l’Université catholique de Lyon.

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Feindre l’ignorance pour mieux progresser

« La seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien » : en quoi cette citation du philosophe Socrate, extraite du Ménon de Platon (IVe siècle av. J.-C.), permettrait d’éclairer la pratique managériale ? Éléments de réponse dans Management (n° 258, décembre 2017). Retrouvez également l’analyse de Jérôme Lecoq, philosophe, consultant et auteur de La pratique philosophique (Eyrolles).

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