Archives de Catégorie: Société

La management à la lumière des sciences humaines

J’ai eu le plaisir de coordonner un dossier consacré au management pour le magazine Sciences Humaines (n° 319, novembre 2019). À retrouver en kiosque ou en ligne ! Je vous laisse découvrir le sommaire ci-dessous et vous souhaite une très bonne lecture.

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« La musique ouvre sur tous les univers de culture »

La sixième édition du festival Haizebegi, consacré aux « mondes de la musique » et aux sciences sociales, s’ouvre aujourd’hui à Bayonne. Pour son directeur, l’anthropologue Denis Laborde, l’étude des œuvres et des façons de faire de la musique offre un éclairage crucial sur les rapports sociaux. Cette interview est parue sur Le Journal du CNRS.

À Bayonne en 2017, la fondation Tumac est l’invitée d’honneur du festival Haizebegi. En Colombie, elle œuvre à la socialisation des enfants en utilisant la musique et la facture instrumentale, la danse et la couture, comme armes face aux guérillas. ©Martine Laborde

Vous avez créé en 2014 à Bayonne un centre de recherche sur les musiques du monde (ARI) et le festival Haizebegi, qui mélange musique et recherche. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce festival ?
Denis Laborde (1) : En langue basque, « haize begi » signifie « regard du vent ». La musique, comme le vent, ignore les frontières et porte témoignage. Elle dit quelque chose de celles et ceux qui la font, et elle constitue une magnifique porte d’entrée sur tous les univers de culture. Ce festival, que nous avons créé avec mes doctorants de l’EHESS, est unique en son genre. Il conjugue les sciences sociales (conférences, débats, colloques, publications) et la musique (concerts, films, expositions, danse).

Pour cette sixième édition, qui se déroulera jusqu’au 20 octobre, nous accueillons des musiciens syriens, cubains, argentins, kanaks, et des créateurs basques qui seront à l’honneur avec Rain of Music, un invraisemblable opéra pour robots, à la pointe des nouvelles technologies et composé dans le cadre d’un projet scientifique international (2). Nous accueillons aussi des Selk’nam et des Yagán de l’extrême sud de la Patagonie, grâce à l’ethnomusicologue Lauriane Lemasson qui leur consacre sa thèse. Lire la suite

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“Les plateformes rétablissent un statut de quasi-tâcheron”

La France suivra-t-elle la Californie dans sa lutte contre l’emploi précaire des « travailleurs des applis » ? Pour la sociologue Sarah Abdelnour, les chauffeurs VTC et autres travailleurs indépendants sont traités comme les tâcherons du XIXe siècle, et devraient être reconnus comme salariés. Retrouvez cette interview sur Philonomist !

Maîtresse de conférence en sociologie à Paris-Dauphine et à l’Irisso (Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales), Sarah Abdelnour a consacré sa thèse aux autoentrepreneurs – résumée dans son ouvrage Moi, petite entreprise (PUF, 2017) – et aux nouvelles formes de travail indépendant. Elle a publié Les Nouveaux prolétaires (Textuel, 2018) et vient de co-diriger Les Nouveaux travailleurs des applis (PUF, 2019), avec Dominique Méda.

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La Lune, reflet de nos croyances

La Lune inspire depuis toujours des récits mythologiques à toutes les cultures et civilisations. Souvent religieux, ils sont aussi teintés de considérations politiques et sociales. Des premiers mythes sur l’apparition de la vie et de la mort, du bien et du mal, à l’invention des calendriers et aux superstitions sur la biodynamie, tour d’horizon de croyances plus ou moins lunaires.

Cet article est paru dans Ça m’intéresse – Questions et Réponses daté de juillet 2019. Un grand merci à l’anthropologue Jean-Loïc Le Quellec, coauteur du Dictionnaire critique de mythologie (CNRS éd., 2017), et à Yaël Nazé, astrophysicienne à l’Université de Liège et autrice de Astronomie du passé (Belin, 2018).

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Une sociologue sous les feux de la rampe

Peut-on être à la fois sociologue et metteure en scène ? C’est le pari tenu par Odile Macchi : elle écrit des pièces de théâtre tout public à partir de ses recherches. Ce portrait est paru dans Sciences humaines (n° 318, octobre 2019).

Les lumières s’éteignent dans le petit théâtre de la Reine Blanche, dimanche 23 juin à Paris. La dernière représentation de 36e dessous commence. Sur scène, une jeune femme décroche un téléphone imaginaire et questionne sans relâche un élu du Pays basque : quid de Fertiladour, cette usine de fabrication d’engrais implantée sur le site du port de Bayonne à la fin des années 1960 ? Qu’en est-il de la pollution des sols, devenus radioactifs, ou de la reconnaissance des maladies ayant décimé ses ouvriers ? Au bout du fil, l’élu reconnaît les faits sans esquisser de solution. Ses réponses sont authentiques ; les spectateurs entendent un enregistrement réalisé par la metteure en scène, O. Macchi, qui est aussi sociologue. Elle a participé notamment à une vaste enquête sur la silicose, croisant sciences sociales et santé publique. Cette maladie professionnelle a fait des ravages sur le site de Fertiladour, comme en témoignent des enregistrements d’ouvriers, également diffusés sur scène. Ils évoquent l’apparition des symptômes, la peur de ne pas retrouver de travail s’ils se déclarent malades, les collègues plus atteints que d’autres et mutés à des postes administratifs…

Ce n’est pas la première fois qu’O. Macchi mêle théâtre et sociologie. Elle a par exemple écrit une pièce sur les rencontres amoureuses ou fortuites, Indéfectible !, à partir d’observations sur Internet et dans la rue . Elle a aussi mis en scène Le Plus Clair de mon temps, une réflexion sur nos rythmes de vie qui mêlait les témoignages de pompiers, de médecins urgentistes ou encore d’enfants de 7 ans. Lire la suite

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La diversité linguistique fruit d’un bon climat

Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 317, août-septembre 2019)

Pourquoi parlons-nous plusieurs langues ? Lorsque des groupes humains se séparent, ils cessent d’échanger entre eux et leurs façons de parler divergent peu à peu jusqu’à donner naissance à différents idiomes. Le fait d’être éloignés ou séparés par une frontière dite naturelle – montagne, océan… – pourrait donc apparaître comme un facteur clé de ces divisions. Mais cette idée reçue est inexacte, selon une étude statistique et cartographique sur la répartition des langues à travers le monde : leur diversité dépendrait plutôt du climat.

Lorsque celui-ci est idéal pour se nourrir – propice à la croissance des végétaux, pas trop imprévisible, etc. –, les humains ont tendance à se sédentariser en petits groupes autonomes qui communiquent moins les uns avec les autres. Ils développent de ce fait différentes langues, même lorsqu’aucun obstacle physique ne les sépare. En revanche, lorsque le climat est plus incertain, ne facilite pas la production de ressources, qu’il devient difficile de subvenir à ses besoins, les populations sont plus mobiles, s’organisent entre elles et finissent par utiliser une même langue.

François Pellegrino, directeur de recherche en sciences du langage au CNRS (laboratoire DDL, Lyon) souligne l’intérêt de l’étude : « On sait depuis longtemps que la diversité linguistique est plus grande là où la biodiversité est importante, comme au niveau de l’équateur. Mais il était difficile de dire si cela traduisait un lien de cause à effet – un environnement foisonnant favoriserait la prolifération de langues par exemple – ou une simple corrélation. » L’étude penche pour la seconde option : biodiversité et diversité des langues seraient deux effets d’une même cause climatique. « Toutefois, celle-ci n’explique pas tout, nuance F. Pellegrino, d’autres facteurs – culturels et sociaux notamment – entrent aussi en compte. »

Xia Hua et coll., The Ecological Drivers of Variation in Global Language Diversity, Nature Communications 10, 2019.

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Sexe et genre. De la biologie à la sociologie

Les comportements dits « masculins » ou « féminins » sont-ils des constructions sociales, ou biologiquement déterminés ? Cette question a fait couler beaucoup d’encre à l’occasion du mariage pour tous, des débats sur l’homoparentalité ou sur l’égalité des sexes. Au risque d’amalgames et de débats caricaturaux… L’originalité de cet ouvrage est de croiser les regards de biologistes, de sociologues, de philosophes et d’historiens pour tenter de reprendre la question à la racine.

Si les spécialistes de sciences naturelles paraissent attachés à la dualité des sexes biologiques et à son pouvoir explicatif – y compris pour certains comportements –, ils n’ignorent pas pour autant l’importance du contexte social et des biais qui peuvent affecter l’analyse scientifique. Les chercheurs en sciences humaines, de leur côté, soulignent les « biais de genre » conduisant à surinterpréter le fait biologique à l’aune de considérations morales et politiques plus ou moins conscientes.

Mais l’ouvrage ne se réduit pas à une confrontation de points de vue. Sa dernière partie adopte une perspective résolument interdisciplinaire pour tenter de répondre conjointement à des questions précises mais exemplaires : à quoi sert le clitoris des rats ? Comment se détermine le sexe de la bactérie wolbachia ? Au vu de ces analyses un peu pointues, la réalité du sexe et de l’identité sexuée ne paraît pas saisissable sous une unique perspective. C’est plutôt par l’entrecroisement de toutes les spécialités que ces phénomènes complexes semblent s’éclairer. Sexe & genre représente bien, à cet égard, un dialogue d’autant plus salutaire qu’il est apaisé.

Sexe & genre. De la biologie à la sociologie, Bérengère Abou et Hugues Berry (dir.), Éditions matériologiques, 2019, 224 p., 18 €. Cette critique est parue dans Sciences Humaines (n° 316, juillet 2019)

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