Archives de Catégorie: Société

La connerie décryptée à l’aune des sciences humaines

Le magazine Sciences Humaines consacre son dossier de fin d’année à « la connerie ambiante » : ses racines, ses ailes de géante, ses ramifications, ses labyrinthes et ses impasses. « Histoire, en tamisant ce bourbier, d’en tirer quelques pépites de savoir, voire des perles de sagesse », espère Jean-François Marmion, qui a coordonné ce dossier. Cliquez ici pour l’acheter ou commander le numéro complet !

J’ai eu le plaisir de rédiger deux articles pour ce dossier : dans « Cons sans frontières », je passe en revue différentes traduction et connotations de cette insulte à travers le monde, à l’aune d’analyses en sciences du langage. Dans « La philosophie contre-attaque », je vous propose quelques stratégies imaginées par des philosophes pour faire faire à la bêtise d’autrui… et à la nôtre surtout ! Bonne lecture

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L’Odyssée des gènes

16026666410_odyssee-des-genes-2L’ADN est une formidable machine à voyager dans le temps. En comparant les génomes de populations humaines, d’autres grands singes et de fossiles, il est possible de retracer les chemins empruntés par notre espèce depuis sa séparation d’avec les chimpanzés jusqu’aux migrations et évolutions d’aujourd’hui. C’est le point de départ de l’anthropologie génétique, discipline née dans la seconde moitié du 20e siècle, alliant génie génétique, calculs statistiques, paléoanthropologie, histoire et linguistique.

Professeure au Muséum national d’histoire naturelle, Evelyne Heyer en présente les principaux acquis, les méthodes de travail et les projets de recherche actuels, dans un essai clair, pédagogique et vivant. Les grands consensus sur l’évolution humaine y sont rappelés : origine commune en Afrique, colonisation de la planète par vagues successives, croisements entre différentes espèces d’hominidés. Mais l’ouvrage recèle aussi quelques surprises. On y apprend, par exemple, qu’Homo sapiens n’a pas brusquement quitté l’Afrique pour partir à la découverte d’horizons inconnus, suivant une image consacrée, mais que plus probablement des milliers de générations se sont établies à 3 km en moyenne de leur lieu de naissance, colonisant progressivement et lentement la planète. On apprend aussi que 10 % des hommes habitant sur le territoire de l’ancien empire mongol pourraient descendre de Gengis Khan, réputé pour avoir eu un grand nombre d’épouses et d’enfants. On lit également que toute personne ayant certains de ses grands-parents nés en France retrouverait à coup sûr Charlemagne dans son arbre généalogique.

Scrupuleuse et prudente, E. Heyer met aussi en garde contre les conceptions erronées du déterminisme génétique,  aujourd’hui portées par de nouveaux adeptes du racisme scientifique, ou parfois promues par des entreprises de séquençage pour vendre des généalogies fumeuses. Une lecture salutaire, donc, en plus d’être captivante.

L’Odyssée des gènes, Evelyne Heyer, Flammarion, 2020, 388 p., 22,90 €. Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 330, novembre 2020). Rendez-vous sur le site pour d’autres critiques d’essai

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Ça m’intéresse… le monde de demain !

La crise sanitaire n’était pas encore flagrante quand nous avons commencé à travailler sur ce numéro, mais la question était déjà d’actualité : dans quel monde vivrons-nous demain ? La nature reprendra-t-elle ses droits ? Pourrait-on se passer d’argent ? Le transhumanisme verra-t-il ses rêves réalisés ? Le hors-série de Ça m’intéresse – Questions & Réponses (n° 97), paru le 1er octobre 2020, passe aux cribles 200 questions sur l’avenir !

J’ai eu le plaisir de rédiger quelques articles sur l’économie d’hier et de demain :

  • Depuis quand accumule-t-on des richesses ?
  • Que se passerait-il si on annulait la dette ?
  • Le bouddhisme peut-il sauver l’économie mondiale ?
  • Pourquoi accorde-t-on de la valeur à du papier ?
  • 7 idées reçues sur le capitalisme passées au crible

Pour avoir des éléments de réponse à ces questions fascinantes et à bien d’autres encore, cliquez ici pour commander ce numéro ! Un grand merci notamment aux économiste Jézabel Couppey-Soubeyran et Charles Banaste pour leurs éclairages.

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La lenteur est-elle la vraie agilité ?

Le modèle de “l’homme pressé » a du plomb dans l’aile, comme le montre notamment l’historien Laurent Vidal dans Les hommes lents (Flammarion 2020). Beaucoup de travailleurs et de travailleuses préfèrent en conséquence vivre moins vite et mieux, renouant avec un ancien idéal de sagesse. Saviez-vous que le mot « lent » vient du latin « lentus », désignant aussi la souplesse et la flexibilité ? Cette chronique est parue dans Management (n° 288, octobre 2020). À retrouver en ligne ou en kiosque ! À lire également dans cette rubrique : l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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Tous abonnés !

Jusqu’ici, on s’abonnait à une chaîne de télévision ou à un opérateur téléphonique, plus rarement à son coiffeur ou à une gamme de cosmétiques… Un exemple à suivre ?

Cet article est paru dans Version Femina (n° 959, semaine du 17 au 23 août 2020). Un grand merci aux fans d’abonnements, pour leurs témoignages, et aux spécialistes pour leurs éclairages :

  • Vincent Chabault, sociologue à l’Université de Paris, notamment auteur de Éloge du magasin (Gallimard, 2020)
  • Vincent du Granrut, cofondateur de La Box BD
  • Philippe Moati, économiste, membre de l’Observatoire société et consommation (ObSoCo), notamment auteur de La société malade de l’hyperconsommation (Odile Jacob, 2016)
  • Lucinde Savatier, responsable marketing chez Le Closet

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Vivre, guérir, survivre

En temps de pandémie, Sciences Humaines a choisi de consacrer son numéro d’été  à « la force de vivre » (n°328 – août-septembre 2020), dans le cadre d’un dossier coordonné par Héloïse Lhérété. J’ai eu le plaisir de faire trois articles, à découvrir en ligne :

Ce que guérir veut dire. Historiquement, le fait de soigner quelqu’un ou de se remettre d’une maladie n’a pas toujours eu le même sens. Tour d’horizon à travers l’histoire et la philosophie de la médecine.

Survivre à la fin de notre monde. Les adeptes du « survivalisme » se préparent pour résister à un effondrement de nos sociétés. Entraînement physique, mental, technique… Ils espèrent ainsi se réserver une place de choix dans « le monde d’après ». À lire : Survivalisme. Êtes-vous prêts pour la fin des temps ? (Arkhe, 2018), de Bertrand Vidal.

• « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » : que voulait dire Nietzsche ? (à retrouver dans un article plus général de Marc Olano sur les traumatismes)

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« La propriété privée n’a absolument rien de naturel »

La notion de propriété privée telle que nous la connaissons n’est pas universelle et ses modalités ont été régulièrement remises en question. L’historien Fabien Locher analyse comment crises et catastrophes ont pu percuter les régimes d’appropriation. Cette interview est parue sur Le Journal du CNRS.

© Jean-Luc / Stock.Adobe.com

Vous êtes spécialiste d’histoire environnementale. Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la « propriété » ?
Fabien Locher (1) : C’est l’une des institutions les plus puissantes et les plus opaques de la modernité. Elle s’impose à tous et même en partie aux États, qui l’organisent mais ne peuvent y déroger que dans des circonstances limitées et codifiées. La propriété privée peut d’ailleurs être vue comme une forme de protection contre les dérives tyranniques ou autoritaires – c’est notamment une idée très implantée aux États-Unis. Mais cette même propriété privée est souvent présentée comme une évidence, comme quelque chose de naturel.

Et pourtant… elle n’a absolument rien de naturel ! C’est une forme d’appropriation qui a une histoire, qui n’est pas de toute éternité et qui est dépendante de nos codes sociaux, de nos valeurs et de nos usages. C’est vrai, plus généralement, des différentes formes de propriété : propriété publique, propriété commune, droits collectifs… le monde de la propriété est vaste et complexe. Alors comment en sonder les mécanismes, les logiques profondes, les dimensions matérielles et écologiques ? Notamment avec cette idée du crash-test qui consiste à analyser ce qui se passe quand la propriété « percute » la survenue d’une catastrophe, idée que nous avons cherché à développer dans un volume collectif codirigé avec mon collègue Marc Elie, Crash Testing Property (2).

Quelle interrogation a guidé ces recherches ?
F. L. : Nous nous sommes d’abord demandé ce que devenait la propriété quand survenait une catastrophe, un séisme ou un grave accident industriel par exemple. Comment la répartition des biens, voire la forme même des institutions de la propriété, sont-elles modifiées ? Qui tire parti de ces situations, des « états d’exception » créés par les catastrophes ? Lire la suite

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« Avant toutes choses »

« Il n’est pas de culture qui n’ait soulevé la question de ses origines. Mieux : cette question a toujours reçu une réponse », observe le philosophe Pascal Nouvel dès les premières lignes de cet ouvrage. Si le premier constat n’est pas surprenant, le second est une belle source d’interrogations : par définition, une origine s’est toujours plus ou moins perdue dans le temps ; elle reste en partie inaccessible, mystérieuse et par conséquent sujette à controverses. Comment donc expliquer notre propension à vouloir la retrouver et de quelle façon prétendons-nous y parvenir ? Tel est l’objet de cette enquête philosophique, surnommée avec humour « originalogie ».

Partant de la question la plus fondamentale en la matière – celle de Leibniz qui se demande pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien –, P. Nouvel montre que les « discours d’origine » qui en découlent peuvent se réduire à quatre genres. Le « récit mythologique » fait intervenir des entités fabuleuses (des « dieux-choses » : le Chaos, la Terre, etc.) dans des environnements où les lois actuelles de l’univers ne s’appliquent pas. Ils ont leur cohérence propre et sont par conséquent invérifiables. Les discours scientifiques s’efforcent, eux, de remonter la chaîne des causes et des effets, en se fondant autant que possible sur des observations empiriques ; mais ils rencontrent des difficultés à mesure que les indices se font de plus en plus rares… À mi-chemin, des récits de type rationnel constituent les deux dernières catégories : les uns tentent de revenir à une sorte d’horizon « originaire » de la conscience, à l’image des philosophes adeptes de phénoménologie ; les autres disqualifient les discours d’origine comme répondant à un faux problème et à une illusion rhétorique – une origine a-t-elle un sens si elle est l’effet d’une autre cause ?

Outre cet effort de classification, P. Nouvel situe ces récits dans des débats politiques plus actuels. En effet, le concept d’origine se trouve au cœur de batailles politiques entre ceux qui souhaitent la restaurer, la préserver, et ceux qui préfèrent s’en affranchir, avancer sans trop regarder derrière eux.

Avant toutes choses. Enquête sur les discours d’origine, Pascal Nouvel, CNRS, 2020, 300 p., 26 €. Cette recension est parue dans Sciences Humaines (n° 326, juin 2020), à retrouver ici !

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Ça m’intéresse… les mondes invisibles !

Les mondes invisibles sont partout, à l’échelle de l’infiniment petit comme du cosmos, dans la tête d’autrui – dont nous ne voyons jamais les pensées ou intentions –, mais aussi dans la nôtre, nul n’étant transparent à soi-même, etc. Le hors-série de Ça m’intéresse – Questions & Réponses (n° 94), paru le 20 mai 2020, fait un tour d’horizon de ces environnements mystérieux, à l’aune de la science et de celles et ceux qui les explorent.

J’ai eu le plaisir de rédiger plusieurs articles pour ce numéro :

  • les yeux émettent-ils des rayons ?
  • La nuit aiguise-t-elle nos sens ?
  • Quel est le réel pouvoir des images subliminales ?
  • Peut-on se fier à son “sixième sens” ou son intuition ?
  • Comment savons-nous que notre tête est bien la nôtre ?
  • L’hypnose peut-elle vraiment faire ressurgir des souvenirs enfouis ?
  • Que voit-on quand on est dans le coma ?
  • Qu’est-ce que la conscience ?
  • Les artistes sont-ils des visionnaires ?
  • Peut-on faire revivre le passé ?

Pour avoir des éléments de réponse à ces questions fascinantes et à bien d’autres encore, cliquez ici pour commander ce numéro ! Un grand merci notamment au philosophe Jérôme Dokic et au neurologue Benjamin Rohaut pour leurs éclairages.

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« L’urgence environnementale est bien plus pressante aujourd’hui »

Selon Serge Morand, écologue et biologiste de l’évolution, les chercheurs en sciences de l’environnement et en écologie sont plus politisés qu’il y a vingt ou trente ans. Les projets alliant la recherche scientifique à l’action politique et impliquant des communautés locales se multiplient à travers le monde. Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS.

 

Récolte de l’orge en France. L’agriculture est au centre de nombreux enjeux : sécurité, biodiversité, rapport de l’homme à la nature… © H. Rigel / Biosphoto / Biosphoto via AFP

 

Vous avez publié en 2016 un ouvrage intitulé La prochaine peste. L’épidémie actuelle était-elle prévisible ?

Serge Morand (1) : L’apparition du virus SARS-CoV-2 était une possibilité parmi d’autres. Personne ne pouvait savoir que nous affronterions cette épidémie en particulier, mais toutes les conditions étaient réunies pour qu’une maladie infectieuse émergente de ce type se propage à grande vitesse sur la planète. La mondialisation s’est accélérée : les transports aériens n’ont jamais été aussi nombreux et fréquents – ils ont augmenté de 1 200 % depuis les années 1970 ! Le tourisme international de masse a explosé, y compris dans des pays comme la Chine. Cette accélération de la mondialisation explique que l’épidémie actuelle soit beaucoup plus répandue que celle du SRAS de 2002 par exemple.

Aujourd’hui, un agent pathogène peu virulent passe relativement inaperçu les premiers temps, et peut donc circuler très largement avant que l’on ne prenne conscience de sa gravité. Ça a été d’autant plus vrai, en l’occurrence, que le SARS-CoV-2 est hautement transmissible. Malheureusement, il me semble qu’un certain déni a prévalu depuis une vingtaine d’années. Nous et nos institutions avons du mal à remettre en cause notre manière d’occuper la planète et de circuler. C’est un peu comme une crise économique : on voit bien que la bulle grossit, grossit… Mais on fait semblant de ne pas le savoir. Lire la suite

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