Archives de Catégorie: Société

Mon visage sur le corps d’un autre

Devenir le héros de votre film préféré ? Rien de plus facile à l’heure des logiciels libres et des communautés d’internautes prêtes à vous aider. Une technologie développée en ligne permet d’incruster très facilement n’importe quel visage sur celui d’un personnage de film, reproduisant toutes ses mimiques et expressions faciales sous d’autres traits. Le trucage était bien connu des studios de cinéma, mais FakeApp l’a rendu accessible à n’importe qui ou presque – quitte à provoquer une tempête judiciaire en début d’année : de célèbres actrices comme Scarlett Johansson ou Emma Watson ont été incrustées dans des films pornographiques…

Des vidéos plus humoristiques ou bon enfant ont fleuri sur la Toile. Mais de façon étonnante, même les plus réussies ont tendance à sonner faux. Quelque chose cloche dans ces visages, un problème bien connu des spécialistes d’effets spéciaux… et indirectement du philosophe Emmanuel Levinas. Contrairement à une idée reçue, explique-t-il dans Éthique et infini (1982), un visage ne se résume pas à ses traits – couleur des yeux, largeur du front, épaisseur des lèvres… « La relation au visage peut certes être dominée par la perception, mais ce qui est spécifiquement visage, c’est ce qui ne se réduit pas. » Lire la suite

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Philosophie, Société

Comment améliorer les relations entre police et citoyens ?

Une vaste étude comparative sur les relations entre police et population à travers le monde a été publiée récemment. Si les situations sont inégales selon les pays et les régimes, la France fait figure de mauvaise élève au sein de l’Union européenne. Comment restaurer la confiance entre policiers et citoyens ? Éléments de réponse avec le politologue Sebastian Roché, codirecteur de l’étude. Cette interview est parue dans CNRS le Journal et CNRS News.

La bonne santé d’un État et de sa vie politique serait fortement corrélée aux rapports qu’entretiennent une police et sa population. © AFP PHOTO / FRANCOIS GUILLOT

 

Les relations entre policiers et citoyens peuvent être bonnes ou mauvaises, a fortiori d’un pays à l’autre, comme l’indique l’étude comparative que vous venez de faire paraître avec le sociologue Dietrich Oberwittler… Mais que révèlent-elles dans tous les cas ?

Sebastian Roché : La confiance qu’une population accorde aux forces de l’ordre est un facteur de cohésion sociale. Plus les citoyens perçoivent l’action des policiers comme légitime, plus ils adhèrent à leurs institutions. Et réciproquement, vous serez d’autant plus enclin à soutenir votre police si vous soutenez le régime politique. Ces effets peuvent sembler évidents, mais jusqu’à présent, l’essentiel de la littérature scientifique portait sur les États-Unis – les polices municipales américaines, donc –, tandis que nous avons comparé des pays comme la France, l’Allemagne, la Turquie, le Nigeria ou encore le Japon…

« La façon dont se déroule un contrôle de police joue un rôle majeur pour l’établissement de la confiance. »

Des instruments de mesure de la légitimité, nouveaux et standardisés, ont vu le jour avec le projet Eurojustis (soutenu par l’Agence nationale de la recherche), et ont pu être utilisés dans nombre de nations. Ce travail nous permet de montrer que les relations entre une police et une population varient selon le contexte national (la culture, le fonctionnement des institutions…), et de proposer des pistes pour améliorer la situation, notamment en France et en Europe. De façon plus fondamentale, nous espérons contribuer à l’analyse de la légitimité politique et de ses ressorts, de ce qui fait qu’une personne adhère à l’ordre politique ou au contraire le rejette, voire le combat.

 

Quelles sont les grandes tendances à travers le monde, pourquoi fait-on confiance ou non à sa police ?
S. R. : L’égalité de traitement est un pilier majeur de la production de la confiance, qu’il faut entendre en deux sens. Il y a d’abord ce qui a trait à la « justice distributive » de la police : c’est, en particulier, l’égalité devant le fait d’être contrôlé, ou aidé, par la police. De manière générale, ce principe est rarement respecté. Lire la suite

Poster un commentaire

Classé dans Politique, Société

À Strasbourg, un pan d’histoire entre au patrimoine

Bâti par l’empire allemand après la guerre de 1870, la « Neustadt » de Strasbourg est entré en 2017 au patrimoine mondial de l’Unesco. Une sociologue se penche sur le rapport des habitants à ce vaste ensemble architectural, entre histoire, patrimoine et vie quotidienne. Cet article est paru dans CNRS Le Journal.

Vue du palais universitaire, dans le quartier de la Neustadt, à Strasbourg, en 2016. © C. SCHRODER/Université de Strasbourg

Avec ses villas chics et ses rues populaires, son architecture de style Art nouveau, néogothique ou encore heimatschutz, la Neustadt à Strasbourg brille par son éclectisme mais n’en conserve pas moins une troublante homogénéité. C’est peut-être cette singularité qu’a voulu consacrer l’Unesco, en inscrivant une grande partie de cet ensemble de quartiers au patrimoine mondial de l’humanité, le 9 juillet 2017 (le quartier médiéval de la Grande Île est lui inscrit depuis 1988). Ces immeubles bourgeois de quatre ou cinq étages, édifiés à partir des années 1880 et alors à la pointe de la modernité, avec leurs grands espaces intérieurs et leurs équipements de confort, ont en effet traversé le temps sans avoir à subir de rénovations profondes, perpétuant le souvenir brut d’une époque révolue.

« Beaucoup de bâtiments avaient dès l’origine des ascenseurs, le gaz à tous les étages, des balcons ou encore des jardins privés », détaille Cathy Blanc-Reibel, qui mène une thèse sur l’institutionnalisation de ce patrimoine. Pour répondre aux nouveaux modes de vie du XXIe siècle, des aménagements ont certes dû intervenir ici ou là – jardins transformés pour accueillir des conteneurs de tri sélectif ou des bicyclettes, cuisine rapprochée du salon dans certains appartements, etc. Mais la volonté de préserver ce morceau d’histoire semble paradoxalement plus forte que jamais. « Les pratiques ordinaires des habitants s’efforcent de concilier deux injonctions antagonistes, poursuit la chercheuse : le respect du patrimoine et son usage au quotidien. »

Naissance d’une conscience patrimoniale

Contrairement à une idée reçue, la « Neustadt » – « ville nouvelle » en allemand – n’est donc pas la « mal aimée » de Strasbourg, au motif qu’elle fut bâtie au sortir de la guerre franco-prussienne de 1870, lorsque l’Alsace-Lorraine était passée sous l’autorité du deuxième Reich. Lire la suite

Poster un commentaire

Classé dans Histoire, Société

Plongée dans la crise de la brique espagnole

« Bricks« , premier film du sociologue Quentin Ravelli, sort sur les écrans le 18 octobre : ce documentaire nous fait vivre la crise économique espagnole aux côtés des victimes de crédits immobiliers toxiques et dans leurs luttes contre les expropriations, tout en nous offrant un regard panoramique sur la finance et le capitalisme. Cette interview est parue sur CNRS Le Journal.

‘Bricks’ / Bande-annonce officielle / Sortie le 18 octobre

Vos premières recherches portaient sur l’industrie pharmaceutique. Comment en êtes-vous venu à travailler sur la crise financière et immobilière en Espagne ?

Quentin Ravelli (1)  : L’idée est à chaque fois de suivre la « biographie sociale » d’une marchandise, qu’il s’agisse de médicaments, de briques ou de crédits à risque. La façon dont ces produits sont conçus, réalisés puis diffusés révèle toute une conception de l’économie politique.

Dans ma thèse de doctorat, j’ai par exemple essayé de comprendre pourquoi certains médicaments comme les antibiotiques ont paradoxalement tendance à renforcer les bactéries qu’ils sont supposés combattre. Concrètement, plus ces médicaments sont diffusés, moins ils sont efficaces, et plus nous sommes susceptibles de tomber malades ! Je me suis demandé si d’autres produits suivaient un parcours similaire, ce qui me paraît être le cas des crédits immobiliers à risque, censés « démocratiser » la finance et la petite propriété. Plus vous prêtez de l’argent à des personnes qui ne pourront pas le rembourser, plus vous êtes susceptible de les appauvrir en les enfermant dans une situation de surendettement, jusqu’à ce que les résistances sociales cèdent. Cette spirale a été particulièrement dévastatrice en Espagne, car toute une « économie de la brique » était nourrie par ces crédits impossibles à rembourser.

Concrètement, en quoi la production de briques, qui est au cœur de votre film (2), a-t-elle fini par appauvrir ceux qu’elle était supposée enrichir ?

Q. R. : Dans les années 1990, l’extension des crédits immobiliers à risque permet à des millions de personnes, qui ne peuvent pas devenir propriétaires autrement, d’acheter un appartement. En Espagne, cela fait gonfler le secteur de la construction et notamment la production de briques, une spécialité nationale. Selon les estimations, entre 15 et 25 % du PIB est fondé sur ce modèle de croissance dans les années 2000 : beaucoup d’Espagnols travaillaient directement ou indirectement dans ce secteur, et l’argent qu’ils gagnaient comme constructeurs de logements leur permettaient d’emprunter pour acheter un appartement… La boucle était bouclée. Lire la suite

Poster un commentaire

Classé dans Politique, Sciences, Société

Pour ou contre… le retour à la semaine de 4 jours à l’école ?

En juin dernier, un décret a permis aux communes de revenir au rythme de quatre jours au lieu des 4,5 en vigueur depuis 2013. Deux élus de terrain nous ont donné leurs arguments en faveur ou contre cette nouvelle réforme pour la rentrée 2017.

Ce article est paru dans Version Femina (n° 807, semaine du 18 au 24 septembre 2017). Merci à Yann Benhayoun , adjoint au maire à l’éducation et aux affaires scolaires pour le 3e arrondissement de Lyon (Rhône), et Patrick Bobet, maire du Bouscat (Gironde), pour leurs témoignages.

Poster un commentaire

Classé dans Société

Est-ce qu’on en attend trop de l’école ?

Enseigner le français, les maths, l’histoire… Mais aussi former des citoyens responsables, engagés, militants… Mais aussi faire de chaque élève un individu épanoui, créatif, curieux… Les profs peuvent-ils vraiment remplir toutes les missions qui leur sont demandées ? Cinq experts nous donnent leur point de vue.

Ces interviews sont parus dans Version Femina (n° 806, semaine du 11 au 17 septembre 2017). Merci aux spécialistes pour leurs analyses et témoignages :

Poster un commentaire

Classé dans Société

L’école : 2000 ans de débats !

« Le niveau baisse », « zéro pointé »… Critiquer notre système scolaire éducatif, on adore ça. Et ça dure depuis le XVIe siècle au moins. Mais, au regard de l’histoire, la situation est-elle si catastrophique ?

Cet article est paru dans Ça m’intéresse Histoirecliquez ici (n° 44, septembre – octobre 2017). Pour vous abonner en ligne, ! À lire pour aller plus loin : Histoire de l’école, maîtres et écoliers de Charlemagne à Jules Ferry, de Pierre Giolitto (éd. Imago, 2003)

Poster un commentaire

Classé dans Ça m'intéresse, Histoire, Société