Archives de Catégorie: Société

La lenteur est-elle la vraie agilité ?

Le modèle de “l’homme pressé » a du plomb dans l’aile, comme le montre notamment l’historien Laurent Vidal dans Les hommes lents (Flammarion 2020). Beaucoup de travailleurs et de travailleuses préfèrent en conséquence vivre moins vite et mieux, renouant avec un ancien idéal de sagesse. Saviez-vous que le mot « lent » vient du latin « lentus », désignant aussi la souplesse et la flexibilité ? Cette chronique est parue dans Management (n° 288, octobre 2020). À retrouver en ligne ou en kiosque ! À lire également dans cette rubrique : l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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Jusqu’ici, on s’abonnait à une chaîne de télévision ou à un opérateur téléphonique, plus rarement à son coiffeur ou à une gamme de cosmétiques… Un exemple à suivre ?

Cet article est paru dans Version Femina (n° 959, semaine du 17 au 23 août 2020). Un grand merci aux fans d’abonnements, pour leurs témoignages, et aux spécialistes pour leurs éclairages :

  • Vincent Chabault, sociologue à l’Université de Paris, notamment auteur de Éloge du magasin (Gallimard, 2020)
  • Vincent du Granrut, cofondateur de La Box BD
  • Philippe Moati, économiste, membre de l’Observatoire société et consommation (ObSoCo), notamment auteur de La société malade de l’hyperconsommation (Odile Jacob, 2016)
  • Lucinde Savatier, responsable marketing chez Le Closet

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Vivre, guérir, survivre

En temps de pandémie, Sciences Humaines a choisi de consacrer son numéro d’été  à « la force de vivre » (n°328 – août-septembre 2020), dans le cadre d’un dossier coordonné par Héloïse Lhérété. J’ai eu le plaisir de faire trois articles, à découvrir en ligne :

Ce que guérir veut dire. Historiquement, le fait de soigner quelqu’un ou de se remettre d’une maladie n’a pas toujours eu le même sens. Tour d’horizon à travers l’histoire et la philosophie de la médecine.

Survivre à la fin de notre monde. Les adeptes du « survivalisme » se préparent pour résister à un effondrement de nos sociétés. Entraînement physique, mental, technique… Ils espèrent ainsi se réserver une place de choix dans « le monde d’après ». À lire : Survivalisme. Êtes-vous prêts pour la fin des temps ? (Arkhe, 2018), de Bertrand Vidal.

• « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » : que voulait dire Nietzsche ? (à retrouver dans un article plus général de Marc Olano sur les traumatismes)

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« La propriété privée n’a absolument rien de naturel »

La notion de propriété privée telle que nous la connaissons n’est pas universelle et ses modalités ont été régulièrement remises en question. L’historien Fabien Locher analyse comment crises et catastrophes ont pu percuter les régimes d’appropriation. Cette interview est parue sur Le Journal du CNRS.

© Jean-Luc / Stock.Adobe.com

Vous êtes spécialiste d’histoire environnementale. Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la « propriété » ?
Fabien Locher (1) : C’est l’une des institutions les plus puissantes et les plus opaques de la modernité. Elle s’impose à tous et même en partie aux États, qui l’organisent mais ne peuvent y déroger que dans des circonstances limitées et codifiées. La propriété privée peut d’ailleurs être vue comme une forme de protection contre les dérives tyranniques ou autoritaires – c’est notamment une idée très implantée aux États-Unis. Mais cette même propriété privée est souvent présentée comme une évidence, comme quelque chose de naturel.

Et pourtant… elle n’a absolument rien de naturel ! C’est une forme d’appropriation qui a une histoire, qui n’est pas de toute éternité et qui est dépendante de nos codes sociaux, de nos valeurs et de nos usages. C’est vrai, plus généralement, des différentes formes de propriété : propriété publique, propriété commune, droits collectifs… le monde de la propriété est vaste et complexe. Alors comment en sonder les mécanismes, les logiques profondes, les dimensions matérielles et écologiques ? Notamment avec cette idée du crash-test qui consiste à analyser ce qui se passe quand la propriété « percute » la survenue d’une catastrophe, idée que nous avons cherché à développer dans un volume collectif codirigé avec mon collègue Marc Elie, Crash Testing Property (2).

Quelle interrogation a guidé ces recherches ?
F. L. : Nous nous sommes d’abord demandé ce que devenait la propriété quand survenait une catastrophe, un séisme ou un grave accident industriel par exemple. Comment la répartition des biens, voire la forme même des institutions de la propriété, sont-elles modifiées ? Qui tire parti de ces situations, des « états d’exception » créés par les catastrophes ? Lire la suite

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« Avant toutes choses »

« Il n’est pas de culture qui n’ait soulevé la question de ses origines. Mieux : cette question a toujours reçu une réponse », observe le philosophe Pascal Nouvel dès les premières lignes de cet ouvrage. Si le premier constat n’est pas surprenant, le second est une belle source d’interrogations : par définition, une origine s’est toujours plus ou moins perdue dans le temps ; elle reste en partie inaccessible, mystérieuse et par conséquent sujette à controverses. Comment donc expliquer notre propension à vouloir la retrouver et de quelle façon prétendons-nous y parvenir ? Tel est l’objet de cette enquête philosophique, surnommée avec humour « originalogie ».

Partant de la question la plus fondamentale en la matière – celle de Leibniz qui se demande pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien –, P. Nouvel montre que les « discours d’origine » qui en découlent peuvent se réduire à quatre genres. Le « récit mythologique » fait intervenir des entités fabuleuses (des « dieux-choses » : le Chaos, la Terre, etc.) dans des environnements où les lois actuelles de l’univers ne s’appliquent pas. Ils ont leur cohérence propre et sont par conséquent invérifiables. Les discours scientifiques s’efforcent, eux, de remonter la chaîne des causes et des effets, en se fondant autant que possible sur des observations empiriques ; mais ils rencontrent des difficultés à mesure que les indices se font de plus en plus rares… À mi-chemin, des récits de type rationnel constituent les deux dernières catégories : les uns tentent de revenir à une sorte d’horizon « originaire » de la conscience, à l’image des philosophes adeptes de phénoménologie ; les autres disqualifient les discours d’origine comme répondant à un faux problème et à une illusion rhétorique – une origine a-t-elle un sens si elle est l’effet d’une autre cause ?

Outre cet effort de classification, P. Nouvel situe ces récits dans des débats politiques plus actuels. En effet, le concept d’origine se trouve au cœur de batailles politiques entre ceux qui souhaitent la restaurer, la préserver, et ceux qui préfèrent s’en affranchir, avancer sans trop regarder derrière eux.

Avant toutes choses. Enquête sur les discours d’origine, Pascal Nouvel, CNRS, 2020, 300 p., 26 €. Cette recension est parue dans Sciences Humaines (n° 326, juin 2020), à retrouver ici !

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« L’urgence environnementale est bien plus pressante aujourd’hui »

Selon Serge Morand, écologue et biologiste de l’évolution, les chercheurs en sciences de l’environnement et en écologie sont plus politisés qu’il y a vingt ou trente ans. Les projets alliant la recherche scientifique à l’action politique et impliquant des communautés locales se multiplient à travers le monde. Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS.

 

Récolte de l’orge en France. L’agriculture est au centre de nombreux enjeux : sécurité, biodiversité, rapport de l’homme à la nature… © H. Rigel / Biosphoto / Biosphoto via AFP

 

Vous avez publié en 2016 un ouvrage intitulé La prochaine peste. L’épidémie actuelle était-elle prévisible ?

Serge Morand (1) : L’apparition du virus SARS-CoV-2 était une possibilité parmi d’autres. Personne ne pouvait savoir que nous affronterions cette épidémie en particulier, mais toutes les conditions étaient réunies pour qu’une maladie infectieuse émergente de ce type se propage à grande vitesse sur la planète. La mondialisation s’est accélérée : les transports aériens n’ont jamais été aussi nombreux et fréquents – ils ont augmenté de 1 200 % depuis les années 1970 ! Le tourisme international de masse a explosé, y compris dans des pays comme la Chine. Cette accélération de la mondialisation explique que l’épidémie actuelle soit beaucoup plus répandue que celle du SRAS de 2002 par exemple.

Aujourd’hui, un agent pathogène peu virulent passe relativement inaperçu les premiers temps, et peut donc circuler très largement avant que l’on ne prenne conscience de sa gravité. Ça a été d’autant plus vrai, en l’occurrence, que le SARS-CoV-2 est hautement transmissible. Malheureusement, il me semble qu’un certain déni a prévalu depuis une vingtaine d’années. Nous et nos institutions avons du mal à remettre en cause notre manière d’occuper la planète et de circuler. C’est un peu comme une crise économique : on voit bien que la bulle grossit, grossit… Mais on fait semblant de ne pas le savoir. Lire la suite

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À lire dans « Sciences Humaines » : l’autisme en 10 questions

J’ai eu le plaisir de coordonner un grand dossier sur l’autisme pour le magazine Sciences Humaines (n° 325, mai 2020). Merci aux auteurs et aux autrices qui ont travaillé avec moi !

Ce numéro fait un état des lieux concret et accessible des recherches actuelles sur l’autisme : comment le définit-on depuis un peu plus d’un siècle ? Quelles en sont les causes, si tant est qu’on puisse en identifier ? Est-ce un handicap ou une différence, comme l’avancent des partisans de la « neurodiversité » ? Quelles prises en charge cliniques sont-elles aujourd’hui à l’étude ? Quid de l’inclusion scolaire ou professionnelle ? Etc. Je vous laisse découvrir le sommaire détaillé en ligne.

Vous pouvez acheter ce numéro en pdf ou commander un exemplaire imprimé sur le site de Sciences Humaines, ou bien le retrouver ou dans les points de vente restés ouverts. Bonne lecture !

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L’attention à l’épreuve du confinement

Collés comme jamais à leurs écrans, les télétravailleurs confinés découvrent qu’ils ont du mal à se concentrer tant ils sont assaillis de sollicitations. Yves Citton, notamment auteur de Pour une écologie de l’attention (Seuil, 2014), décrypte la tendance structurelle à capter notre intérêt et explique que focaliser son attention pourrait devenir un luxe réservé à quelques-uns.

Les télétravailleurs sont confinés chez eux et néanmoins assaillis de sollicitations : mails et appels professionnels, publicités pour des divertissements, nouvelles informations tous les quarts d’heure… Même à domicile, est-il devenu impossible de se concentrer ?

Yves Citton : L’attention est devenue une ressource rare et donc cruciale pour notre époque. Nous avons accès à une quantité de sollicitations bien supérieure à ce dont nous pouvons réellement prendre connaissance. Pour cette raison, capter notre intérêt est devenu l’enjeu d’une compétition féroce entre des acteurs économiques, politiques ou encore culturels. Ce n’est pas totalement nouveau : dans l’Antiquité, la rhétorique avait pour objet d’apprendre à capter, soutenir et ravir l’attention des juges ou des peuples assemblés sur l’agora. Mais cela se passait sur la place publique, les espaces domestiques étaient relativement préservés. Aujourd’hui, les nouveaux médias envahissent les domiciles et nous sollicitent constamment…

Comment font ces acteurs économiques pour détourner notre attention ?

YC : Chez soi, dans la rue ou ailleurs encore, nous évoluons désormais dans un environnement qui est comme truffé d’alarmes en tout genre, que j’appelle aussi des « saillances » : c’est quelque chose qu’il vous est impossible de ne pas remarquer…

Cette interview est parue sur Philonomist. Pour lire la suite, rendez-vous sur le site, profitez de 7 jours gratuits sans engagement ou abonnez-vous.

 

Yves Citton est professeur de littérature à l’université Paris-8 et codirecteur de la revue Multitudes. Il est notamment l’auteur de Pour une écologie de l’attention (Seuil, 2014) et, dernièrement, de Générations collapsonautes (Seuil, 2020), écrit en collaboration avec Jacopo Rasmi. Photo © Bertrand Gaudillère / Item

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Neurodiversité : quand la différence n’est plus un handicap

Et si l’autisme, l’hyperactivité ou encore la dyslexie n’avaient rien de pathologique, mais représentaient d’autres formes d’intelligence, de façons de penser et de voir le monde ? C’est l’idée défendue par les partisans de la « neurodiversité », un mouvement aussi populaire que controversé.

Hélène Bellenger, « Brainbow 2019 »

Cet article est paru dans Psychologies magazine (n° 408, avril 2020). Rendez-vous sur le site pour consulter le sommaire et acheter le numéro. Un grand merci aux spécialistes et aux personnes qui ont bien voulu apporter leurs témoignages :

 

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« Décider n’est pas le rôle des scientifiques »

Rarement les scientifiques n’ont été autant sollicités et vantés par des politiques et des journalistes, ces derniers souhaitant s’appuyer sur eux pour mieux faire face à la crise sanitaire. Un consensus à prendre avec précaution comme nous l’explique Dominique Wolton, sociologue spécialiste de communication. Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS.

Des chercheurs tentent de trouver un vaccin contre le coronavirus dans le laboratoire de haute sécurité de Institut de virologie, à l’université Philipps de Marburg (Allemagne) © Frank Rumpenhorst/DPA via ZUMA Press/REA

Face aux dangers qu’engendre la pandémie, tous les regards se tournent vers les scientifiques : ceux du grand public mais aussi des pouvoirs politiques, qui s’appuient sur leur expertise pour justifier leurs actions et décisions. Quelle image de la recherche cette situation peut-elle véhiculer ?

Dominique Wolton (1) : La confiance n’a peut-être jamais été aussi grande, elle l’est sans doute trop d’ailleurs. La science passe pour toute puissante, ses représentants seraient les seuls à même de nous sortir de la crise sanitaire. Certains politiques passeraient presque, à l’inverse, pour désemparés. Ils semblent déléguer la responsabilité à « ceux qui savent », entre guillemets, ou détiendraient des solutions supposées objectives. Pour des personnes qui ont consacré toute leur vie à la recherche, une telle reconnaissance est émouvante. Mais elle pose au moins trois problèmes.

D’une part, les scientifiques ne sont pas des médecins, même dans des disciplines comme la virologie ou l’épidémiologie. Ils étudient des questions relativement abstraites et sur le long terme, tandis que les médecins sont davantage dans l’action et sont notamment confrontés à des enjeux de vie ou de mort, à l’immédiateté de la douleur, de l’angoisse et des risques, ainsi qu’à des différences sociales ou culturelles dans les rapports humains et les comportements — un Chinois n’est pas un Européen…

Nous sommes en démocratie et, in fine, il revient au politique de prendre des décisions et d’en assumer la responsabilité dans le respect du cadre institutionnel. Ce n’est pas le rôle des scientifiques.

D’autre part, les scientifiques ne sont pas forcément unanimes. Ils débattent et peuvent être dans des controverses et des concurrences qui ne sont pas toutes scientifiques. Il est naturel que les politiques et le grand public cherchent à se rassurer, en imaginant qu’une unanimité existe et puisse nous guider vers une sortie de crise, mais c’est plus compliqué que cela. Enfin, nous sommes en démocratie et, in fine, il revient tout de même au politique de prendre des décisions et d’en assumer la responsabilité dans le respect du cadre institutionnel. Ce n’est pas le rôle des scientifiques, même si c’est très difficile pour les politiques.

Les chercheurs pourraient-ils paradoxalement payer les pots cassés de cette crise sanitaire ?

D.W. : Le risque que le public soit déçu est réel. Les scientifiques – comme les médecins d’ailleurs – ne peuvent pas prédire exactement ce qui va se passer, ni décréter de façon catégorique ce qu’il faudrait faire. Il y aura des erreurs, des ratés, des évaluations qui apparaîtront maladroites avec le recul… La confiance du public pourrait se fractionner. On voit déjà celle-ci se fissurer et parfois s’agglomérer à la critique dont les politiques font régulièrement l’objet. Lire la suite

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