Archives de Catégorie: Sciences

«Avé l’assent !»

Quelqu’un vous parle « avé l’assent », mais sauriez-vous deviner s’il vient plutôt de Toulouse ou de Marseille ? Et feriez-vous la différence entre les parlers belge et suisse ? Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 304, juin 2018).

En moyenne, seuls 35,9 % des Français reconnaissent bien un accent régional ou de pays voisin, selon une enquête des linguistes Mathieu Avanzi et Philippe Boula de Mareüil*. Plus de 1 500 personnes ont tenté d’en identifier huit après avoir écouté des extraits sonores, et beaucoup s’emmêlent les pinceaux – entre Sud-Est et Sud-Ouest, Bretagne et Hauts-de-France, Belgique, Suisse et Alsace. « Nous avons souvent une vision stéréotypée des accents, constate M. Avanzi. Mais la plupart des gens ne parlent pas comme dans les films de Pagnol ou Bienvenue chez les Ch’tis. »

« le matériel phonique de la langue ne fait pas tout »

Depuis 2015, ce linguiste mène une série d’enquêtes participatives à travers le site francaisdenosregions.com, pour mieux décrire les parlers francophones Des cartes publiées en ligne ou dans l’Atlas français de nos régions (2017) révèlent certes d’étonnantes variétés linguistiques Lire la suite

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Sciences, Société

Les métamorphoses du football

Sport le plus populaire au monde, le football n’intéresse pas que les supporters : il est aussi étudié par les chercheurs en sciences sociales. Parmi eux, l’ethnologue Christian Bromberger, qui revient, à quelques semaines de la Coupe du monde, sur les transformations de ce sport au cours des dernières décennies. Cette interview est parue dans CNRS le Journal.

Coupe du monde 2014 au stade Maracanã, à Rio (Brésil). En quelques décennies, le football s’est profondément transformé dans ses pratiques et son audience. © Ian Trower/GETTY IMAGES

 

Vous interveniez la semaine dernière à Paris dans une conférence sur le football et les sciences sociales. En quoi ce sport a-t-il changé depuis les années 1980 ?
Christian Bromberger : L’issue des matchs est moins incertaine. Une équipe dotée de millions d’euros de budget l’emporte contre les moins bien loties dans l’écrasante majorité des cas. Les dirigeants de petits clubs peuvent bien déborder d’intelligence tactique ou d’imagination, ça n’a que peu de poids face au pouvoir de l’argent. L’incertitude ne demeure que pour des affrontements entre équipes de même niveau, des clubs de taille intermédiaires ou lors des phases finales de grands tournois par exemple. Dans les coupes nationales, les matchs à élimination directe créent parfois de petits miracles, « David » l’emportant contre « Goliath ». Mais ces compétitions sont boudées par les grands clubs et les organismes européens, précisément parce que l’incertitude y est trop importante et qu’ils y ont beaucoup à perdre. C’est d’ailleurs pour cette raison que des systèmes de poule de qualification ont été introduits dans la Coupe des champions – qui deviendra la Ligue – au début des années 1990. Faute d’élimination directe, les chances qu’une petite équipe crée la surprise s’amoindrissent. C’est une évolution regrettable, car l’un des ressorts dramatiques du spectacle sportif, son piment émotionnel, est lié à l’incertitude du résultat. Contrairement aux films ou pièces de théâtre, l’histoire n’est pas construite avant la représentation mais s’élabore sous les yeux des spectateurs.

Comment est-il devenu un « sport business », selon l’expression consacrée ?
C. B. : Jusqu’aux années 1980, les clubs étaient gérés par des associations à but non lucratif. Une série de lois a permis d’en faire des sociétés anonymes sportives professionnelles, dotées des mêmes prérogatives que d’autres structures commerciales. Des investisseurs se sont engouffrés dans la brèche et les budgets ont explosé : un million d’euros de recettes pour la première division française en 1970, un milliard en 2011 ! Lire la suite

Poster un commentaire

Classé dans Loisirs, Sciences, Société

Biais cognitifs : alliés ou ennemis du management ?

Destinés à faciliter et accélérer la prise de décision, ces mécanismes de la pensée nous poussent à faire des erreurs. Mais ils peuvent aussi être utilisés à bon escient, le tout étant d’apprendre à faire avec.

Par Jm3 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=58115523

Cet article est paru dans Management (n° 263, mai 2018), dans le cadre d’un dossier sur les neurosciences et le management. À commander en ligne ! Un grand merci pour leurs analyses et témoignages à :

  • Thomas Boraud, directeur de recherche au CNRS et auteur de Matière à décision (CNRS éditions)
  • Alexandra Didry, docteure en psychologie sociale et directrice de la R&D chez PerformanSe
  • Riadh Lebib, docteur en neuropsychologie et consultant pour le groupe STB

À lire également : Système 1 système 2. Les deux vitesses de la pensée, de Daniel Kahneman (Flammarion)

Poster un commentaire

Classé dans Management, Psychologie, Sciences

L’individualisme ou la vie

Sortis de l’œuf, une tortue marine file vers l’océan, une tique forestière grimpe vers les hautes branches et un poussin adopte comme parent le premier objet mobile aperçu. Ces comportements instinctifs fascinent les éthologues et les généticiens. Comment des animaux peuvent-ils « savoir » quoi faire avant de l’avoir appris ? Les gènes sont-ils à l’origine de ces conduites et certaines actions humaines pourraient-elles être déterminées au même titre ?

L’instinct des vers n’est pas totalement inflexible, permettant à certains individus de se distinguer du groupe

Pour répondre à ces questions vertigineuses, la neurobiologiste américaine Cori Bargmann commence petit : avec des vers microscopiques. Dans une récente étude, elle place 50 nouveau-nés dans autant d’environnements séparés, et observe à quels moments ils se mettent en quête de la nourriture. De façon frappante, une large majorité cherche à manger, s’interrompt et reprend de façon synchrone et aux mêmes stades de développement.

L’évolution des lemmings

Le rôle des gènes paraît déterminant : les vers utilisés ont tous le même génome, et de simples mutations ciblées permettent d’altérer leur comportement – ils recherchent plus tôt ou plus tard de la nourriture par exemple. Mais à côté de ça, une petite minorité adoptent spontanément des attitudes différentes. Selon C. Bargmann, le développement du système nerveux ou son activité chimique pourraient varier de façon aléatoire d’un vers à l’autre, et ainsi expliquer ces divergences. Mais surtout, ce constat appuie l’idée qu’une liberté même limitée serait essentielle à la survie d’une espèce : « D’un point de vue évolutif, illustre C. Bargmann, il n’est pas souhaitable que tout le monde se précipite du haut d’une falaise comme des lemmings – quelqu’un doit agir différemment. » En d’autres termes, l’individualisme n’irait pas à l’encontre des intérêts d’un groupe, mais lui permettrait au contraire de prospérer.

Shay Stern, Christoph Kirst et Cori Bargmann, « Neuromodulatory control of long-term behavioral patterns and individuality across development », Cell, vol. CLXXI, n° 7, 14 décembre 2017.

Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 303, mai 2018)

Poster un commentaire

Classé dans Sciences

Deux autres collaborations à Ebdo : fake news et redoublement

J’ai eu le plaisir de contribuer aux pages « sciences » du magazine Ebdo, malheureusement contraint de cesser sa publication en mars 2018.

Dans le dernier numéro paru (semaine du 23 mars), je demandais pourquoi nous tenions plus facilement pour vraie une information relayée par un “ami” – notamment sur les réseaux sociaux –, quitte à relayer des fake news sans recul critique : un grand merci à Fabrice Clément, chercheur en sciences cognitives à l’université de Neuchâtel (Suisse) et à Hugo Mercier, chercheur au CNRS en sciences cognitives également, d’avoir fourni un précieux éclairage sur ces questions d’actualité !

Dans le numéro précédent d’Ebdo (semaine du 16 mars), je suis revenu sur l’épineux débat sur le retour du redoublement, au collège et lycée, et son utilité pour les élèves concernés. Merci à Marie-Hélène Véronneau, professeure en psychologie à l’université du Québec, à Montréal, et co-auteure d’une vaste étude sur le parcours de redoublants.

Nous avions encore beaucoup d’idées pour éclairer l’actualité à l’aune de la recherche scientifique ! Dommage que l’aventure se soit arrêtée si tôt.

Poster un commentaire

Classé dans Sciences, Société

Pourquoi pense-t-on que “c’était mieux avant” ?

Éléments de réponse avec Francis Eustache, directeur de l’unité de recherche « Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine » (Inserm-EPHE-université Caen-Normandie) et président du conseil scientifique de l’Observatoire B2V des mémoires. Cet article était initialement pour les pages Sciences du magazine Ebdo, contraint de suspendre sa publication.

Francis Eustache en février 2014 (© Inserm/P. Hirsch).

« Au fil du temps, nos souvenirs de jeunesse ont tendance à devenir plus vagues et plus agréables. On ne sait plus combien de fois nous sommes allés pêcher avec nos parents, à quelles occasions nous avons rapporté du poisson ou sommes rentrés bredouilles, mais on garde le souvenir de parties de pêche couronnées de succès sous un beau soleil d’été… C’est ce que l’on appelle un « biais de positivité », en psychologie de la mémoire : une tendance de notre cerveau à embellir le passé, à préserver des souvenirs heureux et à occulter les aspects plus négatifs de notre histoire personnelle. Ce mécanisme nous aide à construire une image positive de nous-même et de notre vie, sans laquelle nous aurions bien du mal à aller de l’avant et à nous projeter avec enthousiasme vers l’avenir. Mais cette tendance peut aussi creuser l’écart entre un passé magnifié et une réalité présente moins malléable… Lire la suite

Poster un commentaire

Classé dans Psychologie, Sciences

Onomastique des Pokémon

Ils s’appellent Pikachu, Braségali ou encore Lugia. Et même si vous ignorez à quoi ressemblent ces créatures fantasmagoriques, héros de manga et de jeux vidéo, vous pourriez déjà vous être fait une vague idée – en associant spontanément leurs noms à des formes plutôt rondes ou pointues, de grande ou de petite taille, etc. « De récentes études (la pokemonastique) ont montré que les sons utilisés dans les noms des Pokémon japonais avaient une valeur symbolique », assure l’appel à contribution de la première conférence scientifique dédiée, organisée à l’université de Keiō (Japon) les 26 et 27 mai prochains.

Cette approche s’inscrit dans les recherches en onomastique, consacrées à l’analyse des noms, une branche marginale mais bien vivante de la linguistique. Des études japonaises sur la symbolique des sons indiquent par exemple que les mots « malouma » et « bouba » évoquent des formes rondes et généreuses, tandis que « takété » et « kiki » font écho à des silhouettes angulaires et pointues. Le même constat pourrait valoir en français pour les prénoms « Maude » et « Thierry » par exemple. Et pour les Pokémon bien sûr. Les quelque 800 spécimens répertoriés présentent une vaste variété de formes, de tailles, et possèdent chacun leur nom propre – un terrain de choix pour l’onomastique.

Des Pokémon “non officiels” ont été dessinés pour la conférence, afin des tester des hypothèses onomastiques.

De fait, constate le linguiste Shigeto Kawahara, principal organisateur de la conférence, on devine le plus souvent la taille et le poids approximatifs d’un Pokémon en entendant son nom, mais aussi son « stade d’évolution » – ces créatures pouvant se transformer pour acquérir plus de pouvoir – ou encore sa force au combat. Lorsque le nom commence par une voyelle haute comme « i » par exemple, le Pokémon est généralement petit et léger. La conférence aura notamment pour objet de déterminer si ces résultats se retrouvent dans d’autres langues – huit noms de Pokémon sur dix étant traduits à l’étranger – et plus généralement si la symbolique des sons peut être universelle.

Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 302, avril 2018)

Poster un commentaire

Classé dans Loisirs, Sciences