Archives de Catégorie: Sciences

L’hétérosexualité est-elle naturelle ?

Observée chez quelques 1500 espèces animales, l’homosexualité reste mystérieuse pour de nombreux spécialistes en biologie de l’évolution. Mais d’après un article publié dans Nature, la question pourrait être mal posée depuis le début. Cet article est paru dans Sciences humaines (n° 323, mars 2020).

Les relations homosexuelles sont extrêmement répandues dans le monde vivant, elles ont notamment été observées chez quelque 1 500 espèces animales. Or ce constat est depuis longtemps une source d’interrogations pour les biologistes. En principe, dans le temps long de l’évolution naturelle, seuls les comportements maximisant les chances de se reproduire et de transmettre ses gènes sont sélectionnés. Comment, dans ce cadre darwinien, expliquer l’apparition et la conservation de pratiques stériles ?

Pansexualité primordiale

Selon un article publié dans Nature, cette question pourrait tout simplement être mal posée : on part du principe que l’hétérosexualité serait la norme, la condition par défaut des êtres vivants, et qu’une partie aurait ensuite dérivé vers l’homosexualité. On peut pourtant imaginer l’inverse ! Lire la suite

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Retour vers le vivant : qu’en pense Gaïa ?

Envisager le monde et ses habitants comme s’ils faisaient partie d’un même organisme : c’est le changement de point de vue que propose une « l’Hypothèse Gaïa » et ses interprètes depuis les années 1970. Ce dossier est paru dans L’ADN, la revue (n° 21, Décembre 2019 – Février 2020), à retrouver en kiosque ou en ligne ! Un grand merci aux spécialistes qui ont pris le temps de répondre à mes questions : en particulier Sébastien Dutreuil, philosophe, historien des sciences, auteur d’une thèse de référence sur l’Hypothèse Gaïa, et Philippe Bertrand, climatologue, notamment auteur de Les Attracteurs de Gaïa (Publibook, 2008).

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3 critiques d’essai dans Sciences Humaines

Un essai sur la question fondamentale de toutes les sciences, une interrogation sur la métaphysique du réel, et une analyse du potentiel philosophique de toute architecture : c’est à retrouver dans les pages du « Livres » de Sciences Humaines (n° 322, février 2020)

Pourquoi ? Une question pour découvrir le monde, Philippe Huneman, Autrement, 2020, 368 p., 19,90 €

C’est peut-être la question la plus fondamentale de toutes. Nous la posons cent fois par jour, elle est au cœur des sciences et des techniques, et hante nos soucis pratiques comme métaphysiques. Et le plus beau, c’est qu’elle tient en un seul mot : « pourquoi ? » Pourquoi la vie, le monde, la pluie et le beau temps ? Pourquoi ce collègue est-il grognon ? Pourquoi l’espace-temps a-t-il vibré quand deux trous noirs ont fusionné ? Cette interrogation ouvre sur des réponses très différentes, avertit le philosophe des sciences Philippe Huneman. On cherchera tantôt la cause d’un effet, tantôt une raison pouvant justifier une croyance, tantôt une intention justifiant un comportement… Or cette pluralité de sens a-t-elle un référent commun ? Est-ce une homonymie trompeuse, ou y a-t-il un fondement commun à toutes ces questions ?

Renouant avec un rationalisme classique, porté par Descartes, Spinoza, Leibniz ou, plus près de nous, David Lewis, P. Huneman envisage une certaine universalité du principe de raison : il n’est pas absurde d’imaginer que tous les « parce que » soient reliés, que toutes les explications puissent converger ; l’enchaînement des causes à leurs effets, celui des raisons à leurs conséquences pourraient être de même nature. Pour autant, à la suite de Kant, de Hume et des science studies, P. Huneman dénonce notre tendance à pousser la question « pourquoi ? » au-delà des limites du raisonnable. La recherche de sens n’est paradoxalement pas satisfaite par l’énumération de seules causes, et nous pousse à imaginer des explications totalisantes, idéalisées mais invérifiables ou absurdes…

Peut-on espérer atténuer notre insatisfaction ? Sur ce point, P. Huneman reconnaît que la science et la philosophie sont en grande partie impuissantes. Au final, toute proposition métaphysique ne pourrait être évaluée qu’en fonction de ses coûts et de ses bénéfices épistémiques, sans prétendre représenter une théorie unique et définitive de la causalité de toutes choses.

Qu’est-ce que le réel ?, Jean-Marc Ferry, Le Bord de l’eau, 2019, 166 p., 17 €

C’est un bref essai surprenant, qui rapproche des pistes a priori très divergentes. D’un côté, c’est une réflexion métaphysique sur la nature de la réalité et de la vérité, une critique de l’autorité de la science et un éloge en contrepoint de la communication libre et ouverte. Bref, une démonstration philosophique serrée, qui pourrait être difficile à suivre s’il n’y avait pas une autre dimension. Car Jean-Marc Ferry applique son propos à des faits d’actualité concrets tels que les fake news, le complotisme, les expériences paranormales. Lire la suite

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« Un auteur a changé ma vie »

Il arrive qu’un livre exerce un effet puissant et durable sur son lecteur : il enclenche une vocation professionnelle, donne le goût du voyage, fait bifurquer l’existence… J’ai eu le plaisir de recueillir trois témoignages en ce sens pour Sciences Humaines, dans un numéro dédié au « pouvoir des livres ».

Philippe Huneman, philosophe de la biologie au CNRS, n’aurait probablement pas fait ce métier s’il n’avait jamais lu Jay Gould. Renan Larue, Professeur à l’université de Californie, à Santa-Barbara (États-Unis), est devenu végétarien en lisant Ovide. Marie Leroy-Collombel, Maîtresse de conférences en sciences du langage, a éveillé sa conscience politique en lisant Orwell. Et Cécile Van den Avenne, sociolinguistique spécialiste du contact colonial et des pratiques langagières en Afrique de l’Ouest, a été fascinée par la lecture de Patrick Chamoiseau. Un grand merci pour leurs témoignages ! À retrouver sur le site de Sciences humaines.

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Le relativisme à l’assaut des sciences

Dans les années 1960, des chercheurs remettent en question l’objectivité et la fiabilité de la démarche scientifique. Si leurs appels à plus de prudence ont été largement adoptés, leurs positions les plus radicales restent absurdes aux yeux des plus rationalistes.

Cet article est paru dans « les grands dossiers » de Sciences Humaines (n° 57), consacré aux controverses dans l’histoire de la philosophie. Un grand merci au philosophe de la biologie Philippe Huneman, notamment auteur d’un essai sur la question Pourquoi ? ( Autrement/Flammarion, janvier 2020), et d’un autre,  à paraître au Croquant courant 2020, sur une « Ligne de crête » entre le scientisme et le scepticisme.

À lire également : Science et relativisme, de Larry Laudan (éd. Matériologiques, 2017), préfacé par Pascal Engel.

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« Innover, c’est aussi chercher à améliorer nos conditions de vie »

Notre conception de l’innovation a radicalement changé ces dernières décennies, et une approche davantage fondée sur le bien-être et l’humain se serait substituée à l’idéologie techno-centrée des années 1990. C’est l’analyse de l’économiste Sébastien Lechevalier qui a dirigé un récent ouvrage sur le sujet. Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS.

 

Le livre Innovation Beyond Technology: Science for Society and Interdisciplinary Approaches que vous avez dirigé, paru cette année aux éditions Springer, montre à quel point ces dernières décennies ont été un « âge d’or » pour l’innovation technologique. Pour quelles raisons est-ce le cas ?
Sébastien Lechevalier (1) : D’un point de vue statistique, plusieurs indicateurs témoignent d’une accélération dans ce domaine depuis les années 1990. Des historiens et des économistes constatent notamment que les investissements dans la recherche scientifique et dans l’ingénierie ont beaucoup augmenté, tout comme le nombre de chercheurs, de doctorants ou encore de publications. Dans le secteur public comme dans le privé, il y a donc davantage de ressources mobilisées au niveau mondial. Cela tient bien entendu en partie au développement chinois en la matière. Cette évolution est également visible au niveau des effets, comme en témoigne l’évolution de la puissance de calcul des ordinateurs selon les lois de Moore. On retrouve des tendances similaires dans la médecine, les biotechnologies et l’ingénierie de manière générale.

Dans les années 1990, l’idée s’impose que l’innovation (essentiellement technologique) est la condition sine qua non pour se développer, prospérer, ou tout simplement survivre.

Il faut cependant relativiser ces évolutions à l’échelle de l’histoire : l’invention de l’imprimerie n’a-t-elle pas été une innovation plus importante que celle de l’internet par exemple ? Difficile de répondre d’un point de vue strictement statistique. En revanche, quand on s’intéresse à l’histoire des sciences et des idéologies, on constate que l’innovation devient une valeur cardinale dans les années 1990. À la tête des entreprises comme des États, l’idée s’impose que l’innovation (essentiellement technologique) est la condition sine qua non pour se développer, prospérer, ou tout simplement survivre. Lire la suite

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Qui a peur du « genre » ?

Aux quatre coins du monde, de Donald Trump à Jair Bolsonaro, des intégristes religieux aux partisans proclamés du bon sens, le « genre » est devenu un épouvantail permettant de fédérer des tendances politiques par ailleurs opposées. Cet article est paru sur Le Journal du CNRS.

Le drapeau de la « straight pride » de Boston, le 31 août 2019, une étonnante marche pour exprimer la « fierté hétérosexuelle » qui a suscité l’indignation aux États-Unis. © Scott Eisen / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Les études de genre ont gagné en légitimité, pourtant elles n’ont jamais été autant attaquées à travers le monde. Cette ambivalence a été abordée lors de la conférence plénière du deuxième Congrès international du Groupement d’intérêt scientifique (GIS) Institut du Genre, qui s’est tenu du 27 au 30 août dernier à l’Université d’Angers, en partenariat avec cette dernière.

Ces mouvements trouvent appui au plus haut sommet de l’État, obtenant le retrait de campagnes pédagogiques, de projets de loi, des restrictions gouvernementales à l’encontre de la recherche scientifique.

« Certes le nombre de publications scientifiques et de coopérations internationales et interdisciplinaires a régulièrement augmenté ces dernières années, constate la sociologue Sylvie Cromer (1). Et de plus en plus de disciplines tiennent compte du prisme de genre dans leurs études, comme la musicologie et les sciences de gestion dont nous avons pour la première fois accueilli une intervention au congrès », s’enthousiasme-t-elle. Mais on constate aussi que l’opposition aux études de genre s’est renforcée et organisée. Lire la suite

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