Archives de Catégorie: Politique

Reconnaître les ethnies : un débat français

Poser le débat social en termes ethniques ou raciaux est-il la conséquence d’un brouillage nuisible à sa clarté ou le moyen légitime de lutter contre des discriminations persistantes ? Un article coécrit avec Nicolas Journet pour Sciences humaines.

La France est-elle en voie de « racialisation » ? En 2006, le sociologue Didier Fassin définissait la « racialisation » comme « une certaine manière de décrire le monde social et de poser des problèmes dans l’espace public ». Les références aux catégories ethniques et aux origines des individus se développent ces dernières années. Mais pourquoi ? Faut-il y voir l’effet d’un discours politico-médiatique ou bien s’agit-il d’une tendance plus profonde, d’un changement de paradigme dans nos manières de vivre les rapports sociaux ? Sur ces questions, les positions des observateurs peuvent être très divergentes.

Ainsi, l’anthropologue Jean-Loup Amselle, auteur de L’Ethnicisation de la France (2), interrogé sur ce point, juge que la responsabilité revient aux discours médiatiques et politiques, « qui ont aujourd’hui tendance à assigner les individus à leurs communautés, que ce soit en faisant la promotion des minorités visibles, ou en défendant au contraire l’existence d’un “pays de race blanche” » [ lire la suite… ]

Article de 1454 mots.

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Une vaste enquête sur la radicalité chez les lycéens

Les sociologues Anne Muxel et Olivier Galland ont dévoilé ce matin les premiers résultats d’une étude qu’ils coordonnent auprès de plus de 7 000 lycéens pour mieux comprendre les facteurs d’adhésion des jeunes à la radicalité politique et religieuse. Cette interview est parue sur Le Journal du CNRS.

Anne Muxel et Olivier Galland

Vous avez présenté ce matin à la presse les premiers résultats de votre étude sur les jeunes et la radicalité, dont vous aviez déjà donné un aperçu pour la radio du CNRS. En quoi consiste-t-elle ?
Olivier Galland : Notre travail s’inscrit dans le cadre de l’appel à projets du président du CNRS sur le terrorisme et les attentats, pour aider les pouvoirs publics à mieux comprendre un ensemble de phénomènes associés à ces événements. Plusieurs travaux se sont penchés sur le processus de radicalisation individuelle : des chercheurs comme Gilles Kepel, Farhad Khosrokhavar ou encore Olivier Roy ont mené des entretiens avec des jeunes radicalisés et analysé leurs parcours. Ces recherches sont passionnantes, mais ne portent que sur des échantillons très limités. Nous avons souhaité développer une approche quantitative, ciblant la jeunesse lycéenne scolarisée en classe de seconde, en diffusant un questionnaire auprès de 7 000 élèves issus de quatre académies – Lille, Créteil, Dijon et Aix-Marseille – et 21 lycées. Il s’agit d’une enquête exploratoire sur la thématique de la radicalité en matière de politique et de religion, jusqu’alors peu couverte par les enquêtes sociologiques classiques sur la jeunesse.

Anne Muxel : Étant donné l’importance et le caractère relativement inédit du sujet, notre dispositif d’enquête est rigoureux et diversifié. Trois types d’enquêtes ont été réalisés sur une période de six mois (octobre 2016 – mars 2017) : une enquête quantitative auto-administrée par questionnaire auprès d’un large échantillon de classes de seconde (7 000 lycéens interrogés), une enquête quantitative « témoin » réalisée en ligne par l’institut Opinion Way auprès d’un échantillon représentatif de jeunes âgés de 14 à 16 ans (1 800 jeunes ont été interrogés), et une enquête qualitative comportant des entretiens individuels et des entretiens collectifs réalisés avec des jeunes lycéens des classes de seconde. Mais il ne s’agit pas d’une étude sur le processus de radicalisation. C’est très important de le souligner. Elle ne permet pas de repérer des jeunes radicalisés ou en voie de l’être, mais elle cherche à mesurer le degré d’adhésion à la radicalité au sein de la jeunesse. Cette mesure ne peut aboutir à une lecture binaire de la radicalité car elle fait apparaître toute une gamme d’attitudes allant du rejet de toute forme d’extrémisme, de déviance ou de violence à l’acceptabilité de la violence terroriste. Certains jeunes peuvent comprendre ce type d’action violente et radicale sans y adhérer, d’autres peuvent être séduits par des idées radicales sans jamais passer à l’acte, etc. Il est important d’analyser ces résultats en termes de degrés, et non de façon dichotomique.

Comment définissez-vous la radicalité ?
A. M.  : Pour nous, la radicalité suppose un ensemble d’attitudes ou d’actes marquant la volonté d’une rupture avec le système politique, social, économique, et plus largement avec les normes et les mœurs en vigueur dans la société. Elle atteint son point le plus extrême lorsqu’elle s’accompagne d’une justification de l’usage de la violence. Lire la suite

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La Nuit des idées s’ouvre au monde

Pour sa deuxième édition, la Nuit des Idées s’est internationalisée : De Tokyo à New York en passant par Paris ou Kinshasa, chercheurs, intellectuels et artistes ont échangés sur « le monde commun ». Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 291 – avril 2017).

D’une année à l’autre, La Nuit des idées a plus que changé d’échelle. La première édition de 2016 était une série de conférences et débats organisés au musée du Quai-d’Orsay à Paris, ayant attiré quelque 4 000 visiteurs ; le 26 janvier dernier, pas moins de 300 débats et un millier d’intervenants ont échangé aux quatre coins du monde face à 180 000 amateurs d’idées – selon le bilan provisoire de l’Institut français, principal organisateur de l’événement. De Tokyo à New York en passant par Paris ou Kinshasa, chercheurs, intellectuels et artistes ont échangés sur « le monde commun ». Que pouvons-nous encore partager, en effet, à l’heure où la mondialisation se heurte aux replis communautaires, lorsque des vérités factuelles ne paraissent plus faire consensus, ou quand le dialogue interculturel semble se muer en conflit ? Ces questions et bien d’autres ont traversé la planète au fil des fuseaux horaires, permettant à un large public de s’enrichir intellectuellement et le plus souvent gratuitement. Lire la suite

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Et si… tout le monde devenait végane ?

Abolir toute forme d’exploitation animale est un projet vertueux. Mais il est difficile d’imaginer toutes les conséquences d’un tel bouleversement culturel.

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« Demain, vous serez tous végétaliens », prédit le philosophe Thomas Lepeltier. Pour lui, l’exploitation animale finira par être abolie « comme l’a jadis été l’esclavage », prévient-il dans La Révolution végétarienne (éd. Sciences Humaines). Le pari n’est pourtant pas gagné : seuls 3 % des Français sont végétariens et 10 % envisagent de le devenir. Mais les mentalités semblent bien avoir évolué : la consommation de viande est en baisse depuis une dizaine d’années, et la multiplication de scandales agroalimentaires a favorisé l’essor de régimes alternatifs. À l’époque de la crise de la vache folle, l’anthropologue Claude Lévi-Strauss envisageait déjà que l’avenir serait végétarien : les buffets « carnés » et les étals de boucher susciteraient un jour [ lire la suite… ]

Cet article est paru dans Sciences Humaines. ( n°288 – janvier 2017)

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« Comprendre comment la haine se propage nous aidera à la combattre »

Professeure en sciences de l’éducation et présidente de l’Observatoire international de la violence à l’école, Catherine Blaya pilote une grande enquête sur la propagande et la violence en ligne, afin de mieux comprendre leurs effets sur les jeunes. Cette interview est parue sur Le Journal du CNRS.

CC  @joebehr sur Flickr

CC @joebehr sur Flickr

Des études ont-elles déjà mesuré l’impact des contenus haineux sur Internet ?
Catherine Blaya : Plusieurs travaux ont montré que les jeunes y étaient de plus en plus exposés. Le rapport européen « Net Child Go Mobile » pointe une forte augmentation de toute une série de pratiques entre 2010 et 2014 : insulte ou harcèlement en ligne, exposition à des images violentes, à des messages haineux ou discriminatoires. Une autre étude finlandaise a récemment révélé que 67 % des internautes avaient été exposés à des contenus haineux en ligne, liés au physique, à l’identité sexuelle, à la religion ou encore la couleur de peau. En revanche, il n’y a pas vraiment eu d’enquête sur l’impact de ces contenus sur les jeunes : comment le vivent-ils ? Cela les conduit-il à cautionner ce type de messages, voire à adhérer à ou adopter des idées ou des comportements violents ? C’est ce que nous souhaitons vérifier, préciser ou nuancer, suite à l’appel à projet « Attentats-recherche » du CNRS. Pour cela, nous conduisons une large enquête sur les 11-18 ans, en ciblant spécifiquement ce qui relève du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie et de la xénophobie.

Mais un tel processus, qu’on pourrait dire « de radicalisation en ligne », n’est-il pas clairement établi ?
C. B. : Notre recherche ne s’intéresse pas exactement à la radicalisation, mais à l’implication des jeunes dans la cyber-haine et à ses conséquences en termes d’adhésion à des idées ou attitudes violentes, voire extrémistes. La « radicalisation » est un concept flou, multiforme, qui n’est pas défini de façon précise, et un lien avec la prolifération de contenus haineux en ligne n’est pas non plus scientifiquement prouvé. Lire la suite

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Et si l’on accélérait ?

À l’heure où la gauche cherche de nouvelles boussoles, un courant de pensée fraîchement apparu rebat les cartes de sa famille politique : l’accélérationnisme. Nourri au constructivisme de Gilles Deleuze et Félix Guattari, Jean-François Lyotard ou encore Jean Baudrillard, il est né d’un Manifeste pour une politique accélérationniste, publié le 14 mai 2013 par les chercheurs Nick Srnicek et Alex Williams, aussitôt traduit et commenté dans le monde entier. Malgré quelques échos en France, via la revue Multitudes ou des articles d’Antonio Negri par exemple, il reste peu connu sur nos rives ; la parution récente du premier recueil dédié aux Presses universitaires de France pourrait changer la donne.

Pour les militants « accélérationnistes », la gauche s’est enfermée dans une double impasse. Les organisations dites « de gouvernement » proposent au mieux de renouer avec l’État providence et l’interventionnisme, alors que les conditions économiques et sociales ne le permettraient plus. Les mouvements décroissants feraient également fausse route en prônant un retour en arrière – à des formes d’autoorganisation communautaires directes par exemple –, car ils réduiraient ainsi la politique à une négation de l’ordre existant, sans proposer aucune alternative. Les auteurs du manifeste proposent de réenchanter la gauche en renouant avec l’idée de progrès.

« L’accélération » consiste ainsi à préserver les gains du capitalisme tout en les poussant au-delà de leurs limites naturelles, afin de construire une société « postcapitaliste ». Pour prendre un exemple central, les progrès technologiques ne sont pas foncièrement inféodés à l’hubris consumériste : certains permettent de réduire le temps de travail, de limiter les pollutions ; les plus spectaculaires – génétiques, cybernétiques, informatiques… – ouvrent même la voie à de nouvelles formes d’émancipation collective. L’accélérationnisme entend ainsi faire le pari de l’avenir contre toute forme de nostalgie.

Cet article est paru sur Sciences Humaines

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Ces dirigeants limitent leur salaire

En 2015, les patrons du CAC40 ont touché en moyenne 240 smic, soit 4,2 millions d’euros, actions et stock options comprises. La plus haute rémunération s’est envolée à 16,6 millions d’euros (Olivier Brandicourt pour Sanofi), tandis que Martin Bouygues percevait un peu moins d’un million “à peine”. Révélés fin avril par La Tribune, ces chiffres ont aussitôt ravivé l’idée d’imposer un salaire maximum – soit en le plafonnant, soit en indexant les plus hauts revenus sur les plus bas.

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© Laurent Blachier pour Management

Quarante personnalités (hommes politiques, syndicalistes, intellectuels…) ont appelé à limiter les salaires à cent smic, et le gouvernement a publiquement envisager de légiférer en ce sens. La proposition figure également au programme du Parti de Gauche, pour l’élection présidentielle de 2017, mais propose carrément un ratio de un à vingt. C’est d’ailleurs l’écart que préconisait le banquier John Pierpont Morgan, fondateur de la banque du même nom à la fin du XIXe siècle. Une légende tenace attribue à Henry Ford la volonté de s’en tenir à un ratio de 1 à 40, pour que les écarts restent “acceptables” par la population, mais ce n’est qu’une rumeur…

Reste que le système est possible et expérimenté, y compris par de très grandes boîtes. La coopérative espagnole Mondragon, qui possède des marques comme Fagor, a longtemps imposé un écart maximum de 1 à 3, avant d’augmenter à six puis à douze. Plutôt que d’analyser le pour et le contre, nous avons recueilli les témoignages de trois entrepreneurs français qui ont souhaité limiter les écarts dans leur propre entreprise. Ils n’ont pas été faciles à trouver – peu de dirigeants appliquent cette politique… –, mais le fait est qu’ils existent et qu’ils n’ont pas forcément un point de vue aussi tranchés.

Ces témoignages sont à retrouver dans le magazine Management (n° 243, juillet – août 2016). Un grand merci à Abdenour Aïn Seba, dirigeant de IT Partner, Jérémy Cousin de CIV et Michel Sarrat de GT Location, ainsi qu’aux réseau des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens.

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