Archives de Catégorie: Sciences du langage

Comment la théologie chrétienne a lancé « l’écriture inclusive »

L’expression « écriture inclusive » est apparue dans le sillage de la théologie protestante féministe des années 1970-1980, sur fond d’interrogations politiques et parfois métaphysiques concernant la représentation du genre dans la religion.

© BORIS SEMENIAKO

Cet article est paru dans Le Monde, à retrouver en ligne ! Un grand merci aux chercheuses Julie Abbou et Lauriane Savoy pour leurs éclairages ! Et au podcast Parler comme jamais pour avoir “révélé le scoop” dans un épisode consacré à l’écriture inclusive.

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Comment apprend-on à parler ?

Sciences Humaines (n° 333, février 2021) consacre son dossier de rentrée au langage. Comment apprend-on à parler ? Quelle est la force des interactions sociales ? Comment les langues évoluent-elles ? J’ai eu le plaisir de coordonner ce dossier, à découvrir en kiosque ou en ligne !

Les bébés maîtrisent leur langue en un temps record, bien plus vite que les adultes lorsqu’ils s’essaient aux langues étrangères. Comment expliquer la rapidité de cet apprentissage ? Quels sont les mécanismes cognitifs à l’œuvre ? Quelle est l’influence des autres et plus généralement du contexte dans lequel les enfants grandissent ?

Comme le montre ce dossier, les recherches récentes en sciences du langage ont dépassé la querelle de l’inné et de l’acquis au profit d’une vision médiane ou « interactionniste » : parler s’apprend au fil de relations complexes entre ce qu’un tout-petit peut et ce qu’il perçoit dans son environnement – le comportement des adultes comme celui d’autres enfants par exemple. Même des troubles du langage ayant apparemment une origine physiologique n’ont pas les mêmes conséquences d’un milieu social à un autre.

De fait, la parole ne se réduit pas au fait d’exprimer une pensée ; elle s’insère dans un ensemble de pratiques discursives et de codes sociaux. Elle est toujours en mouvement, susceptible d’évoluer au fil des générations, des époques et des environnements. Trop complexe pour se retrouver telle quelle dans la nature, chez d’autres espèces animales par exemple, mais aussi trop spontanée pour être rationalisée par une intelligence artificielle, elle garde encore une large part de mystère.

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La connerie décryptée à l’aune des sciences humaines

Le magazine Sciences Humaines consacre son dossier de fin d’année à « la connerie ambiante » : ses racines, ses ailes de géante, ses ramifications, ses labyrinthes et ses impasses. « Histoire, en tamisant ce bourbier, d’en tirer quelques pépites de savoir, voire des perles de sagesse », espère Jean-François Marmion, qui a coordonné ce dossier. Cliquez ici pour l’acheter ou commander le numéro complet !

J’ai eu le plaisir de rédiger deux articles pour ce dossier : dans « Cons sans frontières », je passe en revue différentes traduction et connotations de cette insulte à travers le monde, à l’aune d’analyses en sciences du langage. Dans « La philosophie contre-attaque », je vous propose quelques stratégies imaginées par des philosophes pour faire faire à la bêtise d’autrui… et à la nôtre surtout ! Bonne lecture

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Le rôle des inégalités dans la prise en charge des AVC

© Chinnapong/Stock.Adobe.com

Maîtrise de la langue, milieu social, homme ou femme… la Journée mondiale de l’accident vasculaire cérébral (AVC), le 29 octobre, est l’occasion de rappeler que les inégalités sociales de santé jouent un rôle non négligeable dans la prise en charge des patients, au-delà des critères purement biologiques ou médicaux. Cet article est paru dans Le Journal du CNRS.

En 2011, alors que Nicole Guinel était orthophoniste à l’hôpital Tenon AP-HP, dans le 20e arrondissement de Paris, dans le service du Pr Sonia Alamowitch, une patiente polonaise s’est présentée complètement mutique après un accident vasculaire cérébral (AVC). « L’aphasie, perte partielle ou totale du langage, est une conséquence fréquente d’un AVC, explique Nicole Guinel. C’est pourquoi nous préconisons des exercices de démutisation, permettant d’encourager un retour de la parole. » Ces exercices consistent par exemple à prononcer des mots ou des expressions de façon adaptée à un contexte – « bonjour », « merci », « nous sommes lundi »… –, à nommer correctement des objets de la vie quotidienne, ou encore à chanter de petites comptines. Pour être plus efficaces, ces exercices doivent débuter le plus tôt possible. Leur succès dépend aussi de l’état de la victime, de la gravité de son accident, de son profil ou encore de son parcours de vie. « Face à cette patiente polonaise, arrivée en France depuis deux mois et qui ne parlait pas un mot de français, j’ai de nouveau été confrontée au fait que nos exercices étaient inadaptés pour les non francophones », se souvient Nicole Guinel.

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20 millions d’années de bavardage

La théorie dite de « la descente du larynx », supposée expliquer que les humains puissent parler mais pas d’autres grands singes, a été été largement adoptée avant d’être remise en question depuis une quinzaine d’années. © Laboratoire de psychologie cognitive (CNRS/Aix-Marseille Université) et GIPSA-lab (CNRS/Université Grenoble Alpes)

Une parole en l’air ne laisse pas de trace. Difficile, donc, de savoir quand l’humanité s’en est emparée ! Spécialistes en sciences du langage et primatologues ont longtemps estimé qu’elle était apparue il y a 200 000 ans : l’anatomie humaine s’est modifiée à cette époque, ce qui nous aurait permis d’articuler des consonnes et des voyelles comme aucune autre espèce d’hominidé. Cette thèse repose sur la « théorie de la descente du larynx », défendue par le chercheur américain Philip Lieberman à partir de 1969. Selon lui, les autres grands singes n’arrivaient pas à parler à cause de leur conduit vocal : leur larynx semblait situé trop haut pour qu’ils puissent produire différentes voyelles. Lire la suite

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« Un auteur a changé ma vie »

Il arrive qu’un livre exerce un effet puissant et durable sur son lecteur : il enclenche une vocation professionnelle, donne le goût du voyage, fait bifurquer l’existence… J’ai eu le plaisir de recueillir trois témoignages en ce sens pour Sciences Humaines, dans un numéro dédié au « pouvoir des livres ».

Philippe Huneman, philosophe de la biologie au CNRS, n’aurait probablement pas fait ce métier s’il n’avait jamais lu Jay Gould. Renan Larue, Professeur à l’université de Californie, à Santa-Barbara (États-Unis), est devenu végétarien en lisant Ovide. Marie Leroy-Collombel, Maîtresse de conférences en sciences du langage, a éveillé sa conscience politique en lisant Orwell. Et Cécile Van den Avenne, sociolinguistique spécialiste du contact colonial et des pratiques langagières en Afrique de l’Ouest, a été fascinée par la lecture de Patrick Chamoiseau. Un grand merci pour leurs témoignages ! À retrouver sur le site de Sciences humaines.

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« Molière est bien l’auteur de ses pièces »

La « langue de Molière » serait-elle en réalité… celle de Corneille ? L’idée circule depuis le début du XXe siècle. Mais d’après une nouvelle enquête statistique sur les textes, cette thèse reste infondée : le célèbre auteur est bien à l’origine de son théâtre. Explications avec Florian Cafiero, coauteur de l’étude. Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS.

« Une collaboration », lithographie représentant Jean-Baptiste Poquelin dit Molière (à gauche) et Pierre Corneille (à droite), d’après une œuvre du peintre français Jean-Léon Gérôme (1824-1904) datée de 1863. La paternité des œuvres de Molière est discutée depuis la théorie de l’écrivain Pierre Louÿs en 1919 selon laquelle Corneille en serait le véritable auteur © Isadora / Bridgeman Images

Vous publiez, avec Jean-Baptiste Camps (1), une étude (2) sur la paternité des œuvres de Molière. Pourquoi existe-t-il un doute sur le fait que Molière ait lui-même écrit ses pièces ?
Florian Cafiero (3) :
Dans deux articles publiés en 1919, le poète et romancier Pierre Louÿs juge troublantes des similitudes entre le théâtre de Molière et celui de Corneille. Il pense avoir découvert une formidable supercherie littéraire et avance que tous les chefs-d’œuvre de Molière auraient en fait été écrits par Corneille. Cette idée connaît quelques variantes au fil du XXe siècle. Molière, étant l’acteur principal des pièces en question, se serait vu attribuer le statut d’auteur, comme il était d’usage à l’époque ; mais Corneille aurait écrit tous ses textes.

D’autres hypothèses sont moins radicales. Molière aurait été un génie du théâtre mais un mauvais lettré ; il aurait exposé ses idées à Corneille, qui se serait chargé de les coucher sur le papier avec style. Cette théorie se diffuse plus largement à partir de 2001. Cette année-là, une analyse statistique pilotée par Cyril et Dominique Labbé lui donne une nouvelle jeunesse, en prétendant avoir prouvé la thèse dite « cornélienne ». D’autres études ont suivi et sont allées dans le même sens. Nous contestons cependant ces résultats au vu de nos propres travaux : toutes nos données convergent vers l’idée que Molière serait bien l’auteur de ses pièces. Lire la suite

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La diversité linguistique fruit d’un bon climat

Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 317, août-septembre 2019)

Pourquoi parlons-nous plusieurs langues ? Lorsque des groupes humains se séparent, ils cessent d’échanger entre eux et leurs façons de parler divergent peu à peu jusqu’à donner naissance à différents idiomes. Le fait d’être éloignés ou séparés par une frontière dite naturelle – montagne, océan… – pourrait donc apparaître comme un facteur clé de ces divisions. Mais cette idée reçue est inexacte, selon une étude statistique et cartographique sur la répartition des langues à travers le monde : leur diversité dépendrait plutôt du climat.

Lorsque celui-ci est idéal pour se nourrir – propice à la croissance des végétaux, pas trop imprévisible, etc. –, les humains ont tendance à se sédentariser en petits groupes autonomes qui communiquent moins les uns avec les autres. Ils développent de ce fait différentes langues, même lorsqu’aucun obstacle physique ne les sépare. En revanche, lorsque le climat est plus incertain, ne facilite pas la production de ressources, qu’il devient difficile de subvenir à ses besoins, les populations sont plus mobiles, s’organisent entre elles et finissent par utiliser une même langue.

François Pellegrino, directeur de recherche en sciences du langage au CNRS (laboratoire DDL, Lyon) souligne l’intérêt de l’étude : « On sait depuis longtemps que la diversité linguistique est plus grande là où la biodiversité est importante, comme au niveau de l’équateur. Mais il était difficile de dire si cela traduisait un lien de cause à effet – un environnement foisonnant favoriserait la prolifération de langues par exemple – ou une simple corrélation. » L’étude penche pour la seconde option : biodiversité et diversité des langues seraient deux effets d’une même cause climatique. « Toutefois, celle-ci n’explique pas tout, nuance F. Pellegrino, d’autres facteurs – culturels et sociaux notamment – entrent aussi en compte. »

Xia Hua et coll., The Ecological Drivers of Variation in Global Language Diversity, Nature Communications 10, 2019.

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La grammaire des nourrissons

Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 316, juillet 2019)

Dans une étude récente, des chercheures ont exposé des nourrissons à des images. Chacune était associée à une série de sons différents, mais toujours construits selon la même structure syllabique. Ainsi, les bébés voyaient le dessin d’un poisson et entendaient un mot de type AAB (imaginez quelque chose comme « kikila » ou « rouroudo »). Ou bien le dessin était celui d’un lion et le mot était de type ABA (« kilaki », « roudorou »). Les syllabes utilisées changeaient tout le temps, mais la règle de construction et d’association restait toujours la même… jusqu’à ce que les chercheures trichent.

Elles associent par exemple un mot ABA à l’image d’un poisson. Étudiant la réaction des bébés à l’aide d’électroencéphalogramme, elles ont constaté que ces derniers exprimaient alors une forme d’incompréhension. Cela indique que les nourrissons ont réussi à repérer les structures AAB et ABA et à les associer chacune à un stimuli précis. Cette capacité de symbolisation semble être une spécificité humaine. Les autres primates, s’ils ne sont pas dépourvus de formes de langage, semblent avoir plus de mal que nous à discerner l’esprit de la lettre…

Claire Kabdebon et Ghislaine Dehaene-Lambertz, « Symbolic labeling in 5-month-old human infants », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol 116, n° 12, mars 2019.

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Le français est à nous !

Saviez-vous que Molière écrivait « ortografe », que le mot « autrice » était courant jusqu’au 17e siècle, ou que les abréviations genre « texto » étaient appréciées des moines copistes du Moyen Âge ? Cet essai pour tous publics regorge d’anecdotes savoureuses sur l’histoire de la langue française. Mais son propos est bien plus actuel : réforme de l’orthographe et de la grammaire, enseignement de la langue à l’école, féminisation du lexique et écriture inclusive… Ces débats souvent passionnels sont l’occasion d’une initiation claire et rigoureuse aux sciences du langage.

Les lecteurs et lectrices même néophytes peuvent ainsi comprendre comment se construit une langue, comment elle évolue, ou encore quels enjeux politiques et sociaux y sont attachés. Faire de la bonne vulgarisation scientifique tout en prenant parti dans des discussions brûlantes était une gageure, et certains passages comme ceux sur l’Académie française ou l’Organisation internationale de la francophonie ont des accents presque pamphlétaires. Mais le pari est réussi : si le propos est engagé, il reste toujours argumenté, éclairé, et souvent implacable. Lire la suite

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