Archives de Catégorie: Sciences du langage

Parlez-vous le dothraki ?

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n° 345, mars 2022). À lire pour aller plus loin : Le Trône de fer et les sciences (collectif), Belin, 2021.

Retrouvez notre live sur Twitch consacré aux langues fictives

Saga romanesque adaptée en série télé, Game of Thrones fourmille de langues inventées dans un univers médiéval fantastique : le dothraki, le haut valyrien et les dialectes qui en découlent, des argots spécifiques à des quartiers, des corporations ou encore des classes sociales, etc. Au fil des pages, des dizaines de variations dialectales sont évoquées. L’auteur, George R. R. Martin, n’entre pas dans le détail de leur grammaire ou de leur phonologie ; seules quelques expressions sont distillées pour éveiller notre sens de l’exotisme et du merveilleux. La crédibilité de ces idiomes repose davantage sur leur histoire.

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Classé dans Philosophie, Pop culture, Sciences du langage

Naissance d’une science moderne de l’esprit

Deux linguistes revisitent l’histoire de leur discipline, pour rendre compte de l’émergence d’une nouvelle conception de l’esprit humain au 20e siècle. Ils déconstruisent par la même occasion bien des idées reçues sur la marche des sciences. Cette recension est parue dans Sciences Humaines (n° 344, février 2022).

L’ouvrage entend faire date, il pourrait bien être à la hauteur de ses ambitions. Aux origines des sciences humaines est une somme magistrale sur l’histoire des idées, du milieu du 19e siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale – un deuxième tome a été annoncé pour la période ultérieure. Dès l’introduction, il est clair que ce ne sera pas une simple compilation de biographies de chercheurs, ni un récit scolaire sur la marche des sciences. John Goldsmith et Bernard Laks proposent d’emblée une réflexion critique sur l’histoire de la recherche en sciences humaines.

Ils remettent en question des acquis aussi convenus que l’origine d’une théorie, le crédit que l’on peut accorder à tel ou tel savant pour l’avoir portée, ou encore son influence dans un champ disciplinaire et au-delà. Ils interrogent le lien entre le renouvellement des idées et celui des générations de chercheurs ; ils discutent du poids du contexte – personnel, social, culturel, politique… – sur le travail universitaire. Le propos est large et en même temps pointu. Dès les premiers chapitres, toute une galerie de personnages défile sous nos yeux. Ils débattent, s’enrichissent mutuellement, se disputent ou font au contraire alliance.

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Classé dans Histoire, Livres, Sciences du langage

“Sciences Humaines” : nouveau look pour une nouvelle vie

Le magazine Sciences Humaines lance une nouvelle formule. Au menu : une esthétique plus dynamique et pédago, de nouvelles rubriques et chroniques, une plus grande ouverture aux questions de société, mais aussi à des auteurs ou autrices incontournables à l’international – ce mois-ci le philosophe allemand Jürgen Habermas accorde un bel entretien sur son œuvre !

Des rubriques inédites

Avec toute l’équipe de Sciences Humaines, j’ai eu le plaisir de participer au développement et au lancement de cette nouvelle formule. Chaque mois, je publierai notamment une chronique pop culture. Pour cette première édition, j’ai choisi de la consacrer au boxeur Rocky – héros d’une saga cinématographique culte – et à l’analyse passionnante qu’en fait l’historien Loïc Artiaga dans son essai, Rocky, La revanche rêvée des Blancs (éd. Amsterdam, 2021).

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Ce que cachent nos expressions

Les mots « savent de nous des choses que nous ignorons d’eux », résumait le poète René Char dans les Chants de la Balandrane. Chercheuse en sciences du langage et autrice de Je parle comme je suis (Grasset, 2020), Julie Neveux adore repérer de nouvelles expressions, comprendre d’où elles viennent et surtout ce qu’elles révèlent. Tour d’horizon de ces tics de langage qui parlent autant de l’époque que de nous.

Cet article est paru dans Version Femina (n° 1010, semaine du 9 au 15 août 2021)

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Classé dans Psychologie, Sciences du langage, Société

Ces voix qui sifflent dans nos têtes

Nous passons environ un quart de notre temps à penser, à dialoguer silencieusement avec nous-mêmes, ou encore à écouter des voix qui parlent en nous. Mais quelles sont-elles et que peut-on en dire d’un point de vue scientifique ? Pas grand-chose au premier abord. Si l’on y voit qu’un décalque de la parole, il paraît difficile d’étudier sérieusement une dimension aussi intérieure et subjective du langage. Mais il y a d’autres réponses possibles, que développe le psychologue Charles Fernyhough dans ce livre.

La question est même passionnante, tant elle en soulève mille autres. Pourquoi avons-nous le sentiment de penser dix fois plus vite que nous parlons, et cette impression est-elle fondée ? Avons-nous le même accent dans notre tête qu’à l’oral ? Différentes voix peuvent-elles jouer différentes fonctions, ou même correspondre à des traits de personnalité sans que cela relève d’une pathologie ? L’auteur, directeur du projet de recherches multidisciplinaire « Hearing the voice », à l’université de Durham (Royaume-Uni), fait un point actualisé sur les études en cours. On apprend par exemple, que les sportifs professionnels ont une tendance plus marquée à se coacher et à s’engueuler eux-mêmes. Également spécialiste du développement de l’enfant, C. Fernyhough s’intéresse plus longuement au rôle des voix intérieures en situation d’apprentissage, ou lorsque l’on tente de résoudre un problème. À la croisée de la psychologie, de la philosophie et des sciences du langage, un ouvrage à méditer tout l’été.

Cette critique est parue dans « les livres de l’été » de Sciences Humaines (n° 339, Août – septembre 2021). Rendez-vous sur le site pour découvrir le reste de la sélection !

Le dialogue intérieur. Qui parle en nous ?, Charles Fernyhough, Albin Michel, 2021, 384 p., 24 €.

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Classé dans Livres, Psychologie, Sciences du langage

Comment la théologie chrétienne a lancé « l’écriture inclusive »

L’expression « écriture inclusive » est apparue dans le sillage de la théologie protestante féministe des années 1970-1980, sur fond d’interrogations politiques et parfois métaphysiques concernant la représentation du genre dans la religion.

© BORIS SEMENIAKO

Cet article est paru dans Le Monde, à retrouver en ligne ! Un grand merci aux chercheuses Julie Abbou et Lauriane Savoy pour leurs éclairages ! Et au podcast Parler comme jamais pour avoir “révélé le scoop” dans un épisode consacré à l’écriture inclusive.

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Comment apprend-on à parler ?

Sciences Humaines (n° 333, février 2021) consacre son dossier de rentrée au langage. Comment apprend-on à parler ? Quelle est la force des interactions sociales ? Comment les langues évoluent-elles ? J’ai eu le plaisir de coordonner ce dossier, à découvrir en kiosque ou en ligne !

Les bébés maîtrisent leur langue en un temps record, bien plus vite que les adultes lorsqu’ils s’essaient aux langues étrangères. Comment expliquer la rapidité de cet apprentissage ? Quels sont les mécanismes cognitifs à l’œuvre ? Quelle est l’influence des autres et plus généralement du contexte dans lequel les enfants grandissent ?

Comme le montre ce dossier, les recherches récentes en sciences du langage ont dépassé la querelle de l’inné et de l’acquis au profit d’une vision médiane ou « interactionniste » : parler s’apprend au fil de relations complexes entre ce qu’un tout-petit peut et ce qu’il perçoit dans son environnement – le comportement des adultes comme celui d’autres enfants par exemple. Même des troubles du langage ayant apparemment une origine physiologique n’ont pas les mêmes conséquences d’un milieu social à un autre.

De fait, la parole ne se réduit pas au fait d’exprimer une pensée ; elle s’insère dans un ensemble de pratiques discursives et de codes sociaux. Elle est toujours en mouvement, susceptible d’évoluer au fil des générations, des époques et des environnements. Trop complexe pour se retrouver telle quelle dans la nature, chez d’autres espèces animales par exemple, mais aussi trop spontanée pour être rationalisée par une intelligence artificielle, elle garde encore une large part de mystère.

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La connerie décryptée à l’aune des sciences humaines

Le magazine Sciences Humaines consacre son dossier de fin d’année à « la connerie ambiante » : ses racines, ses ailes de géante, ses ramifications, ses labyrinthes et ses impasses. « Histoire, en tamisant ce bourbier, d’en tirer quelques pépites de savoir, voire des perles de sagesse », espère Jean-François Marmion, qui a coordonné ce dossier. Cliquez ici pour l’acheter ou commander le numéro complet !

J’ai eu le plaisir de rédiger deux articles pour ce dossier : dans « Cons sans frontières », je passe en revue différentes traduction et connotations de cette insulte à travers le monde, à l’aune d’analyses en sciences du langage. Dans « La philosophie contre-attaque », je vous propose quelques stratégies imaginées par des philosophes pour faire faire à la bêtise d’autrui… et à la nôtre surtout ! Bonne lecture

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Le rôle des inégalités dans la prise en charge des AVC

© Chinnapong/Stock.Adobe.com

Maîtrise de la langue, milieu social, homme ou femme… la Journée mondiale de l’accident vasculaire cérébral (AVC), le 29 octobre, est l’occasion de rappeler que les inégalités sociales de santé jouent un rôle non négligeable dans la prise en charge des patients, au-delà des critères purement biologiques ou médicaux. Cet article est paru dans Le Journal du CNRS.

En 2011, alors que Nicole Guinel était orthophoniste à l’hôpital Tenon AP-HP, dans le 20e arrondissement de Paris, dans le service du Pr Sonia Alamowitch, une patiente polonaise s’est présentée complètement mutique après un accident vasculaire cérébral (AVC). « L’aphasie, perte partielle ou totale du langage, est une conséquence fréquente d’un AVC, explique Nicole Guinel. C’est pourquoi nous préconisons des exercices de démutisation, permettant d’encourager un retour de la parole. » Ces exercices consistent par exemple à prononcer des mots ou des expressions de façon adaptée à un contexte – « bonjour », « merci », « nous sommes lundi »… –, à nommer correctement des objets de la vie quotidienne, ou encore à chanter de petites comptines. Pour être plus efficaces, ces exercices doivent débuter le plus tôt possible. Leur succès dépend aussi de l’état de la victime, de la gravité de son accident, de son profil ou encore de son parcours de vie. « Face à cette patiente polonaise, arrivée en France depuis deux mois et qui ne parlait pas un mot de français, j’ai de nouveau été confrontée au fait que nos exercices étaient inadaptés pour les non francophones », se souvient Nicole Guinel.

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20 millions d’années de bavardage

La théorie dite de « la descente du larynx », supposée expliquer que les humains puissent parler mais pas d’autres grands singes, a été été largement adoptée avant d’être remise en question depuis une quinzaine d’années. © Laboratoire de psychologie cognitive (CNRS/Aix-Marseille Université) et GIPSA-lab (CNRS/Université Grenoble Alpes)

Une parole en l’air ne laisse pas de trace. Difficile, donc, de savoir quand l’humanité s’en est emparée ! Spécialistes en sciences du langage et primatologues ont longtemps estimé qu’elle était apparue il y a 200 000 ans : l’anatomie humaine s’est modifiée à cette époque, ce qui nous aurait permis d’articuler des consonnes et des voyelles comme aucune autre espèce d’hominidé. Cette thèse repose sur la « théorie de la descente du larynx », défendue par le chercheur américain Philip Lieberman à partir de 1969. Selon lui, les autres grands singes n’arrivaient pas à parler à cause de leur conduit vocal : leur larynx semblait situé trop haut pour qu’ils puissent produire différentes voyelles. Lire la suite

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