Archives de Catégorie: Pop culture

Barbie est-elle féministe ?

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n°348 – juin 2022). À lire pour aller plus loin : Le féminisme pop. La défaillance de nos étoiles, de Sandrine Galand (éd. du remue-ménage, 2021)

Au premier regard la réponse serait « non ». Avec ses mensurations aberrantes et sa dégaine de princesse slave, la célèbre poupée mannequin véhiculerait des clichés sexistes. Pourtant cette icône avait une vocation émancipatrice aux yeux de sa créatrice Ruth Handler. Le premier modèle de 1959 incarne une adulte indépendante, devenue astronaute dès 1965, candidate à la présidentielle américaine de 1992, ou encore ingénieure en robotique en 2018. Sa morphologie aussi s’est diversifiée, mais reste proche de canons de beauté artificiels. Qu’en penser au final ?

Le 12 mai, Mattel annonçait la création de sa première poupée équipée de prothèses auditives (3e en partant de la gauche) et d’un Ken atteint de vitiligo (4e).

Le procès de Barbie est plus généralement celui du « féminisme pop », analyse Sandrine Galand, docteure en études littéraires de l’université du Québec à Montréal, qui vient de publier un essai sur le sujet. Barbie serait un archétype des pop féministes d’aujourd’hui, actives dans les films, les séries ou encore la musique. De Buffy contre les vampires à Miley Cyrus, ces icônes revendiquent leur émancipation tout en assumant une apparence glamour et hypersexualisée, se faisant cheffes de file d’un « girl power » mondialisé. Cette posture ambiguë suscite de vives critiques d’intellectuelles féministes, note S. Galand, qui confesse être elle-même passée par tous les stades.

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La pop coréenne, arme de séduction massive

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n° 347, mai 2022). À lire pour aller plus loin : K-pop. Soft power et culture globale, Vincenzo Cicchelli et Sylvie Octobre (PUF, 2022).

Connaissez-vous BTS ? Ce boy’s band coréen est l’un des groupes de musique les plus suivis au monde. L’année dernière, la vidéo de leur dernier single, Butter, a été vue 108,2 millions de fois sur Youtube en 24 heures, un record inégalé depuis. La pop coréenne ou « K-pop » représente « un raz de marée dont BTS est la crête, estiment les sociologues Vincenzo Cicchelli et Sylvie Octobre. La K-pop, à son tour, n’est elle-même que la partie la plus visible d’un ensemble de produits coréens qui rencontrent un large succès à l’étranger. » On appelle « hallyu » cette vague de musique, séries et films, jeux vidéo et goodies, qui déferle partout depuis une vingtaine d’années. « C’est bien le pays du Matin calme qui est devenu l’alternative la plus crédible au magistère régional du Japon et à celui global des États-Unis, en matière de visions du monde. »

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Western : le crépuscule des idoles

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n° 346, avril 2022). À lire pour aller plus loin : Philosophie politique du western. Les ambiguïtés du mythe américain, Robert B. Pippin (Cerf, 2021).

À la fin du 19e siècle, Shinbone est une bourgade animée de l’Ouest américain. L’ambiance des saloons est égayée de bagarres et de rires gras, les échoppes improvisées bondées de clients ; les truands mènent la grande vie. Une vingtaine d’années plus tard, en 1910, tout a disparu. La loi et l’ordre règnent ; les rues sont propres et fonctionnelles, mais froides et désertes… En réalité, Shinbone n’existe pas ; c’est une ville fictive, inventée par le cinéaste John Ford dans L’homme qui tua Liberty Valance (1962). Ce western met en scène cette localité à deux époques différentes pour montrer et critiquer son évolution. En filigrane, il reflète l’histoire des États-Unis.

Un mode de vie anarchique, mais épique et vivant, aurait été emporté par les vents de la modernité… Cette évolution renvoie à une question classique en philosophie politique : comment l’humanité est-elle passée d’un « état de nature » sans foi ni loi à une société civile, reconnaissant à chacun des droits et des devoirs ? Les westerns du genre crépusculaire vont cependant plus loin, renchérit le philosophe Robert Pippin. Ils mettent en question la prétendue réussite de la modernité.

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Parlez-vous le dothraki ?

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n° 345, mars 2022). À lire pour aller plus loin : Le Trône de fer et les sciences (collectif), Belin, 2021.

Retrouvez notre live sur Twitch consacré aux langues fictives

Saga romanesque adaptée en série télé, Game of Thrones fourmille de langues inventées dans un univers médiéval fantastique : le dothraki, le haut valyrien et les dialectes qui en découlent, des argots spécifiques à des quartiers, des corporations ou encore des classes sociales, etc. Au fil des pages, des dizaines de variations dialectales sont évoquées. L’auteur, George R. R. Martin, n’entre pas dans le détail de leur grammaire ou de leur phonologie ; seules quelques expressions sont distillées pour éveiller notre sens de l’exotisme et du merveilleux. La crédibilité de ces idiomes repose davantage sur leur histoire.

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Rocky, la revanche du blanc

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n° 344, février 2022)

Le 4 juillet 1910 aux États-Unis, le boxeur James Jeffries enfile les gants face à Jack Johnson, « dans le seul but de prouver qu’un homme blanc est meilleur qu’un Nègre ». Mais « le grand espoir blanc », comme le surnomment ses fans, prend une raclée, tandis que J. Johnson, enfant d’anciens esclaves et né dans l’extrême pauvreté, devient le premier Noir sacré champion du monde catégorie « poids lourds » de l’histoire de la boxe. Cette consécration était interdite aux Afro-Américains jusque-là. Beaucoup ne se priveront plus de truster le podium par la suite, comme Mohamed Ali dans les années 1960-1970, ou plus près de nous « Iron » Mike Tyson.

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“Sciences Humaines” : nouveau look pour une nouvelle vie

Le magazine Sciences Humaines lance une nouvelle formule. Au menu : une esthétique plus dynamique et pédago, de nouvelles rubriques et chroniques, une plus grande ouverture aux questions de société, mais aussi à des auteurs ou autrices incontournables à l’international – ce mois-ci le philosophe allemand Jürgen Habermas accorde un bel entretien sur son œuvre !

Des rubriques inédites

Avec toute l’équipe de Sciences Humaines, j’ai eu le plaisir de participer au développement et au lancement de cette nouvelle formule. Chaque mois, je publierai notamment une chronique pop culture. Pour cette première édition, j’ai choisi de la consacrer au boxeur Rocky – héros d’une saga cinématographique culte – et à l’analyse passionnante qu’en fait l’historien Loïc Artiaga dans son essai, Rocky, La revanche rêvée des Blancs (éd. Amsterdam, 2021).

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VIDÉO – La pop’philo (et au-delà)

De Rocky à Matrix, en passant par Tintin, Star Wars ou encore Batman, Le magazine Sciences Humaines a consacré une partie de son émission Twitch à la pop’philosophie : l’analyse philosophique de films, séries, télé, BD… Nous nous sommes plus généralement intéressés à toutes les analyses universitaires et scientifiques pouvant être faites d’objets pop’culturel… Abonnez-vous à Sciences Humaines sur Twitch pour participer aux prochains live !

À lire également :

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L’altération des mondes. Versions de Philip K. Dick

Philip K. Dick est l’un des écrivains les plus importants de science-fiction. Auteur d’Ubik, du Maître du haut château, des Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, il semble poursuivi par deux grandes questions : ce monde est-il réel ou illusoire, et sommes-nous lucides ou en proie à la folie ? Le philosophe David Lapoujade, spécialiste de Gilles Deleuze et du pragmatisme américain, s’efforce de reconstituer les intuitions de P. K. Dick sur ces questions, en s’appuyant sur ses fictions, essais, correspondances, ainsi que sur sa biographie.

Pour lui, le romancier met généralement en scène la disparition d’un monde jusqu’alors tenu pour objectivement réel et unique…Cette disparition lui permet de souligner en retour la puissance créatrice de la subjectivité : chaque point de vue apparaît comme l’expression d’un autre monde possible, tendant spontanément à se déployer. Beaucoup tentent même d’imposer leur réalité aux autres, usant notamment d’artifices et de technologies propres à la science-fiction, ce que D. Lapoujade appelle une « guerre des psychismes ». Cette lecture est d’autant plus passionnante que, même si l’auteur ne les nomme pas, il existe aujourd’hui des technologies numériques qui favorisent l’essor de représentations alternatives de la réalité.

Chez P. K. Dick, la défaite des protagonistes est fréquente et synonyme d’aliénation : quelque chose s’immisce dans leur monde et parvient à en prendre le contrôle, réduisant à néant leur vitalité et leur humanité. Dans les récits les moins tragiques, conclut D. Lapoujade, P. K. Dick réhabilite la figure du « bricoleur » et du hacker : ses héros sont des individus modestes voire marginaux, mais débrouillards et imaginatifs ; ils résistent et rapiècent un monde commun avec des bouts de l’ancien.

Cette critique est parue dans Sciences humaines (n°338 – Juillet 2021). Rendez-vous sur le site pour découvrir d’autres essais et publications !

L’altération des mondes. Versions de Philip K. Dick, David Lapoujade, Minuit, 2021, 152 p., 16 €.

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BnF : un trésor de 17 000 jeux vidéo

Envie de jouer à la Bibliothèque nationale de France ? Début 2020, le jeu d’heroic fantasy The Witcher 3 y était à l’honneur dans l’une des salles accessibles au grand public. Des amateurs de casque de réalité virtuelle pouvaient également tester une version adaptée de Skyrim, et des nostalgiques redécouvrir Ghosts’n Goblins – grand classique des années 1980 – sur une borne d’arcade à l’entrée. « Cette salle ne propose qu’une sélection, précise David Benoist, chargé de la collection jeux vidéo. En revanche, toute personne effectuant un travail de chercheur peut accéder à l’ensemble du catalogue dans les espaces réservés. » Non seulement les jeux, sur ordinateur voire sur les consoles d’origine, mais aussi les magazines d’époque, les émissions télé, les chaînes YouTube dédiées, etc.

17 000 jeux archivés

En France, une loi de 1992 et son décret d’application l’année suivante ont rendu obligatoires le dépôt et la conservation des « documents électroniques ». « En réalité, ce texte ne ciblait pas tant le jeu vidéo que des produits culturels plus classiques, comme les encyclopédies sur CD-Rom », précise Élodie Bertrand, en charge de la section dédiée à la BnF. La formule prêtait néanmoins à confusion et a poussé des éditeurs à envoyer leurs jeux à la bibliothèque. « C’était très inhabituel !, poursuit É. Bertrand. D’ailleurs ils ont d’abord été classés par erreur comme des “vidéos”. » À partir des années 2000, la bibliothèque décide de constituer une collection en bonne et due forme, et achète même des titres sortis avant la publication du décret, et des consoles. « Nous avons récupéré une “Magnavox Odyssey” de 1973 aux enchères, dit avec fierté D. Benoist. À ma connaissance, il n’en existe que deux exemplaires en France ! » Lire la suite

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La sagesse de Stars Wars, tu découvriras

Le neuvième épisode de La Guerre des étoiles sort le 18 décembre au cinéma, concluant provisoirement une saga entamée… en 1977 ! Le philosophe Gilles Vervisch, déjà auteur de La philo contre-attaque en 2015, récidive pour l’occasion avec Star Wars, le retour de la philo (Le Passeur, 2019), dédié aux dimensions politiques, existentielles ou encore métaphysiques du célèbre space opera. Car George Lucas rêvait de conjuguer un western film de guerre du type Apocalypse Now, un récit de samouraï à l’image du cinéma d’Akira Kurosawa, des considérations spirituelles d’inspirations européenne et surtout asiatique – bouddhisme, taoïsme, bushidō…

Ainsi les chevaliers Jedi, sorte de maîtres zen, apprennent à leurs jeunes élèves à se libérer des apparences pour découvrir la force tapie en toute chose. Ils s’opposent aux sombres Sith, parvenus à la tête d’un empire à force de manœuvres politiques et de stratégies d’asservissement. Leur affrontement illustre une opposition philosophique classique entre l’intuition et la technique. Les Jedi désapprennent à penser et à raisonner pour se fier à leur instinct. Ils privilégient de ce fait un mode de vie épuré, proche de la nature et ascétique. La philosophie de Henri Bergson n’est pas loin, mais conjuguée aux stoïciens et aux épicuriens ! Lire la suite

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