Archives de Catégorie: Pop culture

Super-héros : que disent-ils de nous ?

Si les super-héros séduisent, c’est aussi parce que leurs aventures mettent en scène des dilemmes moraux, psychologiques ou encore politiques que nous partageons tous.

Cette série d’articles est parue dans un hors série de Ça m’intéresse (hors série n° 3, décembre 2020 – janvier 2021), en partie repris dans un numéro plus récent (hors série n° 17, septembre -octobre 2022).

Question d’identité

Suffit-il de tomber le masque ?

Les costumes des super-héros sont une source inépuisable d’interrogations sur l’identité : qui sommes-nous et qu’est-ce qui nous définit ? Au premier abord, ces surhommes en collants se déguisent pour dissimuler leur état civil. Mais en même temps, ces costumes font aussi partie de ce qu’ils sont. Ce serait une erreur de définir Peter Parker comme « un étudiant en sciences », et Spider-Man comme « son déguisement ». Parker est à la fois cet étudiant, l’homme araignée, et bien d’autres choses encore : un ami, un amoureux, un employé, un neveu, etc.

À l’encontre d’une tradition philosophique héritée de Platon, affirmant que l’identité ou « l’essence » se cacherait toujours au-delà des apparences, les costumes des héros suggèrent, dans le sillon de Nietzsche, qu’il n’y a que des apparences. On peut même aller plus loin : il y a parfois plus de vérité à la surface que dans les profondeurs, plus d’honnêteté dans un masque que sur un visage dénudé. Après tout, la facette « super-héroïque » de leur identité n’est-elle pas ce qui définit le mieux les super-héros ?

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Pourquoi craque-t-on pour les chatons mignons ?

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n° 355 – Février 2023). À lire pour aller plus loin : Trop mignon ! Mythologies du cute, Vincent Lavoie (Alpha, 2022), et Le Pouce du panda, Stephen Jay Gould (1979)

Succès monstre de l’été dernier, Stray est un jeu vidéo permettant d’incarner un chat roux aux grands yeux verts. On déambule à pas feutrés dans une ville futuriste, en bondissant avec grâce de toits en gouttières. On se fait caresser le dos par un robot en ronronnant, on saute sur les cuisses d’un employé de bureau, on fait tomber un objet du bout de la patte pour attirer son attention… Cerise sur le souriceau : le joueur peut appuyer sur un bouton pour faire « miaou » à l’écran. Mais pourquoi craque-t-on ? Dans son essai sur le « mignon », l’historien de l’art Vincent Lavoie cherche l’origine de cet attachement.

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Un ticket pour le paradis ?

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n° 354 – Janvier 2023). À lire pour aller plus loin : Comment être parfait, Michael Schur (Philosophie magazine Éditeur, 2022).

À sa mort, Eleanor est accueillie au paradis. Le responsable des lieux lui explique qu’elle a mérité sa place, compte tenu de ses bonnes actions. Mais en découvrant le brillant CV qu’on lui attribue, Eleanor comprend qu’elle a été confondue avec une autre ! En réalité, elle a toujours été un monstre d’égoïsme et de méchanceté… Craignant d’être démasquée, elle oblige un chercheur en philosophie morale à lui apprendre comment devenir une bonne personne.

Ce scénario est le point de départ de la série américaine The Good Place, monument d’humour absurde et de philosophie éthique. Le créateur, Michael Schur, a travaillé dès le départ avec des universitaires pour mettre en scène des dilemmes crédibles et épineux, sur lesquels les philosophes planchent encore.

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« Avatar met en scène deux formes d’écologie radicalement différentes »

Alors que la suite du blockbuster de James Cameron sort sur les écrans le 14 décembre, nous avons proposé à l’anthropologue Perig Pitrou d’analyser le premier opus. Par-delà nature et culture, quelles représentations du vivant se cachent derrière le message écologique du film ? Cette interview est parue dans le Journal du CNRS.

Grâce à son avatar, la scientifique humaine Grace Augustine (Sigourney Weaver) s’occupe d’enfants Na’vis, ici devant l’école qu’elle a créée avant que les choses ne se gâtent… ©Twentieth Century-Fox Film Corporation – Giant Studios – Lightstorm Entertainment

Le film Avatar et ses fameux Na’vis, extraterrestres à la peau bleue aux prises avec des Terriens avides de conquêtes, proposait en 2009 une fable écologique devenue le plus gros succès en salles de tous les temps. Quelle conception de la vie le film met-il en scène ?

Perig Pitrou (1). La première qualité de ce film est de présenter des singularités tout à la fois biologiques et sociotechniques. D’un côté, on croise sans cesse des formes de vie inconnues – animales, végétales, humanoïdes… – dans un environnement foisonnant. On découvre l’écologie de la planète imaginaire Pandora, notamment l’existence de systèmes de communication entre différentes espèces qui ne ressemblent à rien de ce que l’on connaît sur Terre.

La diversité des formes de vie (dans le film) est un prétexte pour nous plonger dans un univers animiste, radicalement différent des schémas de pensée occidentaux.

D’un autre côté, le film montre ce que cette communication implique d’un point de vue politique et social : les espèces vivent en communion les unes avec les autres, des cavaliers humanoïdes nouent un lien éternel et organique avec leur monture, les arbres parlent aux vivants et même aux morts… La diversité des formes de vie est un prétexte pour nous plonger dans un univers animiste, radicalement différent des schémas de pensée occidentaux. L’arrivée des humains sur cette planète, sous forme de complexe militaro-industriel et prédateur, accentue encore ce contraste. Ils ne comprennent pas ce qu’ils voient et tentent d’imposer leur vision du monde

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Picsou, miroir de nos excès

Cette chroniques est parue dans Sciences Humaines (n° 353 – Décembre 2022). À lire pour aller plus loin : L’Économie et les sciences sociales selon Picsou, Thierry Rogel, L’Étudiant éd., 2022.

« The Fabulous Philosopher’s Stone », Carl Barks, 1955

Dans la bande dessinée La Pierre philosophale (1955), le canard le plus riche du monde découvre le trésor de Midas. D’après la mythologie grecque, cette pierre philosophale transforme tout ce qu’elle touche en or… y compris son possesseur ! Le roi Midas dut y renoncer car il ne pouvait même plus boire ni manger. Picsou commence aussi à se transformer avant d’être sauvé par ses neveux. Il regrette cependant de perdre l’occasion de changer ses plumes en or pour les revendre. Comme souvent, ce multimilliardaire incarne les dérives de la cupidité. Mais d’autres traits peuvent lui être prêtés selon les récits.

« Les histoires de Picsou présentent de manière exacerbée l’ensemble des attitudes possibles à l’égard de l’argent », relève le professeur d’économie Thierry Rogel : la cupidité mais aussi l’avarice, la prodigalité (ou dépense compulsive), l’ennui, le cynisme et le refus de l’argent. « Il s’agit là de dérives de comportements normaux, poursuit T. Rogel. En effet, désirer avoir de l’argent pour le dépenser et faire face à un imprévu est normal, le désirer pour lui-même ne l’est pas. Être économe est une vertu, avare un vice (…). Au fond, Picsou nous montre jusqu’où on ne doit pas aller. »

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Un jeu vidéo pour réviser la philo

Dans les rues de Paris, un SDF vous interpelle : « Je cherche un homme. » Vous avez le choix entre deux réponses : « Vous êtes perdu monsieur ? » ou « Et bien me voilà ! » Dans le premier cas, il répondra que c’est vous qui êtes perdu, et dans le second que vous ignorez ce qu’est un homme. Ce SDF provocateur, c’est Diogène de Sinope, philosophe emblématique du cynisme et premier protagoniste auquel vous êtes confronté dans le jeu vidéo Philo (Pocket Story) sur smartphone Apple et Android.

Cette application pédagogique permet de dialoguer avec dix auteurs classiques pour s’initier à leur pensée : Platon, La Boétie, Nietzsche… Huit scénarios supplémentaires doivent sortir plus tard. Bourré d’humour, servi par une direction artistique remarquable et solide sur le fond, c’est un parfait allié pour les lycéens en vue du bac – et pour les parents qui veulent se remettre à jour.

Cette brève est parue dans Sciences Humaines (n° 353, décembre 2022). Rendez-vous en kiosque et en ligne pour d’autres actualités.

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Comprendre la mythologie japonaise en quatre clés

Peu connue, la mythologie japonaise regorge de divinités, de personnages hauts en couleurs et de récits épiques, à l’honneur au mois d’octobre lors du Kamiarizuki, le « mois de la présence des kamis ». Voici un condensé de l’essentiel.

Un visiteur devant « Univers/Final Fantasy », de l’artiste japonais Yoshitaka Amano. A la Bundeskunsthalle, à Bonn, le 28 juillet 2011. OLIVER BERG/AFP

Cet article est paru dans Le Monde, à retrouver en ligne (abonné·es). Un grand merci à Alain Rocher, spécialiste des religions et traditions populaires du Japon, auteur de Les 100 Légendes de la mythologie japonaise (« Que sais-je ? », PUF, 128 pages, 9 euros).

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Claude François, génie de la simplicité

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n° 352 – novembre 2022). À lire pour aller plus loin : La Chanson exactement. L’art difficile de Claude François (Puf, 2017), du philosophe Philippe Chevallier. Ce dernier donne également une conférence dédiée mercredi 19 octobre à la Semaine de la pop philosophie, saison XIV, à Marseille.

En découvrant le biopic consacré à Cloclo (Florent Siri, 2012), le philosophe Philippe Chevallier a souhaité se replonger dans les disques.

« Ça s’en va et ça revient, c’est fait de tout petits riens, ça se chante et ça se danse, et ça revient, ça se retient, comme une chanson populaire. » Plus qu’un effet de mode, les tubes de Claude François ont marqué des générations de fans jusqu’à aujourd’hui. Même le philosophe Gilles Deleuze y consacre l’une de ses rares analyses sur la musique dans son Abécédaire (1996) : « Qu’est-ce qui fait qu’il y a une communauté entre la chanson populaire et un chef-d’œuvre musical ? » Et de prendre en exemple l’évolution artistique de Cloclo, chanteur pourtant méprisé de nombreux intellectuels de son vivant. Aujourd’hui encore, l’artiste peut passer pour médiocre et par ailleurs brutal – avec ses collègues, ses compagnes ou encore de jeunes mineures…

Le philosophe Philippe Chevallier reprend cependant la question à nouveau frais dans La Chanson exactement (Puf, 2017), consacré exclusivement à la musique de Claude François. Chez cette icône française, avance-t-il, « quelque chose sonne parfaitement bien », au-delà des paroles et mélodies, parfois rudimentaires, souvent plagiées. Dans ses analyses, P. Chevalier s’émancipe cependant de G. Deleuze et de sa valorisation de « l’art mineur », y voyant un point de vue certes bien intentionné, mais finalement contraire à un véritable intérêt pour l’œuvre. « Comme par hasard, la seule chanson qui retient l’attention de Deleuze, Alexandrie, Alexandra, a pour parolier un habitué du quartier Latin », ironise-t-il.

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Le punk, un art de vivre

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n° 351 – octobre 2022). À lire pour aller plus loin : Penser avec le punk, de Catherine Guesde (PUF, 2022). À corps et à cris. Sociologie des punks français, de Pierig Humeau (CNRS, 2021), et Riot Grrrls. Chronique d’une révolution punk féministe, de Manon Labry (La Découverte, 2016).

« Punk is dead », « le punk est mort », chante le groupe anglais Crass dès 1978. À peine né, ce rock anarchique et antisystème se serait perdu en devenant un produit de consommation courante, récupéré par les majors de l’industrie musicale et les fabricants de goodies – t-shirts à l’effigie des groupes, jeans prédécoupés, mugs… La chaîne de télévision CBS promeut le groupe The Clash, insiste Crass. « Mais pas pour la révolution, juste pour le cash. »

Aux yeux des pionniers et des irréductibles, expliquent la philosophe Catherine Guesde et le sociologue Fabien Hein, le punk incarne une manière de vivre et un ensemble de valeurs. Cette éthique est le plus souvent résumée en un principe élémentaire : « Fais-le toi-même » ou « Do it yourself » (DIY) en anglais. Autrement dit, le punk est fondamentalement une incitation à agir et à créer, à s’exprimer sans demander d’autorisation, et à faire de l’art même quand on n’y connaît rien. C’est monter sur une scène, prendre un instrument ou un micro, et advienne que pourra.

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Les formes élémentaires de la boxe

Cet article est paru dans la rubrique « l’image du mois » de Sciences Humaines (n° 351 – octobre 2022). À lire pour aller plus loin : Voyage au pays des boxeurs, textes et photographies de Loïc Wacquant, La Découverte, 2022.

Dans son essai Les Jeux et les Hommes (1958), le sociologue Roger Caillois identifie quatre grands types de jeu. Certains impliquent de la compétition (« agôn », dans la classification de R. Caillois), à l’image des tournois d’échecs ou des courses en tous genres. D’autres dépendent principalement de la chance (« alea »), comme la loterie ou certains jeux de cartes. La troisième catégorie englobe les imitations et les arts du spectacle (« mimicry ») ; cela va de jeux de rôles élémentaires – « on dirait que je serais policier » – au jeu vidéo. La dernière forme de divertissement témoigne avant tout d’une recherche de vertige (« ilinx »), par exemple quand des enfants se poursuivent ou tournent rapidement sur eux-mêmes avant d’essayer de courir en ligne droite. Dans un beau livre en forme de Voyage au pays des boxeurs, le sociologue et pugiliste amateur Loïc Wacquant reprend cette classification pour montrer que la boxe illustre les quatre catégories à la fois.

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