Archives de Catégorie: Histoire

Qui a peur du « genre » ?

Aux quatre coins du monde, de Donald Trump à Jair Bolsonaro, des intégristes religieux aux partisans proclamés du bon sens, le « genre » est devenu un épouvantail permettant de fédérer des tendances politiques par ailleurs opposées. Cet article est paru sur Le Journal du CNRS.

Le drapeau de la « straight pride » de Boston, le 31 août 2019, une étonnante marche pour exprimer la « fierté hétérosexuelle » qui a suscité l’indignation aux États-Unis. © Scott Eisen / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Les études de genre ont gagné en légitimité, pourtant elles n’ont jamais été autant attaquées à travers le monde. Cette ambivalence a été abordée lors de la conférence plénière du deuxième Congrès international du Groupement d’intérêt scientifique (GIS) Institut du Genre, qui s’est tenu du 27 au 30 août dernier à l’Université d’Angers, en partenariat avec cette dernière.

Ces mouvements trouvent appui au plus haut sommet de l’État, obtenant le retrait de campagnes pédagogiques, de projets de loi, des restrictions gouvernementales à l’encontre de la recherche scientifique.

« Certes le nombre de publications scientifiques et de coopérations internationales et interdisciplinaires a régulièrement augmenté ces dernières années, constate la sociologue Sylvie Cromer (1). Et de plus en plus de disciplines tiennent compte du prisme de genre dans leurs études, comme la musicologie et les sciences de gestion dont nous avons pour la première fois accueilli une intervention au congrès », s’enthousiasme-t-elle. Mais on constate aussi que l’opposition aux études de genre s’est renforcée et organisée. Lire la suite

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« Molière est bien l’auteur de ses pièces »

La « langue de Molière » serait-elle en réalité… celle de Corneille ? L’idée circule depuis le début du XXe siècle. Mais d’après une nouvelle enquête statistique sur les textes, cette thèse reste infondée : le célèbre auteur est bien à l’origine de son théâtre. Explications avec Florian Cafiero, coauteur de l’étude. Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS.

« Une collaboration », lithographie représentant Jean-Baptiste Poquelin dit Molière (à gauche) et Pierre Corneille (à droite), d’après une œuvre du peintre français Jean-Léon Gérôme (1824-1904) datée de 1863. La paternité des œuvres de Molière est discutée depuis la théorie de l’écrivain Pierre Louÿs en 1919 selon laquelle Corneille en serait le véritable auteur © Isadora / Bridgeman Images

Vous publiez, avec Jean-Baptiste Camps (1), une étude (2) sur la paternité des œuvres de Molière. Pourquoi existe-t-il un doute sur le fait que Molière ait lui-même écrit ses pièces ?
Florian Cafiero (3) :
Dans deux articles publiés en 1919, le poète et romancier Pierre Louÿs juge troublantes des similitudes entre le théâtre de Molière et celui de Corneille. Il pense avoir découvert une formidable supercherie littéraire et avance que tous les chefs-d’œuvre de Molière auraient en fait été écrits par Corneille. Cette idée connaît quelques variantes au fil du XXe siècle. Molière, étant l’acteur principal des pièces en question, se serait vu attribuer le statut d’auteur, comme il était d’usage à l’époque ; mais Corneille aurait écrit tous ses textes.

D’autres hypothèses sont moins radicales. Molière aurait été un génie du théâtre mais un mauvais lettré ; il aurait exposé ses idées à Corneille, qui se serait chargé de les coucher sur le papier avec style. Cette théorie se diffuse plus largement à partir de 2001. Cette année-là, une analyse statistique pilotée par Cyril et Dominique Labbé lui donne une nouvelle jeunesse, en prétendant avoir prouvé la thèse dite « cornélienne ». D’autres études ont suivi et sont allées dans le même sens. Nous contestons cependant ces résultats au vu de nos propres travaux : toutes nos données convergent vers l’idée que Molière serait bien l’auteur de ses pièces. Lire la suite

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Le temps des magiciens

C’est l’histoire de quatre philosophes méconnus et appelés à devenir des classiques. Leur point commun ? Tous ont élaboré une œuvre majeure entre 1919 et 1929, dans la jeune République de Weimar. Cette décennie allemande, marquée par des tensions politiques et une désorientation idéologique, témoigne en philosophie d’un « élan de créativité sans précédent », assure Wolfram Eilenberger : Ludwig Wittgenstein fixe dans Tractatus logico-philosophicus des limites jugées définitives au langage et à notre connaissance. Martin Heidegger plaide dans Être et Temps pour une liquidation de la métaphysique et un retour à des enjeux authentiquement existentiels. Plus enthousiaste, peut-être, Ernst Cassirer explore dans Philosophie des formes symboliques de nouvelles formes d’accès à la connaissance ; tandis que le penseur maudit Walter Benjamin, enfin, déchiffre le monde comme une myriade de signes à interpréter.

W. Eilenberger nous initie avec plus ou moins de pédagogie à ces quatre pensées complexes et, pour certaines, très abstraites. L’intérêt de son ouvrage ne s’arrête pas là : c’est aussi une plongée historique et biographique dans les cercles intellectuels de l’époque, comme dans la vie intime de ces philosophes. Le récit est vivant, détaillé, riche en anecdotes ; de nombreux chapitres se lisent comme un roman. Wittgenstein se dispute et se rabiboche avec Bertrand Russell. Le mariage de Heidegger bat de l’aile, mais cela inspire sa philosophie. Cassirer manœuvre comme un diable pour intégrer l’université, et Benjamin ne cesse de s’enfoncer dans des déboires financiers, politiques ou amoureux.

De façon subtile, sans jamais sombrer dans une forme de surinterprétation a posteriori, W. Eilenberger laisse entrevoir comment la vie personnelle, le contexte culturel et la production intellectuelle peuvent s’entremêler, et briller en ces moments exceptionnels.

Le temps des magiciens. 1919-1929, l’invention de la pensée moderne, Wolfram Eilenberger, Albin Michel, 2019, 460 p., 22,90 €. Cet article est paru dans Sciences humaines (n° 319, novembre 2019)

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La Lune, reflet de nos croyances

La Lune inspire depuis toujours des récits mythologiques à toutes les cultures et civilisations. Souvent religieux, ils sont aussi teintés de considérations politiques et sociales. Des premiers mythes sur l’apparition de la vie et de la mort, du bien et du mal, à l’invention des calendriers et aux superstitions sur la biodynamie, tour d’horizon de croyances plus ou moins lunaires.

Cet article est paru dans Ça m’intéresse – Questions et Réponses daté de juillet 2019. Un grand merci à l’anthropologue Jean-Loïc Le Quellec, coauteur du Dictionnaire critique de mythologie (CNRS éd., 2017), et à Yaël Nazé, astrophysicienne à l’Université de Liège et autrice de Astronomie du passé (Belin, 2018).

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Spirou, un héros dans la tourmente

Créé à l’aube de la Seconde Guerre mondiale par l’illustrateur français Rob-Vel, popularisé par Jijé et Franquin, le célèbre groom bruxellois est amené, dans cet album en forme de flash-back, à développer une conscience politique. Dès les premières planches, une bataille de boules de neige entre enfants donne le ton de la Belgique des années 1940 : « À mort les Boches », « Crevez, sales Français », « Les Rosbifs, on en fait du pâté ! »… Jusqu’au moment où un gamin glisse un caillou dans sa boule et en blesse un autre à la tête. Spirou s’interpose mais assiste impuissant à la montée de l’intolérance, du racisme et du bellicisme.

La reconstitution historique est d’une rare précision. Émile Bravo s’est appuyé sur une abondante documentation et notamment sur les rapports de Paul Struye, un politicien belge qui a décrit la vie quotidienne sous l’occupation nazie. Le dessinateur privilégie une gamme de couleurs terreuses et multiplie les scènes sous la pluie au fil de l’histoire. Spirou découvre la réalité du conflit : les combats et les morts, la nécessité de prendre les armes, ou bien de fuir vers la France… qui a fermé ses frontières aux réfugiés. Amoureux d’une jeune juive communiste disparue en Allemagne, ami d’un peintre abstrait taxé de « dégénéré », il rencontre des boy-scouts embrigadés, des curés anticommunistes, mais aussi des paysans humanistes et probablement résistants. Les tensions entre Flamands et Wallons, attisées par l’occupant, sont évoquées à travers des mouvements comme la Ligue flamande et le rexisme.

Encore très jeune, Spirou se forge peu à peu son opinion dans une histoire appelée à se développer sur plusieurs tomes. Son ami Fantasio, lui, fait office d’homme naïf de son temps. N’ayant pas de recul sur les événements, se laissant facilement embrigader s’il y trouve un intérêt, il bascule dans le journalisme de collaboration. Cette leçon d’histoire en images est à mettre entre toutes les mains.

Spirou, L’espoir malgré tout , Émile Bravo, Dupuis, 2018, BD, 88 p., 16,50 €. Cet article est paru dans la rubrique spéciale « livres d’été » du magazine Sciences Humaines (n° 317, juillet – août 2019)

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Un autre regard sur l’histoire de l’Afrique

Historien et archéologue spécialiste de l’Afrique, François-Xavier Fauvelle vient d’être élu professeur au Collège de France. Une nouvelle occasion pour lui de combattre les préjugés sur ce continent et d’en rafraîchir la représentation. Cette interview est parue dans Carnets de science, la revue du CNRS (#6, printemps – été 2019). À retrouver en kiosque ou en ligne.

À lire également pour changer de regard  : L’Afrique ancienne De l’Acacus au Zimbabwe. 20 000 avant notre ère – XVIIe siècle, dirigé par François-Xavier Fauvelle (éd. Belin, 2018),

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Qui sommes-nous ? L’humanité en 200 questions

Le dernier numéro de Ça m’intéresse, Questions & Réponses (n° 26, mai – juillet 2019), est consacré à l’humanité : Comment est-elle apparue ? le rire lui est-il vraiment propre ? Nos corps ont-il atteint une limite et peuvent-ils être augmentés ? Des chercheurs et spécialistes répondent à toutes les questions, même les plus anecdotiques, sur nos origines, notre évolution et notre avenir. À découvrir en kiosque ou en ligne !

J’ai eu le plaisir de réaliser de nombreux articles pour ce numéro, sur des questions aussi variées que : peut-on ressusciter Néandertal ? Dans quel sport sommes-nous meilleurs que les animaux ? Notre cerveau est-il vraiment si spécial ? L’espèce humaine est-elle la seule à en avoir domestiqué d’autres ? Et bien d’autres encore…

Un grand merci aux chercheurs et spécialistes qui ont pris le temps de me répondre :

  • Antoine Balzeau, paléoanthropologue (CNRS/MNHN)
  • Céline Bon, anthropologue et paléogénéticienne au MNHN
  • Jean-Paul Demoule, archéologue et historien, notamment auteur de Les dix millénaires oubliés qui ont fait l’Histoire (Fayard, 2017)
  • Joël Fagot, primatologue, responsable de l’équipe « Cognition Comparée » à l’Université d’Aix-Marseille
  • Pierre-Henri Gouyon, socio-anthropologue et biologiste (MNHN/CNRS), co-auteur de À quoi sert le sexe ? (Belin, 2013)
  • Michael Houseman, ethnologue à l’École pratique des hautes études (EPHE)
  • Pascal Picq, paléoanthropologue, notamment auteur de La marche : Sauver le nomade qui est en nous (éd. Autrement, 2015)
  • Sandrine Prat, paéloanthropologue (CNRS/MNHN)
  • Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, notamment auteur de du Petit traité de cyberpsychologie (Le Pommier, 2018)
  • Jean-Denis Vigne, archéologue et biologiste (CNRS/MNHN)

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