Archives de Catégorie: Livres

« L’activité politique de Proust est indissociable de son activité d’écriture »

Tout le monde connaît l’écrivain, mais Marcel Proust défendait aussi des idées politiques dont certaines sont restées d’actualité. Tour d’horizon avec la chercheuse Anne Simon, responsable du pôle Proust au sein de la République des savoirs (CNRS/ENS/Collège de France/PSL). Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS.

Portrait de Marcel Proust (1871-1922) autour de 1900 © Vera-Archives / Leemage

Proust était un grand romancier, mais pas que cela. En quoi était-il aussi un intellectuel engagé ?

Anne Simon. Il est difficile de faire une différence nette entre les deux, car l’activité politique de Proust est indissociable de son activité d’écriture, interrompue seulement de rares moments dans sa vie. Au moment de l’affaire Dreyfus par exemple, qui débute un siècle à peine après que la Révolution française eut accordé le droit aux juifs d’accéder à la citoyenneté, il est encore un jeune homme d’une vingtaine d’années, inconnu du grand public. En 1898, il signe et diffuse le fameux Manifeste des Intellectuels, en défense du capitaine Dreyfus injustement accusé de trahison parce qu’il était juif, et de Zola qui vient de publier J’accuse… ! dans L’Aurore. Lorsque le colonel Picquart est à son tour incarcéré pour avoir défendu l’innocence du capitaine, Proust lui envoie son premier ouvrage, Les Plaisirs et les Jours. Il faut qu’il ait une grande foi dans la littérature, ce jeune auteur qui, en guise de soutien à un officier emprisonné, lui offre un recueil de nouvelles avec un titre si décalé ! C’est à la fois naïf et touchant.

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L’histoire du Goncourt reste à écrire

Avant d’incarner un prestigieux prix littéraire, l’Académie imaginée par les deux frères écrivains Jules et Edmond de Goncourt a connu des débuts difficiles et une histoire moins linéaire qu’on pourrait le croire. Cet article est paru sur Le Journal du CNRS.

Paul François Arnold Cardon (dit Dornac, Paul (ou Pol) Marsan). « Portrait de l’écrivain, Edmond Louis Antoine Huot de Goncourt (1822-1896), dans son cabinet de travail ». Tirage papier albuminé. Entre 1885-et 1895. Paris, musée Carnavalet. © Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Élections, contestations, critiques, reconnaissances… Comme à chaque automne, le prix Goncourt fait parler de lui. Il lance ou confirme des carrières. Il garantit de belles ventes – plus de 300 000 en moyenne – et s’impose comme un événement littéraire incontournable de la rentrée. Pourtant « le prix Goncourt a failli ne jamais voir le jour », rappelle Gabrielle Hirchwald, enseignante-chercheuse au laboratoire Analyse et traitement Informatique de la langue française. Elle explore et dépouille notamment les archives Goncourt à Nancy, et rassemble des documents liés au fonctionnement, à l’organisation et à l’évolution de l’Académie depuis sa création. Son travail dévoile peu à peu l’histoire mouvementée et parfois méconnue de cette institution.

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L’espèce humaine était-elle attendue ?

Dans Destinées improbables (La Découverte, 2021), Le biologiste Jonathan B. Losos offre une synthèse passionnante des recherches de ces quarante dernières années sur l’évolution des espèces, entre hasard et nécessité. Cette recension est parue dans Sciences Humaines (n°340, octobre 2021).

Dans le film de Frank Capra La vie est belle (1946), un ange propose au héros de vivre une expérience métaphysique : voir ce que serait devenu le monde s’il n’était jamais né. George Bailey se retrouve ainsi à déambuler dans sa ville de Bedford Falls, devenue méconnaissable ; ses proches ont suivi d’autres parcours, certains ont même disparu. À la fin des années 1980, le paléontologue Stephen Jay Gould s’inspire de cette fiction pour poser une question fondamentale en biologie.

Si le monde vivant – végétaux, animaux, micro-organismes… – revenait à son état initial, son évolution suivrait-elle un chemin identique ou emprunterait-elle d’autres voies ?Les mêmes espèces survivraient-elles, ou bien les êtres vivants deviendraient-ils totalement différents de ce que nous connaissons ? S.J. Gould défend la seconde option. Pour lui, la contingence est reine : le fait qu’une espèce survive ou s’éteigne dépend surtout de hasards et d’accidents. On pourrait certes expliquer après coup comment elle a évolué, en quoi sa physiologie était plus ou moins adaptée à l’environnement par exemple. Mais cette évolution n’aurait rien d’un destin inéluctable. L’humanité pourrait ainsi ne jamais avoir existé.

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Les nouveaux défis de l’ingénierie

Dans Petite philosophie de l’ingénieur (PUF, 2021), les chercheurs Sébastien Travadel et Franck Guarnieri offrent un panorama synthétique et captivant de cette discipline, oscillant depuis ses débuts entre pratique et théorie. Elle se cherche aujourd’hui une dimension éthique pour faire face aux nouveaux enjeux écologiques.

Cette chronique est parue dans Management (n° 297, septembre 2021). Toujours dans cette rubrique, retrouvez en prime l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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Ces voix qui sifflent dans nos têtes

Nous passons environ un quart de notre temps à penser, à dialoguer silencieusement avec nous-mêmes, ou encore à écouter des voix qui parlent en nous. Mais quelles sont-elles et que peut-on en dire d’un point de vue scientifique ? Pas grand-chose au premier abord. Si l’on y voit qu’un décalque de la parole, il paraît difficile d’étudier sérieusement une dimension aussi intérieure et subjective du langage. Mais il y a d’autres réponses possibles, que développe le psychologue Charles Fernyhough dans ce livre.

La question est même passionnante, tant elle en soulève mille autres. Pourquoi avons-nous le sentiment de penser dix fois plus vite que nous parlons, et cette impression est-elle fondée ? Avons-nous le même accent dans notre tête qu’à l’oral ? Différentes voix peuvent-elles jouer différentes fonctions, ou même correspondre à des traits de personnalité sans que cela relève d’une pathologie ? L’auteur, directeur du projet de recherches multidisciplinaire « Hearing the voice », à l’université de Durham (Royaume-Uni), fait un point actualisé sur les études en cours. On apprend par exemple, que les sportifs professionnels ont une tendance plus marquée à se coacher et à s’engueuler eux-mêmes. Également spécialiste du développement de l’enfant, C. Fernyhough s’intéresse plus longuement au rôle des voix intérieures en situation d’apprentissage, ou lorsque l’on tente de résoudre un problème. À la croisée de la psychologie, de la philosophie et des sciences du langage, un ouvrage à méditer tout l’été.

Cette critique est parue dans « les livres de l’été » de Sciences Humaines (n° 339, Août – septembre 2021). Rendez-vous sur le site pour découvrir le reste de la sélection !

Le dialogue intérieur. Qui parle en nous ?, Charles Fernyhough, Albin Michel, 2021, 384 p., 24 €.

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L’altération des mondes. Versions de Philip K. Dick

Philip K. Dick est l’un des écrivains les plus importants de science-fiction. Auteur d’Ubik, du Maître du haut château, des Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, il semble poursuivi par deux grandes questions : ce monde est-il réel ou illusoire, et sommes-nous lucides ou en proie à la folie ? Le philosophe David Lapoujade, spécialiste de Gilles Deleuze et du pragmatisme américain, s’efforce de reconstituer les intuitions de P. K. Dick sur ces questions, en s’appuyant sur ses fictions, essais, correspondances, ainsi que sur sa biographie.

Pour lui, le romancier met généralement en scène la disparition d’un monde jusqu’alors tenu pour objectivement réel et unique…Cette disparition lui permet de souligner en retour la puissance créatrice de la subjectivité : chaque point de vue apparaît comme l’expression d’un autre monde possible, tendant spontanément à se déployer. Beaucoup tentent même d’imposer leur réalité aux autres, usant notamment d’artifices et de technologies propres à la science-fiction, ce que D. Lapoujade appelle une « guerre des psychismes ». Cette lecture est d’autant plus passionnante que, même si l’auteur ne les nomme pas, il existe aujourd’hui des technologies numériques qui favorisent l’essor de représentations alternatives de la réalité.

Chez P. K. Dick, la défaite des protagonistes est fréquente et synonyme d’aliénation : quelque chose s’immisce dans leur monde et parvient à en prendre le contrôle, réduisant à néant leur vitalité et leur humanité. Dans les récits les moins tragiques, conclut D. Lapoujade, P. K. Dick réhabilite la figure du « bricoleur » et du hacker : ses héros sont des individus modestes voire marginaux, mais débrouillards et imaginatifs ; ils résistent et rapiècent un monde commun avec des bouts de l’ancien.

Cette critique est parue dans Sciences humaines (n°338 – Juillet 2021). Rendez-vous sur le site pour découvrir d’autres essais et publications !

L’altération des mondes. Versions de Philip K. Dick, David Lapoujade, Minuit, 2021, 152 p., 16 €.

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Faut-il sauver la valeur travail ?

Faire des efforts pour réussir : selon les philosophes Gérard Amicel et Amine Boukerche, auteurs de Autopsie de la valeur travail (Apogée, 2020) ces mots d’ordre ont perdu de leur impact. Et les répéter à l’envi ne suffira pas à donner du cœur à l’ouvrage !

Cette chronique est parue dans Management (n° 295, mai 2021). À retrouver en ligne ! Toujours dans cette rubrique, retrouvez en prime l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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La culture générale, nouvel atout des managers

Pionnier de la philosophie d’entreprise, Ghislain Deslandes dénonce le manque de vision globale des managers. Dans À propos du management et d’une problème plus général (PUF, 2020) Il préconise de revaloriser la culture générale et les humanités.

Cette chronique est parue dans Management (n° 294, avril 2020). À retrouver en ligne ! Toujours dans cette rubrique, retrouvez en prime l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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L’autisme au prisme des sciences humaines

Les éditions Sciences Humaines publient un petit ouvrage que j’ai coordonné sur l’autisme, à découvrir (et à commander 😉) ici. Bonne lecture !

Tout le monde a une idée de ce qu’est l’autisme, mais personne ne pense à la même chose. Les uns imaginent des enfants prostrés, incapables de communiquer et risquant de se taper la tête contre les murs. D’autres songent à des génies hors normes, un peu geeks et parfois artistes, maladroits en société mais d’autant plus subversifs. Entre ces deux extrêmes – largement fantasmés –, chacun pioche des traits supposés typiques dans une palette presque infinie de comportements, symptômes et dispositions cognitives.

Mais en réalité, en dépit de tendances communes, la diversité des formes d’autisme n’est pas loin d’épouser celle des individus, des personnalités ou encore des profils sociaux… Comment, dès lors, retracer l’histoire de l’autisme ? Peut-on identifier ses causes ou encore faire un état des lieux des prises en charge les plus prometteuses ? De l’« idiotie » aux « troubles du spectre de l’autisme », en passant par « l’autisme de Kanner » et « le syndrome d’Asperger », cette notion s’est beaucoup affinée depuis le XIXe siècle. Elle semble désormais ne pouvoir être comprise qu’à travers une approche elle-même diversifiée et multidisciplinaire, puisant tant dans les sciences humaines et sociales que dans la médecine et les sciences naturelles, et prenant en compte une multiplicité de facteurs possibles.

En toile de fond, à l’heure où de nombreux chercheurs dénoncent une tendance au surdiagnostic depuis les années 1980, la question demeure de savoir si ce que l’on désigne comme « autisme » relève toujours d’un même trouble, et si cette notion ne recouvre pas des réalités qui seront amenées à être encore mieux discernées à l’avenir.

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La méthode du cas par cas

Aucun débat n’échappe aux arguments biaisés, malhonnête ou de mauvaise foi. Dans Petite philosophie des arguments fallacieux (Eyrolles, 2021) Luc de Brabandere conseille de cultiver la pensée critique pour les contrer.

Cette chronique est parue dans Management (n° 293, avril 2021), à retrouver en ligne ! Toujours dans cette rubrique, retrouvez en prime l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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