Archives de Catégorie: Livres

Super-héros : que disent-ils de nous ?

Si les super-héros séduisent, c’est aussi parce que leurs aventures mettent en scène des dilemmes moraux, psychologiques ou encore politiques que nous partageons tous.

Cette série d’articles est parue dans un hors série de Ça m’intéresse (hors série n° 3, décembre 2020 – janvier 2021), en partie repris dans un numéro plus récent (hors série n° 17, septembre -octobre 2022).

Question d’identité

Suffit-il de tomber le masque ?

Les costumes des super-héros sont une source inépuisable d’interrogations sur l’identité : qui sommes-nous et qu’est-ce qui nous définit ? Au premier abord, ces surhommes en collants se déguisent pour dissimuler leur état civil. Mais en même temps, ces costumes font aussi partie de ce qu’ils sont. Ce serait une erreur de définir Peter Parker comme « un étudiant en sciences », et Spider-Man comme « son déguisement ». Parker est à la fois cet étudiant, l’homme araignée, et bien d’autres choses encore : un ami, un amoureux, un employé, un neveu, etc.

À l’encontre d’une tradition philosophique héritée de Platon, affirmant que l’identité ou « l’essence » se cacherait toujours au-delà des apparences, les costumes des héros suggèrent, dans le sillon de Nietzsche, qu’il n’y a que des apparences. On peut même aller plus loin : il y a parfois plus de vérité à la surface que dans les profondeurs, plus d’honnêteté dans un masque que sur un visage dénudé. Après tout, la facette « super-héroïque » de leur identité n’est-elle pas ce qui définit le mieux les super-héros ?

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La culture, moteur de notre évolution

L’intelligence, le langage, les technologies humaines sont sans équivalents dans le reste du monde animal. Selon Kevin Laland, notre espèce a elle-même créé les conditions de ce développement exceptionnel.

Cette critique est parue dans Sciences Humaines (n°353 – décembre 2022), dans la rubrique « le livre du mois ». À découvrir en kiosque ou en ligne.

La Symphonie inachevée de Darwin, Kevin Laland, La Découverte, 2022, 450 p., 28 €

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Comprendre la mythologie japonaise en quatre clés

Peu connue, la mythologie japonaise regorge de divinités, de personnages hauts en couleurs et de récits épiques, à l’honneur au mois d’octobre lors du Kamiarizuki, le « mois de la présence des kamis ». Voici un condensé de l’essentiel.

Un visiteur devant « Univers/Final Fantasy », de l’artiste japonais Yoshitaka Amano. A la Bundeskunsthalle, à Bonn, le 28 juillet 2011. OLIVER BERG/AFP

Cet article est paru dans Le Monde, à retrouver en ligne (abonné·es). Un grand merci à Alain Rocher, spécialiste des religions et traditions populaires du Japon, auteur de Les 100 Légendes de la mythologie japonaise (« Que sais-je ? », PUF, 128 pages, 9 euros).

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Claude François, génie de la simplicité

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n° 352 – novembre 2022). À lire pour aller plus loin : La Chanson exactement. L’art difficile de Claude François (Puf, 2017), du philosophe Philippe Chevallier. Ce dernier donne également une conférence dédiée mercredi 19 octobre à la Semaine de la pop philosophie, saison XIV, à Marseille.

En découvrant le biopic consacré à Cloclo (Florent Siri, 2012), le philosophe Philippe Chevallier a souhaité se replonger dans les disques.

« Ça s’en va et ça revient, c’est fait de tout petits riens, ça se chante et ça se danse, et ça revient, ça se retient, comme une chanson populaire. » Plus qu’un effet de mode, les tubes de Claude François ont marqué des générations de fans jusqu’à aujourd’hui. Même le philosophe Gilles Deleuze y consacre l’une de ses rares analyses sur la musique dans son Abécédaire (1996) : « Qu’est-ce qui fait qu’il y a une communauté entre la chanson populaire et un chef-d’œuvre musical ? » Et de prendre en exemple l’évolution artistique de Cloclo, chanteur pourtant méprisé de nombreux intellectuels de son vivant. Aujourd’hui encore, l’artiste peut passer pour médiocre et par ailleurs brutal – avec ses collègues, ses compagnes ou encore de jeunes mineures…

Le philosophe Philippe Chevallier reprend cependant la question à nouveau frais dans La Chanson exactement (Puf, 2017), consacré exclusivement à la musique de Claude François. Chez cette icône française, avance-t-il, « quelque chose sonne parfaitement bien », au-delà des paroles et mélodies, parfois rudimentaires, souvent plagiées. Dans ses analyses, P. Chevalier s’émancipe cependant de G. Deleuze et de sa valorisation de « l’art mineur », y voyant un point de vue certes bien intentionné, mais finalement contraire à un véritable intérêt pour l’œuvre. « Comme par hasard, la seule chanson qui retient l’attention de Deleuze, Alexandrie, Alexandra, a pour parolier un habitué du quartier Latin », ironise-t-il.

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Le punk, un art de vivre

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n° 351 – octobre 2022). À lire pour aller plus loin : Penser avec le punk, de Catherine Guesde (PUF, 2022). À corps et à cris. Sociologie des punks français, de Pierig Humeau (CNRS, 2021), et Riot Grrrls. Chronique d’une révolution punk féministe, de Manon Labry (La Découverte, 2016).

« Punk is dead », « le punk est mort », chante le groupe anglais Crass dès 1978. À peine né, ce rock anarchique et antisystème se serait perdu en devenant un produit de consommation courante, récupéré par les majors de l’industrie musicale et les fabricants de goodies – t-shirts à l’effigie des groupes, jeans prédécoupés, mugs… La chaîne de télévision CBS promeut le groupe The Clash, insiste Crass. « Mais pas pour la révolution, juste pour le cash. »

Aux yeux des pionniers et des irréductibles, expliquent la philosophe Catherine Guesde et le sociologue Fabien Hein, le punk incarne une manière de vivre et un ensemble de valeurs. Cette éthique est le plus souvent résumée en un principe élémentaire : « Fais-le toi-même » ou « Do it yourself » (DIY) en anglais. Autrement dit, le punk est fondamentalement une incitation à agir et à créer, à s’exprimer sans demander d’autorisation, et à faire de l’art même quand on n’y connaît rien. C’est monter sur une scène, prendre un instrument ou un micro, et advienne que pourra.

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Woke, histoire d’une panique morale

Cette recension est parue dans Sciences Humaines (n° 351 – octobre 2022). Rendez-vous sur le site du magazine pour découvrir d’autres critiques de livres.

Voici plus de deux ans qu’intellectuels et politiques s’écharpent sur la question du « woke ». Pas d’inquiétude si ce mot ne vous dit rien, moins d’un Français sur dix voit de quoi il s’agit. Il sert à désigner un ensemble de luttes contre des discriminations raciales, sexuelles ou encore homophobes, dont le militantisme est dénoncé comme excessif.

Le débat s’est cristallisé sur des demandes de suppression de symboles racistes dans l’espace public (statues, noms de rue…), et de reconnaissance du caractère offensant de certaines productions culturelles (romans, films…) pour des personnes minoritaires ou marginalisées.

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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la langue française

À propos de Parler comme jamais La langue : ce qu’on croit et ce qu’on en sait, Laélia Véron et Maria Candéa, Le Robert, 2021, 324 p., 19 €. Cette recension est parue dans la sélection des livres pour l’été de Sciences humaines (n°350 – août – septembre 2022).

La langue, c’est comme la politique ou l’éducation : tout le monde a des opinions et rares sont les personnes qui ont pu étudier le sujet de façon un tant soit peu poussée. Contrairement à la philosophie ou à l’histoire, les sciences du langage ne sont pas enseignées au lycée et ne font pas partie de la culture générale. C’est pourquoi Laélia Véron et Maria Candéa, deux linguistes, ont créé un podcast couronné de succès et aujourd’hui devenu livre.

« À force d’avoir les cheveux qui se dressaient sur la tête chaque fois que l’on entendait parler de la langue française dans les médias, on a décidé de sortir des salles de cours et des amphis. Expérience réussie car Parler comme jamais est un modèle de vulgarisation scientifique. L’ouvrage aborde une vingtaine de questions sur les langues et sur le français en particulier, des plus générales (Comment définir une langue ? ) aux plus pointues (Les robots peuvent-ils parler comme nous ? ) en passant par les débats d’actualité (Faut-il réformer l’orthographe ? , L’écriture inclusive est-elle un péril mortel ? , etc.).

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Les sciences cognitives au service du citoyen

À propos de Homo sapiens dans la cité. Comment adapter l’action publique à la psychologie humaine, Coralie Chevallier et Mathieu Perona, Odile Jacob, 2022 (286 p., 22,90 €). Cette critique est parue dans Sciences humaines (n° 347, mai 2022).

Nous ne sommes pas parfaits. Homo sapiens dans la cité critique l’idée, fondamentale en théorie économique, selon laquelle les humains sont des individus rationnels cherchant constamment à maximiser leurs profits. Si ce modèle était conforme à la réalité, nous ne serions pas imprévisibles et adopterions peu de comportements contraires à notre intérêt, comme fumer, jouer au casino malgré les statistiques ou négliger une aide publique dont nous aurions bien besoin.

Ainsi, soulignent Coralie Chevallier et Mathieu Perona, « 30 % des allocations sociales ne sont pas perçues, 36 % des personnes ciblées par le revenu de solidarité active n’en bénéficient pas, et plus de 50 % des bénéficiaires d’aide à la complémentaire santé ne la perçoivent pas ».Pour expliquer ces comportements, à première vue irrationnels, les auteurs en appellent à la psychologie cognitive et à l’économie comportementale. De leur point de vue, les humains ont tendance à privilégier les raisonnements rapides, utiles à première vue, mais simplistes et régulièrement faux, plutôt que les analyses laborieuses, mettant en jeu des intérêts de long terme, mais généralement plus exactes et conformes à la réalité. L’originalité de cet ouvrage n’est pas de rappeler cette thèse, déjà exposée par l’économiste Daniel Kahneman, mais d’en faire un enjeu de politique publique.

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Pourquoi il est si difficile de se mettre d’accord

À propos du livre J’ai raison, tu as tort ! Dialogue philosophique, de Timothy Williamson (éd. Éliott, 2022). Cette critique est parue dans Sciences humaines (n° 345, mars 2022)

Quatre philosophes se retrouvent dans un train. Pierre défend l’existence des sorcières et pense avoir été attaqué par l’une d’elles. Sarah tente de le ramener à la raison et à un point de vue plus scientifique. Zac relativise : pour lui toutes les opinions se valent sans qu’aucune ne soit totalement vraie. Roxana, logicienne, s’efforce de mettre un peu d’ordre et de rigueur dans les débats.

Mis en forme de dialogue – avec une part d’invention littéraire et quelques blagues pour alléger le propos –, les échanges de ces personnages sont passionnants et éveilleront le souvenir de discussions en famille ou sur Internet que vous avez connues.

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Naissance d’une science moderne de l’esprit

Deux linguistes revisitent l’histoire de leur discipline, pour rendre compte de l’émergence d’une nouvelle conception de l’esprit humain au 20e siècle. Ils déconstruisent par la même occasion bien des idées reçues sur la marche des sciences. Cette recension est parue dans Sciences Humaines (n° 344, février 2022).

L’ouvrage entend faire date, il pourrait bien être à la hauteur de ses ambitions. Aux origines des sciences humaines est une somme magistrale sur l’histoire des idées, du milieu du 19e siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale – un deuxième tome a été annoncé pour la période ultérieure. Dès l’introduction, il est clair que ce ne sera pas une simple compilation de biographies de chercheurs, ni un récit scolaire sur la marche des sciences. John Goldsmith et Bernard Laks proposent d’emblée une réflexion critique sur l’histoire de la recherche en sciences humaines.

Ils remettent en question des acquis aussi convenus que l’origine d’une théorie, le crédit que l’on peut accorder à tel ou tel savant pour l’avoir portée, ou encore son influence dans un champ disciplinaire et au-delà. Ils interrogent le lien entre le renouvellement des idées et celui des générations de chercheurs ; ils discutent du poids du contexte – personnel, social, culturel, politique… – sur le travail universitaire. Le propos est large et en même temps pointu. Dès les premiers chapitres, toute une galerie de personnages défile sous nos yeux. Ils débattent, s’enrichissent mutuellement, se disputent ou font au contraire alliance.

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