Archives de Catégorie: Philosophie

Le sens, source de bonheur au travail ?

Le magazine Management consacre son dossier d’octobre à la quête de sens au travail : qu’est-ce qui nous motive à nous lever chaque matin ? Pourquoi beaucoup s’arrêtent ou changent de voie en cours de carrière ? Comment aimer son job ou donner l’envie d’aimer à ses collègues ? Et bien d’autres questions encore !  J’ai eu pour ma part le plaisir d’interviewer Flora Bernard, consultante en philosophie en entreprise et cofondatrice de l’agence Thaé. Selon elle, les entreprises ont certes vocation à mettre en place de bonnes conditions de travail, mais elles ne peuvent pas “donner du sens” au travail de chacune et de chacun. Passé un certain point, le sens serait avant tout « l’objet d’un cheminement personnel ». Je vous invite à retrouver l’intégralité de cet entretien dans Management (n° 288, octobre 2020).

Flora Bernard, Thaé

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Notre psychologie, un héritage du passé ?

Notre psychologie actuelle serait-elle le fruit d’une réponse adaptative aux conditions du passé ? Un article récent relance les critiques sur cette théorie explicative. Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 329, octobre 2020)

Pourquoi avons-nous peur des serpents et insectes venimeux, même si nous n’en croisons jamais ? Un amateur de psychologie évolutionniste ou « évopsy » pourrait répondre que cette crainte a aidé nos ancêtres préhistoriques à se protéger de piqûres mortelles et donc à survivre. Elle aurait ainsi été sélectionnée au fil de l’évolution naturelle, comme d’ailleurs un grand nombre des comportements humains : la façon dont on recherche de la nourriture, un partenaire sexuel, un foyer, etc. Ce genre d’explication suscite néanmoins de vifs débats depuis son apparition à la fin des années 1980.

Spéculative et circulaire

Beaucoup de chercheurs en sciences humaines et sociales ont notamment reproché à l’évopsy de négliger le poids des facteurs historiques ou culturels. « Dans les années 1990, illustre le philosophe des sciences Philippe Huneman, codirecteur d’un ouvrage de référence sur Les Mondes darwiniens (2011), les fondateurs de l’évopsy ont prétendu avoir identifié des comportements naturels, communs à toute l’humanité. » Par exemple un ratio entre la taille d’une femme et celles de ses hanches, tel qu’elle serait jugée plus ou moins attirante par les hommes… « Leurs tests étaient complètement biaisés ! Et on a pu facilement montrer que les standards de beauté étaient très différents d’un pays à l’autre. »

La philosophe américaine Subrena Smith vient de jeter un nouveau pavé dans la mare dans un récent article. Elle dénonce l’évopsy comme une idée nécessairement « spéculative » et « circulaire ». Lire la suite

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La lenteur est-elle la vraie agilité ?

Le modèle de “l’homme pressé » a du plomb dans l’aile, comme le montre notamment l’historien Laurent Vidal dans Les hommes lents (Flammarion 2020). Beaucoup de travailleurs et de travailleuses préfèrent en conséquence vivre moins vite et mieux, renouant avec un ancien idéal de sagesse. Saviez-vous que le mot « lent » vient du latin « lentus », désignant aussi la souplesse et la flexibilité ? Cette chronique est parue dans Management (n° 288, octobre 2020). À retrouver en ligne ou en kiosque ! À lire également dans cette rubrique : l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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À lire : « Conscience et matière », de François Kammerer

Il semble relativement facile de décrire en des termes naturalistes comment notre cerveau perçoit un environnement, comment il analyse et catégorise des stimuli, par exemple. Mais cela ne suffit pas à rendre compte de ce qu’est la conscience dans son ensemble. Nous avons l’intuition que nos états mentaux internes – comme le plaisir, la peur, l’amour ou encore la nostalgie – sont irréductibles à une activité cérébrale et physiologique, et que la conscience que nous en avons est d’un autre ordre. Faut-il dès lors faire une place à quelque principe immatériel, ou même à une âme ? Peu commenté en France, ce « problème difficile de la conscience », selon l’expression consacrée par David Chalmers, est au cœur des recherches internationales en philosophie de l’esprit depuis une trentaine d’années.

Dans cet ouvrage, le philosophe François Kammerer revient en amont de ces débats pour critiquer l’intuition qui les fonde. Selon lui, les expériences conscientes pourraient tout simplement ne pas exister. Les vécus subjectifs que nous croyons ressentir lorsque nous regardons en nous-mêmes seraient reconstruits a posteriori. « Nous sommes, dans le cas de la conscience, victimes d’une illusion introspective. L’esprit n’est qu’un rêve de la matière », affirme F. Kammerer. Cette thèse est radicale et contre-intuitive, tant elle remet en question une évidence apparemment incontestable. Il revient alors à l’auteur d’expliquer pourquoi notre croyance en une réalité de la conscience phénoménale est si profondément ancrée en nous, tout en montrant en quoi une perspective matérialiste fournirait un cadre plus solide pour en rendre compte.

Le propos est souvent technique, mais reste accessible si l’on prend le temps d’en faire une lecture attentive. Il offre une belle introduction à la philosophie de l’esprit, dont les développements en français restent rares.

 

Conscience et matière. Une solution matérialiste au problème de l’expérience consciente, François Kammerer, Éditions matériologiques, 2019, 534 p., 28 €. Cette recension est parue dans Sciences Humaines (n° 329, octobre 2020)

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La méritocratie est-elle une valeur obsolète ?

Plébiscité au siècle dernier, ce modèle – qui fonde l’ascension sociale et l’accession au pouvoir sur le mérite personnel – est aujourd’hui remis en cause. Sous couvert d’égalitarisme, il serait, selon ses détracteurs, source de stress et d’injustices. Une thèse notamment défendue par le philosophe Gilles Vervisch dans Peut-on réussir sans effort ni aucun talent (Le Passeur, 2019). Cette chronique est parue dans Management(n° 287, septembre 2020), à retrouver en ligne ou en kiosque ! À lire également : l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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Vivre, guérir, survivre

En temps de pandémie, Sciences Humaines a choisi de consacrer son numéro d’été  à « la force de vivre » (n°328 – août-septembre 2020), dans le cadre d’un dossier coordonné par Héloïse Lhérété. J’ai eu le plaisir de faire trois articles, à découvrir en ligne :

Ce que guérir veut dire. Historiquement, le fait de soigner quelqu’un ou de se remettre d’une maladie n’a pas toujours eu le même sens. Tour d’horizon à travers l’histoire et la philosophie de la médecine.

Survivre à la fin de notre monde. Les adeptes du « survivalisme » se préparent pour résister à un effondrement de nos sociétés. Entraînement physique, mental, technique… Ils espèrent ainsi se réserver une place de choix dans « le monde d’après ». À lire : Survivalisme. Êtes-vous prêts pour la fin des temps ? (Arkhe, 2018), de Bertrand Vidal.

• « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » : que voulait dire Nietzsche ? (à retrouver dans un article plus général de Marc Olano sur les traumatismes)

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Management : misez sur la sincérité

Selon une idée reçue largement répandue, l’entreprise serait le lieu par excellence de la duplicité. Dans Éthique de la sincérité (Armand Colin, 2020), Elsa Godart, philosophe et psychanalyste, préconise pourtant de miser sur cette « valeur refuge » qu’est la sincérité, surtout dans le management. Cette chronique est parue dans Management (n° 286, juillet – août 2020), à retrouver en kiosque ou en ligne ! À lire également : l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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Nouveau job pour nouvelle vie ?

Pour des milliers de Françaises et de Français, la période de confinement a éveillé des interrogations sur le travail et des envies de renouveau. Et si le « monde d’après » était le moment propice pour changer d’air ? Management  (n° 286, juillet – août 2020) consacre son grand dossier d’été à « 100 idées pour un nouveau départ ». J’ai eu le plaisir de réaliser un article de cadrage. Un grand merci aux spécialistes qui ont pris le temps de me répondre :

À lire également : Bullshit jobs, de l’anthropologue David Graeber (éd. LLL, 2018), La Révolte des Premiers de la classe, de Jean-Laurent Cassely (Arkhe, 2017), Éloge du carburateur, du philosophe Matthew Crawford (La Découverte, 2010), De la vraie vie (éd. de L’Observatoire, 2020) et Une seconde vie (Grasset, 2018), du philosophe François Jullien.

Toujours dans ce dossier, j’ai recueilli les témoignages de cinq personnes sur… le pouvoir des livres ! Chacune a témoigné de l’influence de lectures avant ou pendant une période de reconversion professionnelle. Pour certaine un livre a été un déclic, pour d’autres une confirmation…

Tous ces articles sont à découvrir en kiosque ou en ligne !

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« Avant toutes choses »

« Il n’est pas de culture qui n’ait soulevé la question de ses origines. Mieux : cette question a toujours reçu une réponse », observe le philosophe Pascal Nouvel dès les premières lignes de cet ouvrage. Si le premier constat n’est pas surprenant, le second est une belle source d’interrogations : par définition, une origine s’est toujours plus ou moins perdue dans le temps ; elle reste en partie inaccessible, mystérieuse et par conséquent sujette à controverses. Comment donc expliquer notre propension à vouloir la retrouver et de quelle façon prétendons-nous y parvenir ? Tel est l’objet de cette enquête philosophique, surnommée avec humour « originalogie ».

Partant de la question la plus fondamentale en la matière – celle de Leibniz qui se demande pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien –, P. Nouvel montre que les « discours d’origine » qui en découlent peuvent se réduire à quatre genres. Le « récit mythologique » fait intervenir des entités fabuleuses (des « dieux-choses » : le Chaos, la Terre, etc.) dans des environnements où les lois actuelles de l’univers ne s’appliquent pas. Ils ont leur cohérence propre et sont par conséquent invérifiables. Les discours scientifiques s’efforcent, eux, de remonter la chaîne des causes et des effets, en se fondant autant que possible sur des observations empiriques ; mais ils rencontrent des difficultés à mesure que les indices se font de plus en plus rares… À mi-chemin, des récits de type rationnel constituent les deux dernières catégories : les uns tentent de revenir à une sorte d’horizon « originaire » de la conscience, à l’image des philosophes adeptes de phénoménologie ; les autres disqualifient les discours d’origine comme répondant à un faux problème et à une illusion rhétorique – une origine a-t-elle un sens si elle est l’effet d’une autre cause ?

Outre cet effort de classification, P. Nouvel situe ces récits dans des débats politiques plus actuels. En effet, le concept d’origine se trouve au cœur de batailles politiques entre ceux qui souhaitent la restaurer, la préserver, et ceux qui préfèrent s’en affranchir, avancer sans trop regarder derrière eux.

Avant toutes choses. Enquête sur les discours d’origine, Pascal Nouvel, CNRS, 2020, 300 p., 26 €. Cette recension est parue dans Sciences Humaines (n° 326, juin 2020), à retrouver ici !

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Management : mon job en temps de crise

Crise du Covid-19 oblige, Management (n° 285, juin 2020) consacre un grand dossier à tout ce qui change (ou pas) dans le monde du travail. J’ai eu le plaisir de faire l’article d’ouverture, « Cap sur le monde d’après », sur les évolutions déjà observées, attendues ou encore démenties, alors que la crise sanitaire battait son plein. Un grand merci aux spécialistes qui ont pris le temps de me répondre :

 

 

Toujours dans ce dossier, j’ai également interviewé le philosophe Ghislain Deslandes, professeur à l’ESCP et notamment auteur de Critique de la Condition Managériale (PUF, 2016) et de À propos du management et d’un problème plus général (PUF, à paraître en octobre 2020). Sens du travail, utilité sociale, respect… Le confinement a ravivé de nombreuses questions et encouragé une remise à plat de nos modèles d’organisation, estime-t-il.

À retrouver en kiosque ou en ligne !

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