Archives de Catégorie: Philosophie

“Les plateformes rétablissent un statut de quasi-tâcheron”

La France suivra-t-elle la Californie dans sa lutte contre l’emploi précaire des « travailleurs des applis » ? Pour la sociologue Sarah Abdelnour, les chauffeurs VTC et autres travailleurs indépendants sont traités comme les tâcherons du XIXe siècle, et devraient être reconnus comme salariés. Retrouvez cette interview sur Philonomist !

Maîtresse de conférence en sociologie à Paris-Dauphine et à l’Irisso (Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales), Sarah Abdelnour a consacré sa thèse aux autoentrepreneurs – résumée dans son ouvrage Moi, petite entreprise (PUF, 2017) – et aux nouvelles formes de travail indépendant. Elle a publié Les Nouveaux prolétaires (Textuel, 2018) et vient de co-diriger Les Nouveaux travailleurs des applis (PUF, 2019), avec Dominique Méda.

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La Lune, reflet de nos croyances

La Lune inspire depuis toujours des récits mythologiques à toutes les cultures et civilisations. Souvent religieux, ils sont aussi teintés de considérations politiques et sociales. Des premiers mythes sur l’apparition de la vie et de la mort, du bien et du mal, à l’invention des calendriers et aux superstitions sur la biodynamie, tour d’horizon de croyances plus ou moins lunaires.

Cet article est paru dans Ça m’intéresse – Questions et Réponses daté de juillet 2019. Un grand merci à l’anthropologue Jean-Loïc Le Quellec, coauteur du Dictionnaire critique de mythologie (CNRS éd., 2017), et à Yaël Nazé, astrophysicienne à l’Université de Liège et autrice de Astronomie du passé (Belin, 2018).

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Faut-il ralentir ?

Plus nous avons de temps pour faire les choses, plus nous cherchons à aller vite… Ce constat paradoxale a poussé le sociologue et philosophe Hartmut Rosa à critiquer notre tendance à l’accélération liée, selon lui, à des impératifs de productivité déraisonnables. Cette chronique est parue dans Management (n° 277, septembre 2019). À lire pour aller plus loin : Accélération. Une critique sociale du temps (La Découverte 2010).

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Henry David Thoreau, le philosophe des bois

Rejeter les conventions, le prêt à penser et les artifices de la société, pour tracer sa propre voie en toute liberté, est un leitmotiv majeur de Thoreau. Écrivain, philosophe, naturaliste, militant politique… Cet auteur fondamental pour la culture américaine – et la nôtre – louait une simplicité et une nature lui permettant de vivre sans entrave.

Cet article est paru dans Psychologies (n° 400, août 2019). Un grand merci pour leurs analyses à Michel Granger, professeur honoraire de littérature américaine à l’université de Lyon 2, qui a notamment dirigé l’anthologie Pensées sauvages (éd. Le mot et le reste, 2017) et Frédéric Gros, philosophe, qui consacre un chapitre à Thoreau dans Désobéir (Albin Michel, 2017).

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Métaphysique du chevalier noir

Né en 1939 sous la plume des américains Bob Kane et Bill Finger, Batman a fêté ses 80 ans cette année. Comment expliquer une telle longévité ? Pour le philosophe Emmanuel Pasquier, auteur de Le Cœur & la machine (éd. matériologiques, 2017), les super-héros « condensent un grand nombre de figures mythologiques tout en opérant des jeux de distinction les uns par rapport aux autres ». Dans ce panthéon, la figure paradigmatique de Superman serait un dieu solaire venu aider les hommes, à l’image d’Achille dans L’Iliade et l’Odyssée d’Homère – la kryptonite faisant office de talon… Et « Batman en est un parfait contrepoint : nocturne, torturé, fondant sur les criminels comme sur des proies. »

En outre, le chevalier noir évoque à bien des égards l’homme « aux mille tours » (polutropos en grec) de la Grèce antique, incarné par Ulysse dans l’épopée homérique. Batman, ses gadgets et son sens affûté de l’investigation sont à l’image d’Ulysse, « héros de la ruse nocturne du cheval de Troie. Celui qui s’en tire toujours grâce à ses stratagèmes ou son ingéniosité technologique », relève E. Pasquier. Dans un même esprit, Batman est l’un des rares héros n’ayant aucun pouvoir surhumain ; ses duels fratricides avec Superman font écho à cette victoire de l’humanité que symbolise le geste d’Ulysse : le héros est en effet aussi celui qui – par opposition à Achille – refuse l’immortalité sur l’île de Circé, renonçant par là à devenir l’égal d’un dieu.

Pour autant, « Batman renvoie davantage à un imaginaire chrétien et gothique, tempère E. Pasquier. Il est comme les gargouilles, ces démons qui inspirent la crainte bien qu’ils aient vocation à protéger les cathédrales. » Sa lutte contre le crime est elle aussi ambiguë, toujours à mi chemin entre vengeance personnelle – ses parents ayant été assassinés – et sens de la justice.

Cet article est paru dans Sciences humaines (n°317, août-septembre 2019)

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Jouez le je !

Qui dit vacances dit aussi loisir de penser à soi, de réfléchir à ce que l’on veut et à ce que l’on devient. Autrement dit, de mettre en œuvre l’antique devise du temple de Delphes : « Connais toi toi-même ». Si ce précepte, tant prisé par Socrate, est aussi ancien que la philosophie, l’essai de Marianne Chaillan propose de s’y conformer d’une façon plutôt moderne, amusante et inédite. Pensez-vous vraiment ce que vous croyez penser ? est en effet un livre dont vous êtes le héros, tout comme ces enquêtes policières destinées aux adolescents qui ne se lisent pas d’un seul trait. Des énigmes vous sont soumises au début de l’ouvrage, et selon vos réponses vous poursuivez au chapitre 2 ou au chapitre 7. L’exercice se répète jusqu’à ce que vous trouviez le bon cheminement. Dans celui de M. Chaillan, il n’y a ni criminels à démasquer, ni mobile à découvrir. C’est une enquête de philosophie morale, et la seule personne à identifier, celle qui s’enfonce dans des contradictions ou au contraire se révèle parfaitement cohérente, c’est vous.

Les questionnaires que l’auteure propose au fil des chapitres amènent le lecteur à se positionner sur des dilemmes existentiels. Exemple : trouvez-vous immoral que quelqu’un ne travaille pas alors qu’il a du talent ? Chacun vous semble-t-il libre de faire ce qu’il veut tant qu’il ne dérange personne ? Se couper l’oreille, comme Van Gogh, vous paraît-il plus acceptable que d’attaquer une tierce personne avec un couteau ? Ces deux actions vous semblent-elles tout aussi condamnables ? Au fil de vos réponses, vous apprendrez à vous situer dans les grands courants de la philosophie morale. Lire la suite

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Classé dans Philosophie, Pop culture

Kant, Lucky Luke et les autres…

Dans sa pratique de professeur de philosophie, Thibaut de Saint Maurice, a découvert qu’il pouvait capter l’intérêt de ses élèves en prenant des exemples dans des films, des séries télé et des comics. Ce détour pédagogique lui a inspiré un essai couronné de succès, Philosophie en séries (Ellipses, 2009), suivi d’un second tome l’année suivante, où il dégageait les enjeux moraux de fictions télévisées telles que Desperate Housewives, Prison Break ou encore Dr House. Représentant incontournable d’une philosophie pour le plus grand nombre, il récidive avec cet opus consacré à des héros de la culture populaire. Une quarantaine de personnages de films, de bandes dessinées ou de romans sont examinés avec l’œil de Platon, de Nietzsche, de Kierkegaard et de bien d’autres penseurs. Première bonne surprise : leur diversité. James Bond côtoie Cendrillon, d’Artagnan croise Pocahontas, Albator rencontre Tintin. Il y en a pour tous les goûts et tous les âges, tant pour les fans de super-héros en collants que les lecteurs de Harry Potter et les amateurs d’Autant en emporte le vent.

L’ouvrage est divisé en courts chapitres, six pages en moyenne, le plus souvent rédigés sur le même modèle : le portrait du héros, suivi d’un exposé des enjeux philosophiques qu’il incarne ou d’analyses qu’ont pu en proposer des auteurs classiques. Comme dans ses précédents ouvrages et ses chroniques radio, le style de T. de Saint Maurice est accessible, pédagogique et agréable. C’est une porte d’entrée idéale pour les néophytes en philosophie, ceux qui en ont gardé un mauvais souvenir ou s’en sont toujours méfiés. L’autre qualité de l’ouvrage est de rester précis et rigoureux sous le vernis pop-culturel. On devine le professeur de lycée qui, tout en cherchant des exemples amusants, doit aussi aider ses élèves à préparer le bac. Il n’y a aucun artifice dans la façon dont T. de Saint Maurice rattache un concept philosophique à un héros, dont on découvre de nouvelles facettes.

Lucky Luke , ce justicier parfaitement désintéressé, dénué de toute ambition et intérêt personnel, fait écho à la conception kantienne du devoir. Lire la suite

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Classé dans Philosophie, Pop culture