Archives de Catégorie: Philosophie

Comment apprend-on à parler ?

Sciences Humaines (n° 333, février 2021) consacre son dossier de rentrée au langage. Comment apprend-on à parler ? Quelle est la force des interactions sociales ? Comment les langues évoluent-elles ? J’ai eu le plaisir de coordonner ce dossier, à découvrir en kiosque ou en ligne !

Les bébés maîtrisent leur langue en un temps record, bien plus vite que les adultes lorsqu’ils s’essaient aux langues étrangères. Comment expliquer la rapidité de cet apprentissage ? Quels sont les mécanismes cognitifs à l’œuvre ? Quelle est l’influence des autres et plus généralement du contexte dans lequel les enfants grandissent ?

Comme le montre ce dossier, les recherches récentes en sciences du langage ont dépassé la querelle de l’inné et de l’acquis au profit d’une vision médiane ou « interactionniste » : parler s’apprend au fil de relations complexes entre ce qu’un tout-petit peut et ce qu’il perçoit dans son environnement – le comportement des adultes comme celui d’autres enfants par exemple. Même des troubles du langage ayant apparemment une origine physiologique n’ont pas les mêmes conséquences d’un milieu social à un autre.

De fait, la parole ne se réduit pas au fait d’exprimer une pensée ; elle s’insère dans un ensemble de pratiques discursives et de codes sociaux. Elle est toujours en mouvement, susceptible d’évoluer au fil des générations, des époques et des environnements. Trop complexe pour se retrouver telle quelle dans la nature, chez d’autres espèces animales par exemple, mais aussi trop spontanée pour être rationalisée par une intelligence artificielle, elle garde encore une large part de mystère.

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Sciences Humaines a 30 ans

30 ans ! L’âge de la maturité. Sciences Humaines consacre son numéro anniversaire à tous les changements et bouleversements qui ont émaillé sa vie, entre les années 1990 et 2020 : géopolitique, écologie, nouvelles technologies… Un numéro passionnant, à mettre entre toutes les mains 😉

J’y signe un article sur la génétique et un autre sur les neurosciences. Sans que je ne m’y attende, ils ont fini par dire un peu la même chose : gros emballement, difficultés à donner du sens aux données, retour à des questions fondamentales et méthodologiques…

À retrouver en kiosque ou en ligne !

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Pourquoi pensons-nous que les autres sont tout-puissants ?

Nous avons spontanément tendance à surestimer l’impact des dispositions et actions personnelles sur les événements, et à négliger le poids des circonstances. Un biais appelé « erreur fondamentale d’attribution ». D’où vient cette notion et que peut-elle impliquer au travail notamment ? Éléments de réponse sur Philonomist. Site web de Philosophie magazine consacré au monde de l’entreprise, au management et à l’économie. À découvrir en ligne !

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La connerie décryptée à l’aune des sciences humaines

Le magazine Sciences Humaines consacre son dossier de fin d’année à « la connerie ambiante » : ses racines, ses ailes de géante, ses ramifications, ses labyrinthes et ses impasses. « Histoire, en tamisant ce bourbier, d’en tirer quelques pépites de savoir, voire des perles de sagesse », espère Jean-François Marmion, qui a coordonné ce dossier. Cliquez ici pour l’acheter ou commander le numéro complet !

J’ai eu le plaisir de rédiger deux articles pour ce dossier : dans « Cons sans frontières », je passe en revue différentes traduction et connotations de cette insulte à travers le monde, à l’aune d’analyses en sciences du langage. Dans « La philosophie contre-attaque », je vous propose quelques stratégies imaginées par des philosophes pour faire faire à la bêtise d’autrui… et à la nôtre surtout ! Bonne lecture

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Tout plaquer, une fausse bonne idée ?

Repartir de zéro pour tout changer et enfin « vivre sa vie » : l’idée est séduisante sur le papier mais trompeuse, car la “vraie vie” ne peut-être qu’ici et maintenant, et faite d’insatisfactions. Mieux vaut s’efforcer de devenir meilleur sans rêver d’une existence parfaite. C’est du moins ce que l’on peut en conclure à la lecture du dernier essai du philosophe François Jullien : De la vraie vie (éd. de l’Observatoire, 2020).

Cette chronique est parue dans Management (n° 289, octobre 2020) : cliquez ici pour commander un numéro en ligne ! Toujours dans cette rubrique, retrouvez en prime l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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Le sens, source de bonheur au travail ?

Le magazine Management consacre son dossier d’octobre à la quête de sens au travail : qu’est-ce qui nous motive à nous lever chaque matin ? Pourquoi beaucoup s’arrêtent ou changent de voie en cours de carrière ? Comment aimer son job ou donner l’envie d’aimer à ses collègues ? Et bien d’autres questions encore !  J’ai eu pour ma part le plaisir d’interviewer Flora Bernard, consultante en philosophie en entreprise et cofondatrice de l’agence Thaé. Selon elle, les entreprises ont certes vocation à mettre en place de bonnes conditions de travail, mais elles ne peuvent pas “donner du sens” au travail de chacune et de chacun. Passé un certain point, le sens serait avant tout « l’objet d’un cheminement personnel ». Je vous invite à retrouver l’intégralité de cet entretien dans Management (n° 288, octobre 2020).

Flora Bernard, Thaé

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Notre psychologie, un héritage du passé ?

Notre psychologie actuelle serait-elle le fruit d’une réponse adaptative aux conditions du passé ? Un article récent relance les critiques sur cette théorie explicative. Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 329, octobre 2020)

Pourquoi avons-nous peur des serpents et insectes venimeux, même si nous n’en croisons jamais ? Un amateur de psychologie évolutionniste ou « évopsy » pourrait répondre que cette crainte a aidé nos ancêtres préhistoriques à se protéger de piqûres mortelles et donc à survivre. Elle aurait ainsi été sélectionnée au fil de l’évolution naturelle, comme d’ailleurs un grand nombre des comportements humains : la façon dont on recherche de la nourriture, un partenaire sexuel, un foyer, etc. Ce genre d’explication suscite néanmoins de vifs débats depuis son apparition à la fin des années 1980.

Spéculative et circulaire

Beaucoup de chercheurs en sciences humaines et sociales ont notamment reproché à l’évopsy de négliger le poids des facteurs historiques ou culturels. « Dans les années 1990, illustre le philosophe des sciences Philippe Huneman, codirecteur d’un ouvrage de référence sur Les Mondes darwiniens (2011), les fondateurs de l’évopsy ont prétendu avoir identifié des comportements naturels, communs à toute l’humanité. » Par exemple un ratio entre la taille d’une femme et celles de ses hanches, tel qu’elle serait jugée plus ou moins attirante par les hommes… « Leurs tests étaient complètement biaisés ! Et on a pu facilement montrer que les standards de beauté étaient très différents d’un pays à l’autre. »

La philosophe américaine Subrena Smith vient de jeter un nouveau pavé dans la mare dans un récent article. Elle dénonce l’évopsy comme une idée nécessairement « spéculative » et « circulaire ». Lire la suite

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La lenteur est-elle la vraie agilité ?

Le modèle de “l’homme pressé » a du plomb dans l’aile, comme le montre notamment l’historien Laurent Vidal dans Les hommes lents (Flammarion 2020). Beaucoup de travailleurs et de travailleuses préfèrent en conséquence vivre moins vite et mieux, renouant avec un ancien idéal de sagesse. Saviez-vous que le mot « lent » vient du latin « lentus », désignant aussi la souplesse et la flexibilité ? Cette chronique est parue dans Management (n° 288, octobre 2020). À retrouver en ligne ou en kiosque ! À lire également dans cette rubrique : l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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À lire : « Conscience et matière », de François Kammerer

Il semble relativement facile de décrire en des termes naturalistes comment notre cerveau perçoit un environnement, comment il analyse et catégorise des stimuli, par exemple. Mais cela ne suffit pas à rendre compte de ce qu’est la conscience dans son ensemble. Nous avons l’intuition que nos états mentaux internes – comme le plaisir, la peur, l’amour ou encore la nostalgie – sont irréductibles à une activité cérébrale et physiologique, et que la conscience que nous en avons est d’un autre ordre. Faut-il dès lors faire une place à quelque principe immatériel, ou même à une âme ? Peu commenté en France, ce « problème difficile de la conscience », selon l’expression consacrée par David Chalmers, est au cœur des recherches internationales en philosophie de l’esprit depuis une trentaine d’années.

Dans cet ouvrage, le philosophe François Kammerer revient en amont de ces débats pour critiquer l’intuition qui les fonde. Selon lui, les expériences conscientes pourraient tout simplement ne pas exister. Les vécus subjectifs que nous croyons ressentir lorsque nous regardons en nous-mêmes seraient reconstruits a posteriori. « Nous sommes, dans le cas de la conscience, victimes d’une illusion introspective. L’esprit n’est qu’un rêve de la matière », affirme F. Kammerer. Cette thèse est radicale et contre-intuitive, tant elle remet en question une évidence apparemment incontestable. Il revient alors à l’auteur d’expliquer pourquoi notre croyance en une réalité de la conscience phénoménale est si profondément ancrée en nous, tout en montrant en quoi une perspective matérialiste fournirait un cadre plus solide pour en rendre compte.

Le propos est souvent technique, mais reste accessible si l’on prend le temps d’en faire une lecture attentive. Il offre une belle introduction à la philosophie de l’esprit, dont les développements en français restent rares.

 

Conscience et matière. Une solution matérialiste au problème de l’expérience consciente, François Kammerer, Éditions matériologiques, 2019, 534 p., 28 €. Cette recension est parue dans Sciences Humaines (n° 329, octobre 2020)

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La méritocratie est-elle une valeur obsolète ?

Plébiscité au siècle dernier, ce modèle – qui fonde l’ascension sociale et l’accession au pouvoir sur le mérite personnel – est aujourd’hui remis en cause. Sous couvert d’égalitarisme, il serait, selon ses détracteurs, source de stress et d’injustices. Une thèse notamment défendue par le philosophe Gilles Vervisch dans Peut-on réussir sans effort ni aucun talent (Le Passeur, 2019). Cette chronique est parue dans Management(n° 287, septembre 2020), à retrouver en ligne ou en kiosque ! À lire également : l’art de manager comme L’homme de cour de Baltasar Gracián.

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