Archives de Catégorie: Philosophie

La sagesse de Stars Wars, tu découvriras

Le neuvième épisode de La Guerre des étoiles sort le 18 décembre au cinéma, concluant provisoirement une saga entamée… en 1977 ! Le philosophe Gilles Vervisch, déjà auteur de La philo contre-attaque en 2015, récidive pour l’occasion avec Star Wars, le retour de la philo (Le Passeur, 2019), dédié aux dimensions politiques, existentielles ou encore métaphysiques du célèbre space opera. Car George Lucas rêvait de conjuguer un western film de guerre du type Apocalypse Now, un récit de samouraï à l’image du cinéma d’Akira Kurosawa, des considérations spirituelles d’inspirations européenne et surtout asiatique – bouddhisme, taoïsme, bushidō…

Ainsi les chevaliers Jedi, sorte de maîtres zen, apprennent à leurs jeunes élèves à se libérer des apparences pour découvrir la force tapie en toute chose. Ils s’opposent aux sombres Sith, parvenus à la tête d’un empire à force de manœuvres politiques et de stratégies d’asservissement. Leur affrontement illustre une opposition philosophique classique entre l’intuition et la technique. Les Jedi désapprennent à penser et à raisonner pour se fier à leur instinct. Ils privilégient de ce fait un mode de vie épuré, proche de la nature et ascétique. La philosophie de Henri Bergson n’est pas loin, mais conjuguée aux stoïciens et aux épicuriens ! Lire la suite

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Classé dans Philosophie, Pop culture

« Un auteur a changé ma vie »

Il arrive qu’un livre exerce un effet puissant et durable sur son lecteur : il enclenche une vocation professionnelle, donne le goût du voyage, fait bifurquer l’existence… J’ai eu le plaisir de recueillir trois témoignages en ce sens pour Sciences Humaines, dans un numéro dédié au « pouvoir des livres ».

Philippe Huneman, philosophe de la biologie au CNRS, n’aurait probablement pas fait ce métier s’il n’avait jamais lu Jay Gould. Renan Larue, Professeur à l’université de Californie, à Santa-Barbara (États-Unis), est devenu végétarien en lisant Ovide. Marie Leroy-Collombel, Maîtresse de conférences en sciences du langage, a éveillé sa conscience politique en lisant Orwell. Et Cécile Van den Avenne, sociolinguistique spécialiste du contact colonial et des pratiques langagières en Afrique de l’Ouest, a été fascinée par la lecture de Patrick Chamoiseau. Un grand merci pour leurs témoignages ! À retrouver sur le site de Sciences humaines.

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Classé dans Philosophie, Sciences, Sciences du langage, Société

Penser avec les oreilles

Pourquoi entendons-nous dans notre tête différentes voix et intonations, des changements de rythme ou de volume sonore, lorsque nous lisons un texte ? D’où viennent ces sonorités et, surtout, contribuent-elles à donner du sens au propos déchiffré ? Friedrich Nietzsche – dont il est difficile de lire un paragraphe sans percevoir des accents de tribun – dénonçait « la cire dans les oreilles » des philosophes classiques, tout accaparés qu’ils étaient par une appréhension visuelle du monde et des idées.

Écoute flottante

François Noudelmann prend cette boutade au sérieux et tente de définir ce que serait le fait de « lire avec les oreilles ». Selon lui, on peut en effet identifier des timbres propres à des façons de penser, voire des significations nouvelles pouvant échapper à leurs auteurs. « Une “troisième oreille” permettrait d’accéder ainsi à la fabrique des idées, à la forge contradictoire où se mêlent des affects, des imaginaires et des concepts que le texte vient structurer et fixer », écrit-il. De même que la communication non verbale – gestes, postures, regards – permet d’interpréter la parole d’un interlocuteur, le bruit de la pensée et des textes exprimerait un vécu, une intention plus affective que rationnelle, de ce fait difficile à décrire avec des mots. La psychanalyse est d’ailleurs fréquemment érigée en modèle d’une écoute flottante, trouvant du sens au-delà de ce qui est dit.

Sound studies

F. Noudelmann propose ses propres vues sur cette « lecture avec les oreilles », et situe plus largement son propos dans le cadre du développement des sound studies en Amérique du Nord. Si ses interprétations et analyses sont discutables, elles visent davantage à encourager l’essor de ce type d’études et à ouvrir des champs d’investigation qu’à en donner une idée arrêtée.

Penser avec les oreilles, François Noudelmann, Max Milo, 2019, 252 p., 21,90 €.

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Le relativisme à l’assaut des sciences

Dans les années 1960, des chercheurs remettent en question l’objectivité et la fiabilité de la démarche scientifique. Si leurs appels à plus de prudence ont été largement adoptés, leurs positions les plus radicales restent absurdes aux yeux des plus rationalistes.

Cet article est paru dans « les grands dossiers » de Sciences Humaines (n° 57), consacré aux controverses dans l’histoire de la philosophie. Un grand merci au philosophe de la biologie Philippe Huneman, notamment auteur d’un essai sur la question Pourquoi ? ( Autrement/Flammarion, janvier 2020), et d’un autre,  à paraître au Croquant courant 2020, sur une « Ligne de crête » entre le scientisme et le scepticisme.

À lire également : Science et relativisme, de Larry Laudan (éd. Matériologiques, 2017), préfacé par Pascal Engel.

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Classé dans Philosophie, Sciences

« Innover, c’est aussi chercher à améliorer nos conditions de vie »

Notre conception de l’innovation a radicalement changé ces dernières décennies, et une approche davantage fondée sur le bien-être et l’humain se serait substituée à l’idéologie techno-centrée des années 1990. C’est l’analyse de l’économiste Sébastien Lechevalier qui a dirigé un récent ouvrage sur le sujet. Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS.

 

Le livre Innovation Beyond Technology: Science for Society and Interdisciplinary Approaches que vous avez dirigé, paru cette année aux éditions Springer, montre à quel point ces dernières décennies ont été un « âge d’or » pour l’innovation technologique. Pour quelles raisons est-ce le cas ?
Sébastien Lechevalier (1) : D’un point de vue statistique, plusieurs indicateurs témoignent d’une accélération dans ce domaine depuis les années 1990. Des historiens et des économistes constatent notamment que les investissements dans la recherche scientifique et dans l’ingénierie ont beaucoup augmenté, tout comme le nombre de chercheurs, de doctorants ou encore de publications. Dans le secteur public comme dans le privé, il y a donc davantage de ressources mobilisées au niveau mondial. Cela tient bien entendu en partie au développement chinois en la matière. Cette évolution est également visible au niveau des effets, comme en témoigne l’évolution de la puissance de calcul des ordinateurs selon les lois de Moore. On retrouve des tendances similaires dans la médecine, les biotechnologies et l’ingénierie de manière générale.

Dans les années 1990, l’idée s’impose que l’innovation (essentiellement technologique) est la condition sine qua non pour se développer, prospérer, ou tout simplement survivre.

Il faut cependant relativiser ces évolutions à l’échelle de l’histoire : l’invention de l’imprimerie n’a-t-elle pas été une innovation plus importante que celle de l’internet par exemple ? Difficile de répondre d’un point de vue strictement statistique. En revanche, quand on s’intéresse à l’histoire des sciences et des idéologies, on constate que l’innovation devient une valeur cardinale dans les années 1990. À la tête des entreprises comme des États, l’idée s’impose que l’innovation (essentiellement technologique) est la condition sine qua non pour se développer, prospérer, ou tout simplement survivre. Lire la suite

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La finance, un vieil adversaire…

Dès l’Antiquité, le philosophe Aristote valorisait l’économie réelle contre la spéculation. Cette chronique est parue dans le magazine Management (n° 280, décembre 2019 – janvier 2020). À retrouver en prime : l’art de manager comme Le Prince de Machiavel.

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Qui a peur du « genre » ?

Aux quatre coins du monde, de Donald Trump à Jair Bolsonaro, des intégristes religieux aux partisans proclamés du bon sens, le « genre » est devenu un épouvantail permettant de fédérer des tendances politiques par ailleurs opposées. Cet article est paru sur Le Journal du CNRS.

Le drapeau de la « straight pride » de Boston, le 31 août 2019, une étonnante marche pour exprimer la « fierté hétérosexuelle » qui a suscité l’indignation aux États-Unis. © Scott Eisen / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Les études de genre ont gagné en légitimité, pourtant elles n’ont jamais été autant attaquées à travers le monde. Cette ambivalence a été abordée lors de la conférence plénière du deuxième Congrès international du Groupement d’intérêt scientifique (GIS) Institut du Genre, qui s’est tenu du 27 au 30 août dernier à l’Université d’Angers, en partenariat avec cette dernière.

Ces mouvements trouvent appui au plus haut sommet de l’État, obtenant le retrait de campagnes pédagogiques, de projets de loi, des restrictions gouvernementales à l’encontre de la recherche scientifique.

« Certes le nombre de publications scientifiques et de coopérations internationales et interdisciplinaires a régulièrement augmenté ces dernières années, constate la sociologue Sylvie Cromer (1). Et de plus en plus de disciplines tiennent compte du prisme de genre dans leurs études, comme la musicologie et les sciences de gestion dont nous avons pour la première fois accueilli une intervention au congrès », s’enthousiasme-t-elle. Mais on constate aussi que l’opposition aux études de genre s’est renforcée et organisée. Lire la suite

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Classé dans Histoire, Philosophie, Politique, Sciences, Société

Le pouvoir rend-t-il mauvais ?

C’est le constat établi par par Dacher Keltner, professeur de psychologie à l’université de Californie, à Berkeley… et déjà avant celui de Platon dans la République ! Si l’altruisme n’est pas naturel, peut-être faut-il forcer sa nature. Cette chronique est parue dans le magazine Management (n° 279, novembre 2019). À retrouver en prime : l’art de manager comme Le Prince de Machiavel.

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Classé dans Management, Philosophie

La management à la lumière des sciences humaines

J’ai eu le plaisir de coordonner un dossier consacré au management pour le magazine Sciences Humaines (n° 319, novembre 2019). À retrouver en kiosque ou en ligne ! Je vous laisse découvrir le sommaire ci-dessous et vous souhaite une très bonne lecture.

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Le temps des magiciens

C’est l’histoire de quatre philosophes méconnus et appelés à devenir des classiques. Leur point commun ? Tous ont élaboré une œuvre majeure entre 1919 et 1929, dans la jeune République de Weimar. Cette décennie allemande, marquée par des tensions politiques et une désorientation idéologique, témoigne en philosophie d’un « élan de créativité sans précédent », assure Wolfram Eilenberger : Ludwig Wittgenstein fixe dans Tractatus logico-philosophicus des limites jugées définitives au langage et à notre connaissance. Martin Heidegger plaide dans Être et Temps pour une liquidation de la métaphysique et un retour à des enjeux authentiquement existentiels. Plus enthousiaste, peut-être, Ernst Cassirer explore dans Philosophie des formes symboliques de nouvelles formes d’accès à la connaissance ; tandis que le penseur maudit Walter Benjamin, enfin, déchiffre le monde comme une myriade de signes à interpréter.

W. Eilenberger nous initie avec plus ou moins de pédagogie à ces quatre pensées complexes et, pour certaines, très abstraites. L’intérêt de son ouvrage ne s’arrête pas là : c’est aussi une plongée historique et biographique dans les cercles intellectuels de l’époque, comme dans la vie intime de ces philosophes. Le récit est vivant, détaillé, riche en anecdotes ; de nombreux chapitres se lisent comme un roman. Wittgenstein se dispute et se rabiboche avec Bertrand Russell. Le mariage de Heidegger bat de l’aile, mais cela inspire sa philosophie. Cassirer manœuvre comme un diable pour intégrer l’université, et Benjamin ne cesse de s’enfoncer dans des déboires financiers, politiques ou amoureux.

De façon subtile, sans jamais sombrer dans une forme de surinterprétation a posteriori, W. Eilenberger laisse entrevoir comment la vie personnelle, le contexte culturel et la production intellectuelle peuvent s’entremêler, et briller en ces moments exceptionnels.

Le temps des magiciens. 1919-1929, l’invention de la pensée moderne, Wolfram Eilenberger, Albin Michel, 2019, 460 p., 22,90 €. Cet article est paru dans Sciences humaines (n° 319, novembre 2019)

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