« Une carte cérébrale n’a rien de neutre ! » trois questions à… Giulia Anichini

L’anthropologue Giulia Anichini, auteure de La Fabrique du cerveau (Éditions matériologiques, 2018) a passé deux ans dans des laboratoires de neuro-imagerie. Elle remet en question la neutralité des images utilisées en neurosciences pour localiser des « zones du cerveau » supposées responsables de comportements sociaux.

Cette interview est parue dans Sciences Humaines (n° 310, janvier 2019), dans le cadre d’un grand dossier sur « le cerveau en 12 questions« . À découvrir en ligne (accès abonné) ou en kiosque !

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Vers des robots traducteurs ?

Jeudi 18 octobre, un public bigarré se presse dans la librairie Eyrolles, à Paris. Chercheurs, startupers, ingénieurs, éditeurs ou simples curieux, tous sont venus découvrir le « premier livre au monde entièrement traduit par une intelligence artificielle (IA) », selon l’invitation. Non sans scepticisme parfois : « Combien d’éditeurs humains sont repassés sur la première version ? », se demande un traducteur. Mais cette performance, réalisée par la startup Quantmetry et les éditions Florent Massot, se révèle à la fois plus modeste et plus intéressante qu’on pouvait le penser.

L’ouvrage en question, Deep Learning (L’Apprentissage profond en français) est une bible pour les chercheurs en IA. Publié par le MIT Press aux États-Unis, il ne trouvait pas de débouché en France. « C’est un texte extrêmement technique, qui aurait nécessité le travail de rares traducteurs spécialisés et pour un coût important », explique l’éditeur. 150 000 euros de budget environ, pour des ventes appelées à rester confinées auprès d’un public spécialisé. Mais c’est aussi un texte très codifié, respectant des tournures de style, une construction et des critères formels beaucoup plus rigides qu’une œuvre littéraire. Lire la suite

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Non, les bénévoles ne se désengagent pas

C’est une petite musique qui court d’association en organisation caritative : il serait de plus en plus difficile de trouver des bénévoles ; et ces derniers seraient plus « zappeurs » dans leurs engagements, moins fiables qu’auparavant. Autant d’idées remises en question par une vaste étude sur le bénévolat en France, présentée au 13e Forum des associations, mercredi 17 octobre à Paris. « C’est la première enquête aussi conséquente et riche depuis celle de l’Insee en 2002, et dans une moindre mesure celle de la Drees-BVA en 2010 », insiste l’économiste Lionel Prouteau, maître de conférences émérite à l’université de Nantes et directeur de l’étude.

En 2017, 43 % des Français déclarent faire du bénévolat contre seulement 32 % en 2010 et 28 % en 2002. Non seulement leur nombre a fortement augmenté, donc, mais ils sont plus engagés. Le nombre d’heures de participation bénévole régulière sur une année est de 122 aujourd’hui, contre 102 dans l’enquête de l’Insee ; de façon connexe, le nombre d’heures de participation occasionnelle a légèrement diminué – 18 en 2017 contre 20 en 2002. « Ces résultats vont à l’encontre de l’idée d’une “génération post-it”, moins prompte à s’engager ou plus inconstante », commente L. Prouteau Lire la suite

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Philosophie du soin et de la médecine

Quels philosophes, historiens et épistémologues se sont penchés sur la question de la maladie, du soin et de la médecine ? Sciences Humaines consacre son dernier numéro “Les Grands dossiers » (n° 53, décembre 2018, janvier – février 2019) à ce thème, moins connu que les essais sur le le bonheur, la liberté ou encore l’identité. Pourtant ce champ disciplinaire est tout aussi riche et dynamique aujourd’hui – des antiques traités d’Hippocrate ou Galien aux travaux contemporains sur le « care » et l’éthique médicale. Dans la rubrique “points de repère”, je vous propose un panorama des philosophes, classiques ou toujours en activité, attachés à ces questions brûlantes. Il ne prétend pas à l’exhaustivité mais vous donnera rapidement quelques clés et, je l’espère, l’envie d’aller plus loin.

À lire :

 

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Dialectique de la pop

Ce livre n’est pas un nouvel opus de « pop philosophie » débusquant les idées d’un Nietzsche ou d’un Platon dans le dernier tube de l’été. Il propose une analyse esthétique de cette musique légère et « mauvaise sans exception », telle que la dénigrait Theodor Adorno. Face à ce rejet élitiste des hits d’Abba ou de Claude François, la philosophe et musicienne Agnès Gayraud commence par constater que la pop a désormais gagné : elle est partout et sa légitimité culturelle est rarement contestée.

Prenant acte, l’auteure considère l’histoire et la spécificité de cet art musical aux multiples facettes, son analyse valant autant pour la « pop », au sens restreint, que pour les musiques populaires en général, folkloriques ou alternatives. Contrairement aux formes jugées plus savantes, reposant sur l’écrit et la partition, la pop naît à l’origine de l’enregistrement de performances quasi sauvages, comme les premières ballades et morceaux de blues-rock radiodiffusés aux États-Unis, au début du 20e siècle. C’est cet enregistrement qui fait l’œuvre pop, non seulement en tant qu’il la colore d’un grain particulier – le crissement du vinyle, la qualité de son d’une époque –, mais surtout parce qu’il démocratise son écoute : pour la première fois dans l’histoire, tout le monde peut écouter le hit du moment.

La pop vise dès lors un engouement universel, qui ne sacrifie cependant rien à ses qualités esthétiques. À l’instar de la « juste mesure » théorisée par Mozart, elle entend emballer les experts comme les béotiens. Mais comment plaire à tous quand, en tant qu’artiste, on souhaite exprimer sa différence et son originalité ? La « dialectique de la pop » désigne cette « lutte intestine » entre un élan presque enfantin, au cœur des grands succès, et les mécanismes de standardisation de l’industrie musicale. À l’avenir, remarque A. Gayraud, d’autres formes musicales émergeront de nouvelles conditions de production, la diffusion numérique et le streaming se substituant à l’édition discographique.

Dialectique de la pop, Agnès Gayraud, La Découverte/La Rue musicale, 2018, 522 p., 26,50 €. Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 309 – décembre 2018)

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Le Smartphone, poison ou remède ?

Dans son essai Le Troisième Cerveau, Pierre-Marc de Biasi, directeur de recherche émérite au CNRS, alerte sur la relation de dépendance que nous entretenons avec le Smartphone, outil « intrusif, injonctif et addictif ». Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS.

Neuf utilisateurs sur dix ne sortent jamais sans leur Smartphone et le consultent près de 100 fois par jours. © Sirinapa Wannapat / EyeEm/GETTY IMAGES

 

Vous avez dirigé l’Institut des textes et manuscrits modernes. Comment en êtes-vous venu à travailler sur les Smartphones ?
Pierre-Marc de Biasi : En étudiant les archives de la création, on s’intéresse forcément aux supports de la communication et aux conditions concrètes de la transmission, aux interrelations entre technique et culture : ce que Régis Debray a appelé la « médiologie ». Comment se désintéresser d’un médium qui véhicule aujourd’hui l’essentiel de ces interactions ? Neuf utilisateurs sur dix ne sortent jamais sans leur Smartphone et le consulte près de cent fois par jour ; un tiers admet être en situation de dépendance. Début 2018, dans la revue Médium j’avais évoqué les analogies entre le Smartphone et le silex paléolithique : taillé pour la main, c’est un outil qui nous dote de superpouvoirs et nous rend de plus en plus puissants dans la maîtrise de notre environnement. Mais l’asymétrie de notre relation au Smartphone nous conduit tout droit à ce que Hegel appelait la dialectique du maître et de l’esclave. Pour le moment, nous sommes les maîtres, et les Smartphones sont nos esclaves. Plus nous déléguons de tâches à cet outil, plus il devient compétent pour satisfaire et anticiper nos désirs, et plus nous devenons dépendants de lui : le petit serviteur zélé finira par se faire le maître de ses maîtres. J’ai eu envie d’approfondir cette réflexion en me donnant l’espace d’un essai. Il n’y avait pas de livre sur le sujet.

Vous attaquez fort ! Concrètement, quelles utilisations pourraient avoir tendance à nous asservir ?
P.-M. de B. : Demandez-vous simplement : dans cinq ans qui sera encore capable de lire une carte ou de s’orienter sans la géolocalisation de son Smartphone ? Lire la suite

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Vive les cafés différents !

Ici, ils ne sont pas « autistes », « trisomiques » ni « sourds », mais serveurs, barmen, cuisiniers… et ils veulent transformer notre vision du handicap.

Cet article est paru dans Version Femina (n° 867, semaine du 12 au 18 novembre 2018). Un grand merci aux équipes du Café Joyeux, du Café Signes et de Katimavik pour leur accueil et leurs explications.

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