La Chine peut-elle se passer de religion ?

Selon le sociologue chinois Lui Peng, le manque de spiritualité freinerait le développement du pays.

Sur une population de 1,3 milliards, environ 50% n’est pas croyante © Yvan Travert / AFP

« Qu’est-ce qui manque le plus à la Chine du XXIe siècle ? La foi ! » C’est le cri du cœur de Liu Peng, directeur de l’institut Pu Shi des sciences sociales de Pékin, dans un article qui vient d’être traduit en français. Publié à l’origine dans la revue Leader et prononcé en conférence l’année dernière, lors du congrès de l’American Studies Network, ce texte est désormais libre d’accès sur le site des Églises d’Asie. Il critique vigoureusement un manque de spiritualité en Chine comme principal frein au développement du pays. Ce défaut de croyance serait même, tempête le sociologue, une source majeure de corruption.

Spécialiste des rapports entre religion et justice, en Chine et aux Etats-Unis notamment, il établit un lien direct entre des affaires d’État — le scandale du lait frelaté par exemple — et l’absence de croyances fortes. « Les problèmes éthiques découlent des problèmes des systèmes de valeurs, qui à leur tour proviennent des problèmes spirituels, écrit-il. Cela démontre bien que le système de croyances imposé par les autorités depuis des années n’est qu’une coquille vide.  »

Les médias et le gouvernement refuseraient de prendre cela en considération pour ne pas avoir à de remettre en question. Pour lui, le constat est clair : « Leurs campagnes de propagande à long terme et grande échelle » n’ont pas fonctionné. Si la prospérité économique semble désormais de mise, les idéaux révolutionnaires et communistes se sont étiolés, cédant la place à… un vide spirituel. « Est-ce que les Chinois, ironise-t-il, après avoir simplement résolu les problèmes consistant à se nourrir et à se vêtir, s’accommoderaient en fait de n’importe quel système de valeurs et de croyances? »

La Chine ne pourrait pas accéder au statut de grande puissance en l’état. Historiquement, la révolution communiste aurait balayé les anciennes croyances sans offrir une alternative suffisamment solide. « Si nous regardons en arrière pour voir comment la Chine s’est efforcée de conserver sa place dans le monde à travers son histoire plurimillénaire, et comment d’autres puissances se sont élevées dans l’histoire, nous pouvons constater que la facteur clé dont dépend le futur développement de la Chine ne se trouve pas dans le domaine matériel, mais bien dans le domaine spirituel. »

En filigrane, Liu Peng évoque d’autres freins au développement : le modèle politique, juridique, la dépendance énergétique du pays… Mais ces facteurs seraient secondaires : « Il ne s’agit que d’une analyse superficielle qui en reste au niveau des choses matérielles, critique-t-il, et non pas du décryptage de ce qui affaiblit la Chine en profondeur. » Le constat est sévère et contestable, peut-être délibérément. Car ce chercheur appelle de ses vœux, outre une révolution spirituelle, l’ouverture d’un débat clair qui n’aurait aujourd’hui pas droit de cité.

 

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