Archives de Tag: identité nationale

L’Indonésie rend optionnelle la case « croyance » sur ses cartes d’identité

il n’est plus obligatoire de faire état d’une appartenance religieuse pour obtenir des papiers.

Sur www.lemondedesreligions.fr

Les Indonésiens ne sont plus obligés de se déclarer adeptes d’une religion officiellement reconnue par l’État pour obtenir une carte d’identité. Selon le quotidien anglophone The Jakarta Post, le ministre de l’Intérieur confirme qu’il sera possible de laisser blanche la case « croyance » pour les cartes électroniques ; c’est une première.

Pour obtenir des papiers en effet, il était obligatoire de se reconnaître dans l’une des six religions admises dans la Constitution : l’islam, le catholicisme, le protestantisme, l’hindouisme, le bouddhisme et le confucianisme. Pourtant, 400 000 Indonésiens n’adhèrent à aucune d’entre elles, selon l’ONG « Conférence indonésienne sur la religion et la paix ». Lire la suite

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Nomades : « Le gouvernement réactive une opposition qui n’a plus cours »

Sur www.philomag.com

Selon Thierry Paquot, philosophe spécialiste de l’urbanisme, l’Occident a longtemps nourri une certaine méfiance vis-à-vis des peuples sans terre. Mais cette tendance s’inverse.

« Gens du voyage », « Roms », « migrants », « sans domicile fixe » : avons-nous peur du nomadisme ?

La culture occidentale est marquée par une dévalorisation de celui qui erre. Dans l’Ancien Testament, Caïn, l’agriculteur, le sédentaire, assassine son frère Abel, le berger itinérant. Il est alors condamné à fuir dans le pays de Nod (qui en hébreu signifie « errance »), une malédiction en l’occurrence. De même, dans le mythe de Babel, les nomades décident de se sédentariser, de créer une ville, une tour. Mais Dieu confond leurs langues pour les punir de leur orgueil. L’incommunicabilité entre eux provoque alors des divisions et… leur dispersion. Ces mythes attestent d’une crainte de celui qui n’est pas stabilisé, tandis que l’homme bien installé, celui qui fait souche, est valorisé. En France, à la Restauration, par exemple, le droit de vote n’est accordé qu’aux grands propriétaires. On considère qu’ils sont dotés d’un plus grand sens de la responsabilité politique, puisqu’ils ont su maintenir leur capital et le faire fructifier. De ce point de vue, la valeur d’un individu provient de sa propriété, statut défendu haut et fort par la Déclaration des droits de l’homme… Le nomade (en latin nomadis, du grec nomas, dérivé du verbe nemein, « faire paître ») est ce berger qui accompagne son troupeau au gré des pâturages, sa mobilité est sa vraie richesse, mais les nantis le craignent, ils préfèrent ceux qui possèdent un domaine et s’y « bunkérisent » !

Pourtant, le fait de bouger tout le temps et de voyager partout est plutôt bien vu aujourd’hui ?

En effet, il y a eu un retournement de situation avec la mondialisation, la généralisation des flux et l’apologie de l’individu « réseauté ». Le sédentaire passe alors pour inactif, improductif. Il ne « progresse pas », stagne, reste scotché à son territoire et dépérit. Au contraire, l’homme « branché » voyage tout le temps, il est partout chez lui tout en étant ailleurs. Il y a quelques années, en préparant l’article « Éloge du luxe. De l’utilité de l’inutile », j’ai consulté de nombreuses enquêtes sur ce que représentait le luxe pour tel ou tel public et, à mon étonnement, la propriété d’un objet de valeur (diamant, tableau de maître…) s’effaçait devant la possibilité de « faire une folie » instantanément, sans être dépendant d’un patrimoine justement. Mobiliser n’importe quel moyen, n’importe où et n’importe quand : voilà le vrai pouvoir ! À présent, le gouvernement réactive une opposition entre nomades et sédentaires qui n’a plus cours  — le président lui-même soignant son image d’éternel « agité du global » —, en procédant d’ailleurs à des amalgames aberrants, entre Roms et gens du voyage par exemple. Prenez la déclaration du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux : « Un certain nombre de nos compatriotes sont parfois un peu surpris quand ils voient de très grosses cylindrées tirer des caravanes. » Cela laisse entendre qu’un forain ne pourrait pas s’offrir une belle voiture et une caravane neuve ! La suspicion colle à la peau de cette population comme la glaise aux bottes du laboureur.

Comment expliquer cette ambivalence ?

L’analyse du mot « habiter » offre une piste. Il est emprunté au verbe latin habitare qui signifie « demeurer », « rester quelque part », mais aussi « avoir souvent », comme l’atteste son dérivé « habitude ». Or le verbe « habituer » est la traduction du latin habituari qui signifie aussi « avoir telle manière d’être ». Au début du XIXe siècle, « l’habitat » est un terme de botanique qui désigne le territoire d’une plante à l’état naturel. Cette acception est peu à peu généralisée au « milieu » dans lequel l’homme évolue. Jusque-là, la « manière d’être » est donc corrélée au fait de rester quelque part, d’être enraciné en un terroir. Cependant, une coupure commence à s’opérer à l’époque moderne. Le sociologue Georg Simmel définit l’homme comme « l’être-frontière qui n’a pas de frontière » et fait de « l’étranger » la figure emblématique de la « grande ville », celui dont l’étrangeté assure nos propres différences. Plus tard, Martin Heidegger considère que la langue est l’habitat de l’être, ainsi n’habite-t-on pas une terre mais une culture. Ces analyses vont dans le sens de la mobilité, de la circulation et donc d’un certain nomadisme, qui correspond bien à notre situation existentielle : transporter nos « racines » dans nos diverses errances… Plus près de nous, Gilles Deleuze et Félix Guattari combinent territorialisation et déterritorialisation, et les écologistes associent « global » et « local ». Dorénavant s’impose l’idée qu’une société ne pourrait pas s’enrichir et se renouveler sans mobilités (imposées comme la délocalisation ou voulues comme un voyage). Une société repliée sur elle-même qui rejette « l’autre » et panique à la vue d’un campement de nomades se sclérose. Une société ouverte, accueillante, se révèle capable d’entrelacer les destins de ses habitants, d’où qu’ils viennent !

Plus sur le web :

Sur www.cairn.info: Thierry Paquot, « Habitat, habitation, habiter », Informations sociales 3/2005 (n° 123), p. 48-54.

L’interview de Michel Serres sur RMC : « Ne sommes nous pas, nous aussi, des Roms ? »

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Identité nationale : un débat politique, plusieurs définitions

Sur www.philomag.com

Le ministre de l’immigration Éric Besson a lancé un débat sur les valeurs de l’identité nationale. Mais peut-on définir la France en termes d’identité ?

Existe-t-il une identité nationale de la France ? Le ministre de l’immigration Éric Besson n’en doute pas. Invité de l’émission Le Grand Jury – RTL du 26 octobre, il annonce un grand débat sur le sujet. Un site Internet participatif est lancé le lundi suivant par son ministère, mais la polémique fait déjà rage dans les médias.

Du côté des historiens, Patrick Weil, critique vivement pour l’AFP la prétention du politique à décréter qui est Français. Directeur de recherche au CNRS et auteur Qu’est-ce-qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, il ajoute que cette identité supposée renvoie à des traditions très différentes. « On peut se sentir Français en relation avec Jeanne d’Arc, Louis XIV, Danton ou Robespierre, de Gaulle ou Clemenceau. »Interrogé par Sud-Ouest, l’historien démographe Hervé Le Bras renchérit. Directeur de recherche à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), il estime que l’identité nationale est un mythe. « Les seuls moyens qu’on a de l’approcher, c’est de parler de l’histoire de la France, de l’espace français, de sa population et de l’histoire de son État. »

En revanche, Daniel Lefeuvre juge pour Le Point que « l’identité nationale est l’affaire de tous ». Professeur d’histoire à l’université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis et coauteur de Faut-il avoir honte de l’identité nationale ?, il estime qu’elle est « évidemment l’affaire des politiques. L’État a toujours été un des acteurs majeurs de la construction de l’identité nationale ». Invité de RTL Midi le 26 octobre, Max Gallo a également exprimé sa satisfaction de voir cette « question cruciale » mise sur la table. « Il y a une identité nationale qui est ouverte, qui s’élargit, se modifie, se colorise mais il y a aussi des fondamentaux qui jouent dans la vie politique et qu’il est bon de rappeler. »
Ces derniers jours, le philosophe Michel Onfray s’est réjoui pour le Nouvel Obs que le débat sur l’identité nationale soit rouvert : « ce n’est pas parce que la droite et l’extrême droite ont défini une certaine idée de l’identité de la France qu’il faut leur laisser dire. C’est une bonne occasion de dire que la France, c’est la Révolution française, c’est une certaine conception de la République qui fait preuve d’ouverture, de solidarité et de fraternité ». À l’inverse, interrogé par L’Express, l’anthropologue Régis Meyran fustige ce qu’il estime être une chimère nationaliste. Chercheur à l’EHESS et auteur du Mythe de l’identité nationale, il affirme même que « parler de l’identité nationale revient au même que de parler du Français de souche, ça renvoie à une opposition entre les supposés vrais Français et les étrangers ».

Philosophie Magazine a consacré son numéro de juin 2009 à l’esprit français. Sommes-nous galants, gourmets, cartésiens, fiers de notre langue, xénophobes… ? S’il est apparu que six caractéristiques permettaient de comprendre ce qui fait notre singularité, celles-ci ne sauraient être figées en une identité fixe.
« L’Hexagone que nous avons dessiné n’a rien de fixe et d’éternel, écrit Michel Eltchaninoff. Il suggère que l’esprit français souffle lorsqu’une règle est posée, mais que des individus jouent avec elle. Entre nécessité mathématique et liberté personnelle, la philosophie française, l’incarne parfaitement. Finalement, cet esprit mouvant, parfois évanescent, en permanente tension, risquant le déséquilibre chauvin, mais propice à de belles réalisations, représentent un excellent antidote à la pesante fixité de l’identité nationale que l’on voudrait ériger aujourd’hui en idéologie officielle. »

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Le voile intégral trouble-t-il l’ordre public ?

Au-delà des questions de laïcité ou de protection des libertés, le port de la burqa 
met en jeu la possibilité d’évoluer sans visage au sein de l’espace public.

Par Fabien Trécourt pour Philosophie Magazine n° 32

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L’esprit français est-il soluble dans l’Europe ?

Sur www.philomag.com

Philosophie Magazine consacre son numéro de juin aux Français : sont-ils galants, gourmets, cartésiens, fiers de leur langue, xénophobes… ? Cette série d’articles éclaire aussi le désintérêt des citoyens pour les élections européennes

Ça ne prend pas, ça n’intéresse pas ; l’Europe n’aura pas mobilisé les foules ni les médias. Selon un sondage TNS Opinion mené du 4 au 15 mai à la demande du Parlement de Strasbourg, moins d’un Européen sur deux est sûr d’aller voter. La France est dans la moyenne avec 45% d’électeurs certains de se rendre aux urnes dimanche 7 juin. « Il est difficile aujourd’hui d’organiser de grands débats démocratiques à l’échelle de l’Europe, analyse la politologue belge Justine Lacroix dans Philosophie Magazine ; le débat, y compris sur les questions européennes, a encore lieu principalement au niveau national. »Interrogé lundi 1er juin sur Europe 1, l’ancien premier ministre Alain Juppé a déploré cette vision franco française des élections. « La gauche transforme ça en une espèce de vote anti-Sarkozy. La droite essaie au contraire d’en faire une sorte de victoire de la politique de l’UMP… » Justine Lacroix renchérit : même les polémiques autour du référendum sur la Constitution européenne, en 2005, étaient  un « débat national sur l’Europe »  plus qu’un « débat européen à proprement parler ». Les Français parlent aux Français, mais pas l’espéranto.

Tantôt ils entendent défendre leur singularité, menacée de se dissoudre dans l’ensemble européen. Tantôt ils entendent projeter le modèle français à l’échelle européenne. Gastronome (2), la France supporte mal une directive sur le vin rosé ou le camembert. Laïque (3), pour ne pas dire “laïquarde”, elle brandit la séparation de l’Église et de l’État quand d’autres, l’Allemagne en tête, veulent graver les racines chrétiennes dans le marbre constitutionnel (4). Résultat, les partis politiques ont préféré parler d’Europe à la française que de France à l’européenne. La droite est revenue à la charge sur la nation, la Turquie, l’immigration (5) ou encore l’insécurité (6) ; et la gauche a fait comme si toute l’Europe pouvait du jour au lendemain se convertir au modèle social de l’État Providence.

Dans ce climat, au lieu de faire semblant de parler de l’Europe à chaque scrutin européen, il conviendrait peut-être de faire le point sur ce modèle français (7), sur les principes et l’esprit de la singularité française, faite de grandeur et de fraternité, mais aussi d’arrogance (8) et de xenophobie…. Cela permettrait de décider en conscience sur ce à quoi nous ne voulons pas renoncer et ce que nous avons à proposer dans le concert des nations européennes.

Philosophie Magazine n° 30

(1) Les Français, indifférents à l’Europe ? (p. 40-41)
(2) Le Français, fines bouches ? (p. 56-57)
(3) Les Français, des mécréants ? (p. 52-53)
(4) Pourtant la rationalité et l’esprit critique – en un mot la philosophie – seraient des principes d’unité plus pertinents que la   religion, comme le montre notre Plaidoyer pour une Europe philosophique et notre carte exclusive des cours de philosophie en Europe (p. 16-19)
(5) Les Français, tous xénophobes (p. 46-47) et La république de la diversité (p. 45)
(6) Les Français, légalistes ou rebelles ? (p. 38-39)
(7) Existe-il un esprit français ? (p. 30-61)
(8) Les Français, trop fiers de leur langue ? (p. 50-51)

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Un calembour qui blesse, est-ce de l’humour français ?

Sur www.philomag.com

Olivier Mongin explique dans Philosophie Magazine (n° 30, juin 2009) que l’humour français à la particularité d’être textuel et méchant. Une analyse qu’illustre Charlie Hebdo cette semaine encore.

« J’aime bien le langage. Sans se salir les mains, c’est un outil formidable pour tuer quelqu’un ou pire, l’humilier », ricanait l’humoriste Pierre Desproges. Faire rire, est-ce faire souffrir ? Mercredi 3 juin, la couverture de Charlie Hebdo a paru drôle aux uns et cruelle aux autres. Le dessin de Riss montre l’Airbus A330-200 d’Air France, volatilisé depuis lundi, piquer du nez dans l’Atlantique sur fond de ciel embrasé ; en légende : « 228 disparus… 228 abstentions de plus aux européennes ! »Interrogé le jour même pour la chaîne de télévision Canal +, le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre s’est indigné. « Il y a des limites : c’est de ne pas faire souffrir inutilement des gens qui souffrent déjà. » Sous la plume de Charb, directeur de la publication, Charlie Hebdo réplique aussi sec sur son site internet. « On emmerde ces profs d’humour indignés qui n’ont jamais ouvert Charlie et qui découvrent la une de cette semaine sur des blogs à la con ! » Il ajoute que ce dessin ne se moque pas des victimes, mais des médias qui ont davantage parlé du fait-divers que des élections européennes.

Sur cette couverture, ce n’est pas le dessin qui fait rire ou qui choque ; c’est le texte. « Les Français ont besoin de parler et de se moquer pour rire, explique le directeur de la revue Esprit et auteur de De quoi Rions-nous ?, Olivier Mongin. Ils ne savent pas faire de l’humour muet » (1). En novembre 1970 déjà, Hara-Kiri Hebdo, l’ancêtre de Charlie, a indigné la classe politique et l’opinion publique en six mots : « Bal tragique à Colombey : 1 mort ». Le professeur Choron, auteur de ces lignes, relativise le décès du général de Gaulle en le comparant à un fait-divers advenu peu avant, l’incendie d’un dancing qui avait tué 146 personnes. Las, ce numéro sera le dernier. Hara-kiri Hebdo est interdit de publication et deviendra Charlie Hebdo pour reparaître. Aujourd’hui, cette couverture est considérée, à tort ou a raison, comme l’une des plus drôles de leur histoire. Qu’en sera-t-il de celle du 3 juin ? Charb prophétise : « Celui ou celle que la couverture de Charlie de cette semaine indigne s’indigne avec 40 ans de retard. On attendra bien encore 40 ans pour rigoler ensemble ».

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Les français, d’irréductibles cartésiens ?

On assimile souvent l’esprit français à une façon toute cartésienne d’appréhender le monde : rationaliste et logique, parfois bornée. Réducteur ? Pas forcément, explique François Azouvi.

Propos recueillis par Fabien Trécourt pour Philosophie Magazine n° 30

Cette interview n’est pas disponible en ligne. Acheter ce numéro

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