Identité nationale : un débat politique, plusieurs définitions

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Le ministre de l’immigration Éric Besson a lancé un débat sur les valeurs de l’identité nationale. Mais peut-on définir la France en termes d’identité ?

Existe-t-il une identité nationale de la France ? Le ministre de l’immigration Éric Besson n’en doute pas. Invité de l’émission Le Grand Jury – RTL du 26 octobre, il annonce un grand débat sur le sujet. Un site Internet participatif est lancé le lundi suivant par son ministère, mais la polémique fait déjà rage dans les médias.

Du côté des historiens, Patrick Weil, critique vivement pour l’AFP la prétention du politique à décréter qui est Français. Directeur de recherche au CNRS et auteur Qu’est-ce-qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, il ajoute que cette identité supposée renvoie à des traditions très différentes. « On peut se sentir Français en relation avec Jeanne d’Arc, Louis XIV, Danton ou Robespierre, de Gaulle ou Clemenceau. »Interrogé par Sud-Ouest, l’historien démographe Hervé Le Bras renchérit. Directeur de recherche à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), il estime que l’identité nationale est un mythe. « Les seuls moyens qu’on a de l’approcher, c’est de parler de l’histoire de la France, de l’espace français, de sa population et de l’histoire de son État. »

En revanche, Daniel Lefeuvre juge pour Le Point que « l’identité nationale est l’affaire de tous ». Professeur d’histoire à l’université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis et coauteur de Faut-il avoir honte de l’identité nationale ?, il estime qu’elle est « évidemment l’affaire des politiques. L’État a toujours été un des acteurs majeurs de la construction de l’identité nationale ». Invité de RTL Midi le 26 octobre, Max Gallo a également exprimé sa satisfaction de voir cette « question cruciale » mise sur la table. « Il y a une identité nationale qui est ouverte, qui s’élargit, se modifie, se colorise mais il y a aussi des fondamentaux qui jouent dans la vie politique et qu’il est bon de rappeler. »
Ces derniers jours, le philosophe Michel Onfray s’est réjoui pour le Nouvel Obs que le débat sur l’identité nationale soit rouvert : « ce n’est pas parce que la droite et l’extrême droite ont défini une certaine idée de l’identité de la France qu’il faut leur laisser dire. C’est une bonne occasion de dire que la France, c’est la Révolution française, c’est une certaine conception de la République qui fait preuve d’ouverture, de solidarité et de fraternité ». À l’inverse, interrogé par L’Express, l’anthropologue Régis Meyran fustige ce qu’il estime être une chimère nationaliste. Chercheur à l’EHESS et auteur du Mythe de l’identité nationale, il affirme même que « parler de l’identité nationale revient au même que de parler du Français de souche, ça renvoie à une opposition entre les supposés vrais Français et les étrangers ».

Philosophie Magazine a consacré son numéro de juin 2009 à l’esprit français. Sommes-nous galants, gourmets, cartésiens, fiers de notre langue, xénophobes… ? S’il est apparu que six caractéristiques permettaient de comprendre ce qui fait notre singularité, celles-ci ne sauraient être figées en une identité fixe.
« L’Hexagone que nous avons dessiné n’a rien de fixe et d’éternel, écrit Michel Eltchaninoff. Il suggère que l’esprit français souffle lorsqu’une règle est posée, mais que des individus jouent avec elle. Entre nécessité mathématique et liberté personnelle, la philosophie française, l’incarne parfaitement. Finalement, cet esprit mouvant, parfois évanescent, en permanente tension, risquant le déséquilibre chauvin, mais propice à de belles réalisations, représentent un excellent antidote à la pesante fixité de l’identité nationale que l’on voudrait ériger aujourd’hui en idéologie officielle. »
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