Archives de Tag: génétique

L’édition génomique permet-elle d’altérer la nature humaine ?

C’est le titre de mon mémoire de recherche en philosophie de la biologie. J’ai eu la chance de pouvoir reprendre des études en Master 2, à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques (IHPST), en parallèle de mon travail de journaliste. L’abondante couverture médiatique autour de Crispr-Cas9 m’avait donné envie d’aller plus loin que d’habitude et de réaliser un mémoire de recherche sur le sujet – récompensé ce vendredi d’un 18/20, ne boudons pas notre plaisir !

L’historien de la biologie Michel Morange et la philosophe Francesca Merlin ont accepté de diriger ce travail. Je ne saurais trop les en remercier ; leur expertise, leurs conseils et leur disponibilité ont été aussi précieux qu’enrichissants. La qualité de l’enseignement dispensé dans le cadre du Master LoPhisC s’est aussi avérée exceptionnelle. Je pense notamment aux cours ou séminaires d’Anouk Barberousse sur l’expertise scientifique, de Philippe Huneman sur la métaphysique de l’évolution, ou encore de Max Kistler sur la causalité. Lire la suite

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Classé dans Philosophie, Sciences

L’individualisme ou la vie

Sortis de l’œuf, une tortue marine file vers l’océan, une tique forestière grimpe vers les hautes branches et un poussin adopte comme parent le premier objet mobile aperçu. Ces comportements instinctifs fascinent les éthologues et les généticiens. Comment des animaux peuvent-ils « savoir » quoi faire avant de l’avoir appris ? Les gènes sont-ils à l’origine de ces conduites et certaines actions humaines pourraient-elles être déterminées au même titre ?

L’instinct des vers n’est pas totalement inflexible, permettant à certains individus de se distinguer du groupe

Pour répondre à ces questions vertigineuses, la neurobiologiste américaine Cori Bargmann commence petit : avec des vers microscopiques. Dans une récente étude, elle place 50 nouveau-nés dans autant d’environnements séparés, et observe à quels moments ils se mettent en quête de la nourriture. De façon frappante, une large majorité cherche à manger, s’interrompt et reprend de façon synchrone et aux mêmes stades de développement.

L’évolution des lemmings

Le rôle des gènes paraît déterminant : les vers utilisés ont tous le même génome, et de simples mutations ciblées permettent d’altérer leur comportement – ils recherchent plus tôt ou plus tard de la nourriture par exemple. Mais à côté de ça, une petite minorité adoptent spontanément des attitudes différentes. Selon C. Bargmann, le développement du système nerveux ou son activité chimique pourraient varier de façon aléatoire d’un vers à l’autre, et ainsi expliquer ces divergences. Mais surtout, ce constat appuie l’idée qu’une liberté même limitée serait essentielle à la survie d’une espèce : « D’un point de vue évolutif, illustre C. Bargmann, il n’est pas souhaitable que tout le monde se précipite du haut d’une falaise comme des lemmings – quelqu’un doit agir différemment. » En d’autres termes, l’individualisme n’irait pas à l’encontre des intérêts d’un groupe, mais lui permettrait au contraire de prospérer.

Shay Stern, Christoph Kirst et Cori Bargmann, « Neuromodulatory control of long-term behavioral patterns and individuality across development », Cell, vol. CLXXI, n° 7, 14 décembre 2017.

Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 303, mai 2018)

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Génétique : des “hommes moutons” en laboratoire

Des chercheurs ont implanté des cellules humaines dans un embryon animal. Objectif ultime : la création d’organes destinés à des greffes. Cet article est paru dans Ebdo (semaine du vendredi 9 mars 2018).

Une précédente expérience, en 2017, a consisté à implanter des cellules humaines (en rouge) dans un embryon de porc © Juan Carlos Izpisua Belmonte/Salk

Rassurez-vous, aucun scientifique n’a joué les docteurs Moreau en créant des animaux à tête humaine ; mais l’expérience reste spectaculaire. Une équipe de l’Université de Stanford a annoncé, mi février au congrès de l’Association américaine pour l’avancement des sciences, avoir cultivé des embryons de moutons dotés de 0,01 % de cellules humaines. Ce genre d’organisme “chimère” – composés de cellules ayant des origines génétiques différentes – a déjà été obtenu l’an dernier avec des porcs et des humains, et depuis 2010 avec des souris et des rats. Mais c’est la première fois que deux espèces aussi différentes sont mêlées avec succès.

Expérience interdite en France
Concrètement, les chercheurs commencent par prélever des cellules bien particulières sur un embryon humain. « Au tout début du développement, rappelle le biologiste Pierre Savatier*, directeur de recherche à l’Inserm, certaines ont la faculté de se transformer en n’importe quel type de cellule spécialisée – pour générer tantôt des neurones, tantôt des muscles, etc. » Lire la suite

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Pierre Savatier, le chercheur qui veut maîtriser le pouvoir des cellules souches

Voilà près de trente ans que ce biologiste réputé travaille sur les cellules souches pluripotentes, cellules à partir desquelles se forment tous les organes et les tissus d’un organisme vivant. Récemment récompensé par l’Académie des sciences pour ses travaux, il fait le point sur les espoirs que suscitent ces super cellules, notamment pour soigner un jour des maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson. Mais rappelle aussi la nécessité de soutenir la recherche fondamentale, sans laquelle aucune grande avancée ne peut se faire.

Ce portrait a été publié sur le site de Cortex Mag.

Université fédérale de Toulouse

Pierre Savatier ne court pas forcément après les résultats, mais cela ne l’a pas empêché de se faire remarquer. En octobre dernier, le biologiste, directeur de recherche à l’Inserm, s’est vu décerné par l’Académie des sciences et la fondation Ramsay, un prix pour ses travaux sur les cellules souches. Ces institutions délivrent chaque année deux récompenses dans le domaine de la thérapie cellulaire et de la médecine régénérative : l’une pour des découvertes ayant un intérêt thérapeutique direct et l’autre dédiée à la recherche fondamentale. Pierre Savatier s’inscrit dans la seconde catégorie. A l’heure où le pragmatisme gagne du terrain, en matière de financement de la recherche notamment, il tient à rappeler que d’immenses découvertes sont le fruit du hasard et de la sérendipité, et que de tels travaux finissent souvent par avoir un intérêt pratique. Ainsi, nos GPS et smartphones ne fonctionneraient pas si Einstein ne s’était penché sur les dilatations de l’espace-temps en se demandant ce qui arriverait s’il pouvait chevaucher un rayon de lumière !

Pionnier français des cellules souches pluripotentes

Pierre Savatier, lui, ne s’intéresse pas au cosmos, mais à l’embryon, germe de tout individu humain, mais aussi animal ou végétal. Son laboratoire est le seul en Europe à comparer directement les embryons de différentes espèces : souris, poulets, lapins… et hommes, bien sûr. Lire la suite

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Bébés “sur mesure” : oui, mais…

Les généticiens pourraient éliminer des maladies rares chez les enfants à naître, et même les éradiquer pour toute leur descendance. Mais de nombreux scientifiques appellent à la prudence et préconisent la tenue d’un moratoire avant d’aller plus loin. Où est le problème ? 

© epsos.de

wooden sculpture about science, genetics and human creativity

Cette enquête est parue dans Version Femina (n° 698, semaine du 17 au 23 août 2015). Un grand merci, pour leurs témoignages et analyses, à Juliette Dieusaert, présidente de l’Association française de l’ataxie de de Friedreich (AFAF), Pierre Le Coz, philosophe spécialiste de l’éthique, et Emmanuelle Rial-Sebbag, spécialiste de bioéthique et chargée de recherche à l’Inserm.

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Peut-on “améliorer” l’homme ?

Modifier le patrimoine génétique d’une personne pour lutter contre la maladie, voire “corriger des anomalies”, ne relève plus de la science-fiction. Dans un nouvel essai, Où va l’humanité ?, deux chercheurs font le point sur les enjeux bioéthiques.

Sur www.lyoncapitale.fr

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Balbutiant hier, le séquençage de l’ADN est en passe de devenir une opération courante. Toute personne a déjà la possibilité de mieux connaître son patrimoine génétique pour traiter d’éventuelles maladies : l’actrice Angelina Jolie a ainsi décidé de procéder à une mastectomie bilatérale après un test ayant confirmé une prédisposition au cancer du sein. Sa décision – très médiatisée – a dopé le marché des tests génétiques. La pratique se banalise tellement aux États-Unis qu’il est question de procéder à un séquençage systématique à la naissance : tous les bébés seraient soumis à un test qui permettrait de repérer des anomalies et d’élaborer des traitements en conséquence. Quatre projets de recherche ont été lancés sur cinq ans pour analyser les risques et les bénéfices de ces pratiques, parfois jugées eugénistes.

En France, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) doit se prononcer d’ici à l’été prochain. “Nous ne pouvons pas faire comme si ces progrès techniques n’existaient pas, résume Patrick Gaudray, directeur de recherches au CNRS. Mais nous ne devons pas non plus faire n’importe quoi sous prétexte qu’on le peut !”

Nouvelle liberté…

Il est d’ores et déjà possible de “corriger” un ADN jugé défaillant et, plus généralement, d’altérer le patrimoine génétique de quelqu’un. “C’est le principe de la thérapie génique, explique Catherine Bourgain, chargée de recherches à l’Inserm. Mais c’est un exercice complexe (…), pas facile de prévoir si un jour on arrivera à modifier l’ADN des fœtus pour modifier la couleur de leurs yeux. Et puis, faut-il vraiment essayer de le faire ?” Lire la suite

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