« Au-delà des collines » : un film anti-clérical ?

Film en sélection officielle au Festival de Cannes, son réalisateur roumain Cristian Mungiu se défend de charger l’Église orthodoxe. La plupart des critiques confirment.

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Deux amoureuses se sont perdues de vue, l’une est devenue nonne. C’est le point de départ du film roumain Au-delà des collines, présenté au festival de Cannes le 19 mai. Alina revient d’Allemagne, où elle s’était expatriée pour trouver du travail.

Quand elle retrouve Voichita sur le quai de la gare, elle ne parvient pas à contenir son émotion, malgré les exhortations de son amie. Elles ont suivi des routes différentes et cette scène en est la première image. L’écart se creuse encore lorsque Voichita emmène Alina dans le couvent où elle est accueillie. Alina juge le lieu moyen-âgeux et presse Voichita de partir. Cette dernière hésite mais l’amour de dieu est le plus fort, l’emportant sur cette relation teintée d’homosexualité. « Alina, c’est l’amour terrestre porté jusqu’à l’oubli de soi », analyse Pierre Murat dans Télérama (…) Mais Voichita a basculé ailleurs ; du côté de la loi, de la foi. Car il est doux, parfois, d’obéir aux certitudes des autres… »

Alina sombre peu à peu dans l’hystérie. Dans le couvent, un diagnostic se répand comme une traînée de poudre : possession démoniaque. Le réalisateur, Cristian Mungiu, s’est inspiré d’un fait divers : en 2005, en Moldavie, une femme victime de schizophrénie est retrouvée morte après qu’un prêtre et quatre religieuses ont voulu l’exorciser. L’ex-journaliste roumaine Natiana Niculescu Bran y a consacré un livre et a participé à l’écriture du scénario. « Ce n’est pas un film anti-clérical, estime-telle dans un entretien rapporté par LePetitJournal.com (…) C’est une histoire sur la solitude, l’abandon, la peur, la mort, une histoire dans laquelle chaque personnage a sa part de vérité et de raison. »

La plupart des critiques confirment que le film suspend tout jugement moral pour s’atteler à l’observation minutieuse des personnages. Selon le journal La Croix, il y a « une absence de parti pris qui, même si un certain visage de l’orthodoxie roumaine ne sort pas valorisé de ce récit, préserve de toute tentative de jugement, généralisation ou condamnation facile. » Quelques critiques de presse jugent néanmoins que le film charge pesamment l’Église, pour se contenter de rappeler que l’enfer est pavé de bonnes intentions : « La religion fait le mal au nom du bien, ironise Florence Colombani dans Le Point, 2h30 pour nous marteler ce message, c’est trop.  »

Dans une interview accordée au Figaro, le réalisateur Cristian Mungiu se défend : « Le film parle non seulement de l’obscurantisme de l’Église, mais de l’aveuglement d’une partie de la société roumaine. Cela vient à la fois d’un manque d’éducation et d’empathie. J’ai été frappé de voir que sur la liste des 464 péchés référencés par l’Église orthodoxe, aucun ne parle du péché d’indifférence. » S’il croit en Dieu, il se méfie dogmatisme : « Je n’en fais pas une interprétation littérale, explique-t-il. Le diable se manifeste de façon subtile. Il est parfois difficile de distinguer le bien du mal.  » Lui exhorte les spectateurs, notamment roumains, à voir le film et à se forger leur opinion propre. En France, la date de sortie n’a pas encore été communiquée.

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