La vision américaine du monde arabe sous le feu des critiques

Des rapports dénoncent une approche anti-islamique ou simpliste au sein de l’armée.

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Humiliation de prisonniers, Corans brûlés, bombardements hasardeux… Les médias font régulièrement écho aux bavures de l’armée américaine sur le terrain. En mai cependant, ils se seront attardés sur ce qui se passe en amont, dans les académies militaires notamment.

Jeudi 10 mai, le site d’information Wired dévoile l’enseignement anti-islamique d’un professeur du département de la défense, le lieutenant colonel Mattew Dooley. Dans le cadre d’un cours facultatif de huit semaines, dispensé depuis 2010 aux officiers au collège interarmées de Norfolk, en Virginie, il affirmait que les États-Unis devaient mener « une guerre totale contre l’islam ». Ses déclarations sont éloquentes : « Nous devons maintenant comprendre que l’islam modéré est une chimère », « Cette idéologie barbare ne sera plus tolérée. L’islam doit changer ou nous faciliterons son autodestruction. »

Concrètement, il envisageait l’utilisation d’une bombe nucléaire sur la Mecque ou Médine, à l’image des « précédents historiques de Dresde, Tokyo, Hiroshima, Nagasaki ». Le site Wired rappelle qu’en 2011 déjà, l’agent du FBI William Gawthrop jugeait lors d’une conférence que cibler Al-Qaeda n’était pas pertinent ; il fallait, d’après lui, s’attaquer à « l’idéologie islamique » elle-même. Les deux hommes ont depuis été suspendus de leurs fonctions. Le Pentagone s’est par ailleurs engagé à purger les cours et conférences de tout contenu anti-islamique, rapporte le site d’information de l’International Business Time.

Jeudi 3 mai, le Ministère de la défense s’était d’ailleurs livré à une autocritique. Le « Combating terrorist center » (CTC) de l’Académie de West Point a publié sur son site une partie des documents récupérés dans la résidence d’Oussama Ben Laden, lors de l’intervention de l’armée l’année dernière. Verdict du rapport : le leader islamiste « n’était pas, comme beaucoup le pensaient, celui qui tire les ficelles des groupes djihadistes à travers le monde ». Ses lettres livrent au contraire le portrait d’un homme isolé, dépassé par l’action des groupuscules à travers le monde — qu’il jugeait souvent « incompétents » —, incapable de diriger la stratégie militaire et médiatique d’Al-Qaeda… Autant de détails qui tranchent avec « l’ennemi public numéro 1 » dépeint sous la présidence de Georges W. Bush comme sous celle de Barack Obama.

Hasard de circonstances : le Pentagone annonce au même moment suspendre sa collaboration avec les studios Marvel, à l’origine du film Avengers, au motif que ce blockbuster donnerait une image irréaliste et néfaste de l’armée — le ministère de la défense prête régulièrement du matériel pour les besoins du cinéma. Ces rapports montrent pourtant que les plus hautes autorités peuvent également pêcher par simplisme idéologique.

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