Psychanalyse : antisémite toi-même !

Tous antisémites… Il aura fallu peu de temps pour que le débat sur la psychanalyse n’atteigne le « point Godwin », soit l’idée qu’une polémique s’envenime jusqu’à la comparaison de l’adversaire aux nazis. Dans Le crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne (Grasset, 21 avril 2010), Onfray analyse notamment L’homme Moïse et la religion monothéiste (1939), un essai de Freud, et conclut à l’antisémitisme de l’auteur et fondateur de la psychanalyse. « Si Freud a raison, cet étrange livre autorise une variation supplémentaire sur la “haine de soi juive” chère à Lessing en montrant un juif antisémite ».

Élisabeth Roudinesco tient un propos inverse dans une interview qu’elle donne au Nouvel Observateur. À la question « quelle est la particularité de la critique de Freud en France ? », l’historienne de la psychanalyse répond : l’antisémitisme plus ou moins larvé.  « Il y a bien souvent en France une jonction inconsciente entre antifreudisme, racisme, chauvinisme et antisémitisme, fondée sur la haine des élites et le populisme […] Les éternels complots et affabulations attribués aux psychanalystes sont douteux : on voit l’oeil, la main et le nez de Freud partout… »

Dans Droit naturel et histoire (1953), le philosophe Léo Strauss a critiqué de telles invectives en quelques mots d’une redoutable efficacité : « nous devrons éviter l’erreur, si souvent commise ces dernières années, de substituer à la reductio ad absurdum la reductio ad Hitlerum. Qu’Hitler ait partagé une opinion ne suffit pas à la réfuter. »


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Le débat Onfray/Miller publié dans le numéro de février de Philosophie magazine
La vidéo de ce débat, sur Philosophies.tv

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