Devenez-vous même, c’est-à-dire soldat…

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L’armée de terre fait dans le concept. Mercredi 3 février, elle a lancé une vaste campagne de recrutement centrée sur le slogan « devenez vous-même », avec, à la clé, une série de questions existentielles : « cohésion, fraternité d’armes / Pour vous, c’est quoi la confiance ? » ou encore « Leadership / Vous faites comment pour qu’ils vous suivent ? ».

Dans une rhétorique d’inspiration nietzschéenne, cette campagne valorise le dépassement de soi, c’est-à-dire « avant tout la volonté de mieux se connaître, de progresser, d’agir, explique le site internet www.devenezvousmeme.com. Le quotidien du soldat, c’est mettre en pratique cette volonté : repousser ses limites physiques, intellectuelles, techniques, morales […] Mais attention ! Un soldat n’est pas un surhomme ! » À l’image de l’homme dépeint dans Ainsi parlait Zarathoustra (I. §3-4) – « quelque chose qui doit être dépassé » – le soldat serait en quelque sorte « une corde, entre bête et surhomme tendue ».

Pas question de prôner le libre épanouissement de soi pour autant. D’ailleurs, « on ne naît pas soldat, on le devient ! », nuance l’armée dans un touchant hommage à Simone de Beauvoir. Retour à la réalité donc : soldat est un métier difficile et contraignant. Mais « si vous êtes motivés, si vous travaillez dur, vous progresserez, vous réussirez. Ce sont les seules conditions pour devenir soi-même ! ».

Comment devenir ce que l’on est si l’on est ce que l’on devient ? La même ambiguïté se présente dans l’oeuvre de Nietzsche. D’un côté, l’auteur du Gai savoir et de Ecce homo reprend à son compte l’injonction du poète grec Pindare dans les Pythiques (II. 72) : « deviens qui tu es » ou « deviens ce que tu es ». De l’autre, la critique du sujet humain comme origine est omniprésente dans ses essais. Faut-il s’engager comme volontaire dans l’armée, comme Nietzsche en 1870, pour résoudre cette difficulté ?

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