Archives de Tag: pop philosophie

Qu’est-ce que la pop’philosophie ?

Dans les années 1970, Gilles Deleuze rêvait d’inventer une pop’philosophie, encore nommée pop’analyse, mystérieusement décrite comme une sorte de « lecture en intensité », de « branchement électrique » sur les livres et les idées. Cette idée semblait lui tenir à cœur. Il y revient à quatre ans d’intervalle, fait éditer les rares textes évoquant ce projet sans le mener à bien. Aujourd’hui la pop’philo est partout : sur les étals des libraires, dans les médias et les festivals culturels. L’idée est de passer un objet populaire – films, séries télé, romans d’aventures, hits de musique… – au crible de la philosophie académique. Sans condamner cette mode, Laurent de Sutter entend néanmoins revenir à l’intention première de Deleuze pour en tirer un autre programme. La pop’philosophie ne naît pas seulement de la rencontre d’un produit léger avec un outil savant, relève-t-il, elle consiste à s’immerger au cœur de n’importe quel objet de recherche – populaire comme rébarbatif – pour en faire quelque chose de plus excitant et en multiplier les significations. C’est un peu comme aller dans une boîte, imagine L. de Sutter, en faire déborder le contenu et l’ouvrir ainsi sur l’extérieur : « Pop est le bruit que fait la boîte lorsque le couvercle saute », quand de nouveaux liens peuvent s’établir avec le dehors et ainsi transformer l’objet ou l’idée de départ. L. de Sutter montre en quoi cette conception s’inscrit plus fidèlement dans le combat de Deleuze contre la « rationalité froide » et universitaire, pour une appréhension dynamique et non statique des objets de pensée, et est conforme à son projet de transformer la pratique philosophique de l’intérieur. Cet essai dense, à l’argumentation serrée, déploie une pensée originale et libre, parfois même critique de son principal inspirateur.

Cet article est paru dans Sciences Humaines ( n°313 – avril 2019), à retrouver en ligne !

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Pourquoi les super-héros fascinent-ils tant ?

Blockbusters, séries télé, bandes dessinées et même expositions au musée… Les surhommes en collant rencontrent un incroyable succès depuis leur renaissance au cinéma au début des années 2000, comme en témoigne encore la sortie de Justice League mercredi 15 novembre. Ce grand raout de justiciers jusque-là éparpillés dans différents opus – Superman, Batman, Wonder Woman… – constitue un point d’orgue pour les fans et l’un des films les plus attendus de la rentrée.

Les essais et détournements mêlant philosophie et super-héros se multiplient

Selon Laurent de Sutter, professeur en théorie du droit et directeur d’un ouvrage dédié, « cet engouement témoigne d’une démocratisation progressive de l’héroïsme ». Celui-ci n’apparaît plus comme l’apanage de demi-dieux lointains et inaccessibles, incarnant de façon flatteuse une civilisation américaine triomphante au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Les films actuels mettent en scène des hommes, certes dotés d’incroyables pouvoirs, mais à bien des égards ordinaires. Lire la suite

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Les Simpson étudiés à la fac de philo

Aristote aurait-il considéré Homer Simpson comme un modèle de vertu ? Le philosophe John Donaldson abordera cette question et bien d’autres en janvier, à l’université de Glasgow, lors d’un cours consacré au célèbre dessin-animé américain – « monument aux absurdités de l’existence humaine », selon le descriptif.

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Les idées de Camus, Kant ou encore Mill se conjugueront aux péripéties de Bart, Marge et Lisa, permettant à un public pas forcément versé en humanités de goûter aux joies de l’éthique et de la pensée politique. « Les Simpson est l’un des objets culturels les plus populaires du monde moderne, notamment parce qu’il est pétri de philosophie », assure J. Donaldson, rappelant que leur créateur a lui-même suivi des études en la matière. Matt Groening a effectivement bûché sur Nietzsche ou Kierkegaard à l’Evergreen State College de Washington – sans toutefois valider son cursus – et reconnu une influence sur son travail. L’une de ses premières œuvres, une bande dessinée intitulée Life in Hell, s’inspirait du chapitre « How to go to Hell », tiré de l’essai Critique of Religion and Philosophy du philosophe américain Walter A. Kaufmann (1958). Lire la suite

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Une société pas si athée

Notre société de loisirs et de consommation n’est pas si “désenchantée” et matérialiste qu’on ne le pense ; elle est au contraire l’expression de valeurs religieuses, elles-mêmes héritées des écrits de Martin Luther au XVIe siècle. Les slogans des grands produits culturels (“just do it”, “enjoy”) comme les sermons des blockbusters – « you don’t believe, that’s why you fail », prêche maître Yoda dans Star Wars – sont loin d’être aussi athées qu’on ne le pense. Telle est la thèse paradoxale que défend Mark Alizart dans un essai érudit sur la Pop Théologie (PUF), retraçant cinq siècles d’histoire pour mieux anticiper la prochaine grande “Réforme” du monde occidental.

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Cet entretien est paru dans Le Monde des religions (n°73, septembre -octobre 2015). Pour le retrouver en ligne, cliquez ici.

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Bienvenue en pop’philosophie !

Proposer de nouvelles façons de penser en s’appuyant sur la culture de masse : c’est le pari d’une nouvelle génération d’intellectuels friands de performances conceptuelles.

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Cette enquête est parue dans un numéro spécial de Sciences Humaines dédié à la philosophie aujourd’hui. À retrouver en kiosque ou en ligne !

Merci aux nombreux pop’philosophes et chercheurs qui ont pris le temps de répondre à mes questions : Thibault de Saint-Maurice, Laurent de Sutter, Philippe Nassif ou encore Richard Mèmeteau, sans oublier le créateur de la Semaine de la Pop philosophie de Marseille, Jacques Serrano. Merci également à Maël Guesdon pour ses éclairages sur la pop’philosophie chez Gilles Deleuze.

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C’est l’histoire d’un philosophe au Grand Journal

Ex-chroniqueur au Grand Journal de Canal+, Ollivier Pourriol revient sur une année d’incompréhensions et de tensions entre deux univers qui semblent incompatibles. Difficile d’être “intelligent, mais pas trop” en access prime time.

Sur www.lyoncapitale.fr

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Un philosophe a-t-il sa place à la télévision ? Pas n’importe où, affirme Ollivier Pourriol, qui vient de publier un livre sur son expérience de chroniqueur au Grand Journal de Canal+. Agrégé de philosophie, il estime avoir échoué à se conformer au rôle d’“intello de service” de l’émission. Dès l’entretien d’embauche, c’est un dialogue de sourds : “Dans votre format, vous êtes sûr que ça peut entrer ? demande le philosophe. – Ça dépend de toi, répond le rédacteur en chef. Tu as envie d’y rentrer ?” Tout le problème est là : Ollivier Pourriol veut philosopher à la télévision, tandis que Canal+ veut “grand-journaliser”, pour ainsi dire, sa philosophie. Ça ne va pas marcher.

Il voulait faire du journalisme d’idées…

L’universitaire se bat pour obtenir une chronique d’une minute, alors qu’on lui demande d’arracher la parole sur le plateau, quitte à bousculer les invités : “Fais-les réagir. C’est tout ce qui compte.” L’oreillette lui inflige de cruels rappels à l’ordre. Ses interventions sont coupées au montage. Il n’a même pas le temps de lire les livres qu’il doit présenter en direct. Il suffit de les “respirer”, lui conseille un collègue, de regarder le début, la fin et la page 100 : “Quelqu’un qui arrive à la page 100, c’est qu’il a lu le livre.” C’est la désillusion. “Je voulais faire du journalisme d’idées à l’anglo-saxonne”, explique-t-il au journal Le Monde, à la manière de Malcom Gladwell dans le New Yorker. Il est plus souvent resté mutique sur le plateau. Lire la suite

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