Pourquoi les super-héros fascinent-ils tant ?

Blockbusters, séries télé, bandes dessinées et même expositions au musée… Les surhommes en collant rencontrent un incroyable succès depuis leur renaissance au cinéma au début des années 2000, comme en témoigne encore la sortie de Justice League mercredi 15 novembre. Ce grand raout de justiciers jusque-là éparpillés dans différents opus – Superman, Batman, Wonder Woman… – constitue un point d’orgue pour les fans et l’un des films les plus attendus de la rentrée.

Les essais et détournements mêlant philosophie et super-héros se multiplient

Selon Laurent de Sutter, professeur en théorie du droit et directeur d’un ouvrage dédié, « cet engouement témoigne d’une démocratisation progressive de l’héroïsme ». Celui-ci n’apparaît plus comme l’apanage de demi-dieux lointains et inaccessibles, incarnant de façon flatteuse une civilisation américaine triomphante au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Les films actuels mettent en scène des hommes, certes dotés d’incroyables pouvoirs, mais à bien des égards ordinaires. « Spider-man se demande comment déclarer sa flamme à Mary Jane, Iron man quel usage faire des nouvelles technologies, Captain America s’il doit toujours obéir à ses chefs…, énumère L. de Sutter. Cette psychologisation des héros les a rapprochés de nos préoccupations quotidiennes. »

À l’autre versant, côté spectateurs, l’idée que chacun de nous pourrait devenir exceptionnel en exploitant des forces tapies en lui, souvent insoupçonnées, est devenue prégnante depuis les années 1970 – par exemple dans le développement personnel ou le management libéré. « Les films de superhéros font écho à cet idéal d’un individualisme tout puissant, résume L. de Sutter. Ils transfigurent nos atermoiements et nos hésitations lorsqu’on s’entend dire que rien ne nous est impossible. » Plus que de simples divertissements, ils mettent en scène nos difficultés constantes à concilier une vie ordinaire et des aspirations démesurées, et à rester ce que l’on est tout en devenant quelque chose de plus, séduisant ainsi des millions de spectateurs à travers le monde.

À lire pour aller plus loin :

Cet article est paru dans Sciences humaines (n° 297 – novembre 2017)

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Livres, Loisirs, Philosophie

Les commentaires sont fermés.