Tuer une personne ou en laisser mourir cinq, le jeu

Dans le feu de l’action, les hommes sont plus pragmatiques qu’ils ne l’imaginent, montre une expérience reproduisant « le dilemme du tramway » sous forme de jeu vidéo.

Sur www.scienceshumaines.com

 © Herve "Setaou" BRY sur Flickr

© Herve « Setaou » BRY sur Flickr

Les freins de votre voiture lâchent : si vous ne faites rien, cinq personnes seront tuées ; si vous braquez à gauche toute, vous provoquerez la mort d’un piéton. Que choisissez-vous ? C’est le genre de question que pose la philosophie morale pour mieux comprendre comment fonctionnent les hommes. Paradoxalement, une majeure partie des personnes interrogées choisissent la première option : elles préfèrent ne rien faire et laisser cinq personnes mourir plutôt que de tuer volontairement quelqu’un en braquant le volant.

Le problème de ces dilemmes abstraits, objecte un groupe de psychologues dans une étude publiée en début d’année, c’est qu’ils ne correspondent pas à la réalité. En pratique, on a beaucoup moins de temps pour réfléchir et on est submergé par le problème. Pour pallier cette difficulté, ils ont reproduit les dilemmes sous forme de jeu vidéo et ont comparé les réactions avec les réponses données sur le papier. Ça n’est certes pas une mise en scène réelle, mais ça s’en approche. Et les résultats sont surprenants ! Beaucoup font le contraire de ce qu’ils pensent – ils choisissent de tuer volontairement une personne plutôt que d’en laisser mourir cinq par exemple.

« Dans une situation hypothétique et donc moins chargée émotionnellement, conclut l’étude, la réponse est déontologique : l’aspect moral d’une action est considéré indépendamment de ses conséquences pratiques. À l’inverse, quand nous sommes réellement confrontés à la même situation, nos décisions dépendent moins de nos convictions éthiques. » Dans l’exemple de l’accident de voiture, ce n’est peut-être pas plus mal, mais ça n’est pas sans revers : lorsqu’une personne trouve un portefeuille dans la rue, elle sera peut-être moins encline qu’on ne le pense à retrouver le propriétaire qu’à prendre l’argent – utilitarisme oblige.

À lire : Indrajeet Patil et al., « Affective basis of judgment-behavior discrepancy in virtual experiences of moral dilemmas », Social Neuroscience, vol. IX, n° 1, février 2014.

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