Polémique sur le sexe de dieu

Un débat politique inattendu sur le genre de Dieu fait rage en Allemagne. Anecdotique, la querelle n’en est pas moins révélatrice de l’air du temps.

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En Allemagne, les politiques débattent… du genre de dieu. C’est un entretien avec la ministre de la famille, Kristina Schröder, accordé à l’hebdomadaire Die Zeit, qui a mis le feu aux poudres. Alors qu’on lui demandait s’il était difficile de parler de dieu au masculin à une petite fille, la ministre a rétorqué : « L’article est sans signification, on pourrait aussi dire das liebe Gott », autrement dit recourir au genre neutre. La langue allemande connaît en effet un troisième genre grammatical : ni masculin — on dirait der liebe Gott — ni féminin (die).

Cette subtilité a soulevé un tollé, notamment chez les membres de l’Union chrétienne démocrate, le parti conservateur au pouvoir. Pour beaucoup de croyants, dieu est « le Père », et l’interprétation de Kristina Schröder relève du politiquement correct si ce n’est de la « sottise intellectuelle ». Mais la ministre tient bon et fait savoir, par le biais de son porte-parole, que dieu n’était « bien évidemment » ni homme ni femme, citant plusieurs ouvrages du pape Benoît XVI pour appuyer ses dires.

Cette actualité est révélatrice d’une tendance de fond. Comme l’explique l’historien Jacques Dalarun dans Dieu changea de sexe, pour ainsi dire (Fayard, 2008), la religion s’est féminisée au cours de son histoire. Alors qu’elle était plutôt patriarcale, entre l’Antiquité et le haut Moyen Age, elle s’est ouverte aux femmes au tournant des XI et XIIe siècles, et surtout au XIIIe, avec l’émergence d’une iconographie qui leur fait une meilleure place. Conséquence logique : ce renversement atteint parfois « une vision de l’humanité au-delà des genres ».

Le débat allemand est en outre dans l’air du temps : de plus en plus de pays européens ouvrent le mariage civil aux couples de même sexe ; l’égalité entre les hommes et les femmes est sur le devant de la scène depuis un demi siècle… La différence sexuelle fait débat à bien des égards. Et dès lors que, comme l’avance le philosophe Nietzsche notamment, l’homme et dieu sont corrélatifs, si l’un n’a pas de genre, l’autre n’en aurait peut-être pas non plus.

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Classé dans Histoire, Politique, Religion, Société

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