Syrie : un cheikh face à Bachar al-Assad

Récemment élu, le nouveau chef de l’opposition à Bachar al-Assad est un ancien imam. Présenté comme « un modéré », il est critiqué pour sa proximité avec les Frères musulmans.

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Moaz al-Khatib, à droite, félicité par Haytham al-Maleh © Osama Faisal / AP / SIPA

Ahmad Moaz al-Khatib a été élu, dimanche 11 novembre, à la tête de l’opposition syrienne. Ancien imam de la mosquée des Omeyades de Damas, il était le seul candidat en lice pour le poste de président de « la coalition nationale » — un regroupement des principaux mouvements d’opposition au président Bachar al-Assad. Il s’était réfugié en Égypte depuis environ trois mois, après avoir été arrêté plusieurs fois pour ses critiques envers le régime. D’anciens députés et hommes d’affaires ont été élus à des postes subalternes.

Selon l’AFP, al-Khatib est connu pour être un religieux modéré. Sa position est celle d’un « islamiste dynamique et progressiste, populaire à Damas et dans le reste de la Syrie », renchérit pour l’agence Reuters Mazen Adi, militant des droits de l’homme qui a travaillé avec le cheikh avant le début du soulèvement populaire. « Ce n’est pas un djihadiste à la gâchette facile et il peut aider à contenir les groupes extrémistes. » Des représentations spécifiques devraient être réservées, au sein de la coalition nationale, aux femmes, aux Kurdes, aux chrétiens ou encore aux alaouites.

Sollicité par France 24, le président du Comité national pour le changement démocratique, Haytham Manaa, confirme la bonne réputation du personnage, mais s’interroge : la Syrie doit-elle être représentée par des religieux ? « Ce modéré, bien qu’il se dise indépendant, ne peut aller dans le sens contraire voulu par les conservateurs islamistes qui ont la mainmise sur cette coalition », affirme-t-il. Pour beaucoup d’observateurs, en effet, les Frères musulmans, soutenus par le Qatar, sont devenus les acteurs incontournables de l’opposition.

Pour Fabrice Balanche notamment, directeur du groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient, professeur à Lyon 2, « il n’est guère surprenant de voir à sa tête un de leurs compagnons de route, proche de leur idéologie, qui défend lui aussi un islam politique. » Toutefois, « il serait surprenant qu’il ait une réelle influence sur les choix stratégiques de l’entité. » Pour l’heure, le cheikh cherche à obtenir la reconnaissance des pays arabes et des Nations unies. Washington, Paris et Londres, la Ligue arabe et les six monarchies du Conseil de coopération du Golfe ont d’ores et déjà exprimé leur soutien.

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