Le sexe peut-il réconcilier Israéliens et Palestiniens ?

Dans un documentaire* à paraître en septembre, la réalisatrice Yolande Zauberman demande aux Israéliens s’ils pourraient avoir une relation sexuelle avec un Arabe, et aux Palestiniens s’ils le pourraient avec un Juif.

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Une petite caméra numérique à la main, la réalisatrice Yolande Zauberman pose une même question aux Israéliens de Tel Aviv – Jaffa : pourriez-vous avoir une relation sexuelle avec un Arabe ? Le résultat est un patchwork de témoignages intimes. Les uns répondent par la négative avec une gêne dans le sourire. « C’est peut-être raciste, mais… » Mais la guerre, l’histoire, l’éducation, la religion ; autant de concepts abstraits qui peuvent se muer en difficultés pratiques. « C’est débandant, lâche paradoxalement une jeune femme dans une boîte de nuit. J’aurais peur de tomber amoureuse, parce que ça poserait des problèmes après… » Un jeune homme s’imagine, lui, assailli par les grands frères d’une amante palestinienne.

Barman, un Arabe israélien remarque que « c’est presque un crime d’être un couple mixte ». Lui est issu d’une famille libérale et a vécu sans difficulté avec une Juive… jusqu’à ce que leurs désaccords sur l’histoire du pays ne les séparent. « Elle est devenue une sorte de sioniste extrémiste », tranche-t-il. Des années plus tôt, un karatéka arabe a eu des problèmes avec le mouvement des panthères noires palestiniennes, parce sa petite amie était juive ; il raconte comment la milice l’a emmené dans une grotte pour l’interroger et l’encourager à rompre. Aujourd’hui, même de jeunes arabes athées donnent une réponse mitigée et chantent comme si c’était un drame : « I’m in love with a Jew ».

« Les gens savaient qu’on avait une question à poser, mais ignorait toujours laquelle », confie la réalisatrice. « Souvent je retardais le moment très longtemps (…) jusqu’à atteindre cette sorte d’épuisement qui permet d’arriver à un autre langage, celui du désir, de la répulsion et des blocages. » Effet réussi : les personnes interrogées se lâchent, improvisent et se remettent en question. Après avoir répondu « oui » et fait l’apologie de la tolérance, la fille d’un politique israélien reconnaît qu’elle même a des préjugés : si une bagarre éclate dans une boîte de nuit, elle se demande spontanément pourquoi les videurs n’ont pas filtré les Arabes à l’entrée… En même temps, elle se dit qu’un tel filtrage s’appliquait peut-être à ses ancêtres, victimes de l’antisémitisme européen. « Je me sens hypocrite », conclut-elle, visiblement déchirée.

Ce documentaire marque aussi l’ultime apparition de l’acteur juif et palestinien Juliano Mer-Khamis, assassiné par balles le 4 avril 2011 à Jénine. « J’aime les seins, pas les Arabes ou les Juifs ! », s’emporte-t-il dans un élan naturaliste. S’il ajoute que l’amour seul ne résoudrait pas le conflit israélo palestinien, c’est comme pour rappeler que, réciproquement, les sentiments ne sont pas politiques. Un exemple revient tout au long du film : vous rencontrez quelqu’un, vous tombez amoureux… et vous apprenez qu’il est de l’autre bord, que faites-vous ? Beaucoup s’accommodent d’un interdit collectif qui — ce film le montre — pèse dans beaucoup de consciences ; certains le défendent même. Des couples mixtes envisagent au contraire de fuir le pays et leurs familles respectives. Entre ces deux extrêmes, des Juifs et des Arabes aimeraient juste avoir des relations sexuelles, sans se poser de question.

* Would you have sex with an Arab ?, un film de Yolande Zauberman, 85 mn, sortie prévue le 12 septembre 2012.

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