« L’étranger musulman » au coeur du débat Sarkozy-Hollande

Nicolas Sarkozy et François Hollande se sont livrés à un dialogue de sourds sur la question de l’islam de France. Pour cause: leurs conceptions de l’identité divergent du tout au tout.

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© Philippe Wojazer – Patrick Kovarik / AFP

L’immigration a donné lieu à quelques confusions entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. Les repères étaient brouillés entre l’immigré en situation légale, celui entré illégalement sur le territoire, l’étranger, l’enfant d’immigrés, le Musulman, etc… Si la sociologie française distingue ces catégories, elles furent assimilées les unes aux autres de façon hasardeuse lors du débat.

Dès le début, alors que l’échange porte sur les titres de séjour, le candidat UMP embraye sur l’expulsion des étrangers en situation irrégulière. « Ça n’a rien à voir », tempête aussitôt son opposant : la question du juge, c’est par rapport à l’immigration illégale pour favoriser ou faciliter l’expulsion. » De même, sur le droit de vote des étrangers aux élections municipales, Nicolas Sarkozy fustige immédiatement « une montée des pressions communautaires », « une radicalisation et une pression d’un islam de France » : « refuser de le considérer, c’est refuser de voir la réalité ».

Le candidat PS ironise sur cette association d’idées entre étranger, musulman, et communautariste : « Je vous fais d’ailleurs observer, rétorque-t-il, qu’il y a des Français qui sont de culte musulman aujourd’hui. Est-ce que ces Français-là font des pressions communautaires ? »

L’échange qui s’ensuit — sur la viande halal dans les cantines scolaires ou les horaires aménagés en piscine, le voile intégral etc., — confirme que la confusion est totale entre immigré, enfant d’immigré et musulman.

L’art d’avoir toujours raison

Sur le plan rhétorique, les deux candidats recourent à trois stratagèmes décrits par le philosophe Arthur Schopenhauer (1788 – 1860) dans L’art d’avoir toujours raison. Nicolas Sarkozy utilise le premier et le plus fréquent : l’extension.

« Il s’agit de reprendre la thèse adverse en l’élargissant hors de ses limites naturelles (…) tout en maintenant les limites de ses propres positions aussi restreintes que possible. » Concrètement, le candidat UMP élargit la notion d’étranger à tous les musulmans, y compris des Français, et restreint son point de vue à la seule question de revendications communautaires.

François Hollande riposte avec le stratagème n°VII : « L’idée est de poser beaucoup de questions à large portée en même temps, comme pour cacher ce que l’on désire faire admettre. On soumet ensuite rapidement l’argument découlant de ces admissions. » En l’occurrence, la candidat PS poussait son adversaire à récuser l’amalgame.

Nicolas Sarkozy contre-attaque avec le stratagème n°XXIII, qui revient à dire : c’est peut-être vrai en théorie, mais en pratique ça ne marche pas. « Les premières communautés étrangères en France sont algériennes, sont tunisiennes, sont marocaines, sont maliennes, assène-t-il, elles ne sont pas de l’autre côté de l’Atlantique. »

Un certaine idée de la France

En toile de fond, une certaine idée de la France était en jeu. Contrairement à d’autres pays, anglo-saxons notamment, la République ne reconnaît pas d’autre identité que la nationalité. La couleur de peau, l’origine ethnique, l’appartenance communautaire… Rien de tout cela ne peut faire l’objet d’un recensement par exemple.

Certains chercheurs, comme la démographe Michèle Tribalat par exemple, demande le droit d’utiliser des critères ethniques pour mieux coller à la réalité. La communauté scientifique y reste opposée dans sa majorité, jugeant ces considérations trop subjectives.

L’État considère également qu’il faut faire abstraction des « origines » pour traiter les citoyens de façon égalitaire. Cette ligne de fracture s’est retrouvée hier soir : François Hollande s’accrochait à une conception traditionnelle de l’identité nationale, tandis que Nicolas Sarkozy introduisait des considérations communautaires.

Une question pour trancher aurait été : pour ou contre la prise en compte d’une origine dans le débat sur l’immigration, et quelle « origine  » le cas échéant ? Mais elle n’a pas été posée.

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