Illustration, stigmatisation ?

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Sur le site de l’UMP, une photographie utilisée pour un article sur la délinquance attise un soupçon de racisme larvé. Retour sur les présupposés logiques de cette polémique.

Stigmatisation ou coïncidence malheureuse ? Le site internet de l’UMP est critiqué pour avoir illustré un article, « Délinquance des mineurs : en finir avec l’angélisme », avec la photo de jeunes hommes à la peau noire, vêtus d’une façon caractéristique. Le blog Al Kanz met l’image en exergue samedi 23 janvier, dénonçant avec ironie l’amalgame : « À l’UMP […] les mineurs sont forcément noirs. ». Le cliché buzze sur internet : bien que retiré du site de l’UMP le lundi suivant, il est partout. Mardi, le très médiatique président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), Patrick Lozès, publie un billet sur son blog et dénonce à son tour « L’assimilation systématique des jeunes Noirs à des délinquants […] Est-il a acceptable que le plus grand parti de France se laisse aller à de telles dérives aux connotations nauséabondes ? ». L’accusation de racisme larvé fait florès. Mutique dans un premier temps, l’UMP a finalement réagi sur Le Post. Le porte-parole adjoint, Dominique Paillé, y déclare : « ce n’est pas parce qu’il y a des Noirs sur la photo qu’il y a stigmatisation ! Je suis assez surpris par cette polémique. Et s’il n’y avait eu que des Blancs, il n’y aurait pas eu de drame ». Cette argumentation trouve un certain écho. Dans les commentaires qui émaillent les différents articles sur ce sujet (voir par exemple ceux du journal Le Monde), des internautes dénoncent « l’angélisme » qui consiste à nier que la majorité des délinquants soient à l’image de cette photo.

Dans son Enquête sur l’entendement humain (1748), David Hume montre en quoi la réunion de deux termes, en l’occurrence cette image et l’idée de délinquance, peut revêtir tour à tour l’aspect d’une « association » et d’une « connexion ». Dans le premier cas, qui correspond à l’argument de Dominique Paillé, la réunion est purement circonstancielle : un délinquant se trouve par ailleurs être un jeune homme à la peau noire et portant certains habits, mais les deux ne sont pas nécessairement liés. Dans le second cas, que les détracteurs de l’UMP mettent en accusation, on épouse un raisonnement de la forme : « si c’est un jeune homme à la peau noire et vêtu d’une certaine façon, alors c’est un délinquant ». Il est extrêmement difficile de discerner ces deux interprétations, car elles ont une origine commune, l’expérience, et relèvent toutes deux de la croyance. Elles se conjuguent même dans certains esprits : chez ceux qui, par exemple, estiment que les jeunes hommes de couleur noire ne sont pas tous des délinquants, mais que beaucoup de délinquants sont tels. Ce dernier raisonnement relève d’une association coutumière qui prend l’aspect d’une connexion logique. Hume permet cependant de faire une différence. Contrairement à l’association, la connexion se manifeste comme une certaine anticipation. Exemple : à la vue d’un jeune homme à la peau noire, on suppose aussitôt qu’il commettra un délit. Or c’est bien ce qui s’est passé sur le site de l’UMP, puisque les protagonistes sur la photo ne commettent aucun acte délictueux : ils marchent dans la rue, discutent peut-être ; ils ne vandalisent rien et n’agressent personne. Et pourtant leur seule image illustre un article sur la délinquance, comme si de celle-ci on pouvait inférer immédiatement une telle idée. Ainsi, contrairement à ce qu’affirme Dominique Paillé, cette photo et ce titre procèdent bien d’un lien de cause à effet, entre un stéréotype visuel et une idée, et non d’une simple association circonstancielle.

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