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Nomades : « Le gouvernement réactive une opposition qui n’a plus cours »

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Selon Thierry Paquot, philosophe spécialiste de l’urbanisme, l’Occident a longtemps nourri une certaine méfiance vis-à-vis des peuples sans terre. Mais cette tendance s’inverse.

« Gens du voyage », « Roms », « migrants », « sans domicile fixe » : avons-nous peur du nomadisme ?

La culture occidentale est marquée par une dévalorisation de celui qui erre. Dans l’Ancien Testament, Caïn, l’agriculteur, le sédentaire, assassine son frère Abel, le berger itinérant. Il est alors condamné à fuir dans le pays de Nod (qui en hébreu signifie « errance »), une malédiction en l’occurrence. De même, dans le mythe de Babel, les nomades décident de se sédentariser, de créer une ville, une tour. Mais Dieu confond leurs langues pour les punir de leur orgueil. L’incommunicabilité entre eux provoque alors des divisions et… leur dispersion. Ces mythes attestent d’une crainte de celui qui n’est pas stabilisé, tandis que l’homme bien installé, celui qui fait souche, est valorisé. En France, à la Restauration, par exemple, le droit de vote n’est accordé qu’aux grands propriétaires. On considère qu’ils sont dotés d’un plus grand sens de la responsabilité politique, puisqu’ils ont su maintenir leur capital et le faire fructifier. De ce point de vue, la valeur d’un individu provient de sa propriété, statut défendu haut et fort par la Déclaration des droits de l’homme… Le nomade (en latin nomadis, du grec nomas, dérivé du verbe nemein, « faire paître ») est ce berger qui accompagne son troupeau au gré des pâturages, sa mobilité est sa vraie richesse, mais les nantis le craignent, ils préfèrent ceux qui possèdent un domaine et s’y « bunkérisent » !

Pourtant, le fait de bouger tout le temps et de voyager partout est plutôt bien vu aujourd’hui ?

En effet, il y a eu un retournement de situation avec la mondialisation, la généralisation des flux et l’apologie de l’individu « réseauté ». Le sédentaire passe alors pour inactif, improductif. Il ne « progresse pas », stagne, reste scotché à son territoire et dépérit. Au contraire, l’homme « branché » voyage tout le temps, il est partout chez lui tout en étant ailleurs. Il y a quelques années, en préparant l’article « Éloge du luxe. De l’utilité de l’inutile », j’ai consulté de nombreuses enquêtes sur ce que représentait le luxe pour tel ou tel public et, à mon étonnement, la propriété d’un objet de valeur (diamant, tableau de maître…) s’effaçait devant la possibilité de « faire une folie » instantanément, sans être dépendant d’un patrimoine justement. Mobiliser n’importe quel moyen, n’importe où et n’importe quand : voilà le vrai pouvoir ! À présent, le gouvernement réactive une opposition entre nomades et sédentaires qui n’a plus cours  — le président lui-même soignant son image d’éternel « agité du global » —, en procédant d’ailleurs à des amalgames aberrants, entre Roms et gens du voyage par exemple. Prenez la déclaration du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux : « Un certain nombre de nos compatriotes sont parfois un peu surpris quand ils voient de très grosses cylindrées tirer des caravanes. » Cela laisse entendre qu’un forain ne pourrait pas s’offrir une belle voiture et une caravane neuve ! La suspicion colle à la peau de cette population comme la glaise aux bottes du laboureur.

Comment expliquer cette ambivalence ?

L’analyse du mot « habiter » offre une piste. Il est emprunté au verbe latin habitare qui signifie « demeurer », « rester quelque part », mais aussi « avoir souvent », comme l’atteste son dérivé « habitude ». Or le verbe « habituer » est la traduction du latin habituari qui signifie aussi « avoir telle manière d’être ». Au début du XIXe siècle, « l’habitat » est un terme de botanique qui désigne le territoire d’une plante à l’état naturel. Cette acception est peu à peu généralisée au « milieu » dans lequel l’homme évolue. Jusque-là, la « manière d’être » est donc corrélée au fait de rester quelque part, d’être enraciné en un terroir. Cependant, une coupure commence à s’opérer à l’époque moderne. Le sociologue Georg Simmel définit l’homme comme « l’être-frontière qui n’a pas de frontière » et fait de « l’étranger » la figure emblématique de la « grande ville », celui dont l’étrangeté assure nos propres différences. Plus tard, Martin Heidegger considère que la langue est l’habitat de l’être, ainsi n’habite-t-on pas une terre mais une culture. Ces analyses vont dans le sens de la mobilité, de la circulation et donc d’un certain nomadisme, qui correspond bien à notre situation existentielle : transporter nos « racines » dans nos diverses errances… Plus près de nous, Gilles Deleuze et Félix Guattari combinent territorialisation et déterritorialisation, et les écologistes associent « global » et « local ». Dorénavant s’impose l’idée qu’une société ne pourrait pas s’enrichir et se renouveler sans mobilités (imposées comme la délocalisation ou voulues comme un voyage). Une société repliée sur elle-même qui rejette « l’autre » et panique à la vue d’un campement de nomades se sclérose. Une société ouverte, accueillante, se révèle capable d’entrelacer les destins de ses habitants, d’où qu’ils viennent !

Plus sur le web :

Sur www.cairn.info: Thierry Paquot, « Habitat, habitation, habiter », Informations sociales 3/2005 (n° 123), p. 48-54.

L’interview de Michel Serres sur RMC : « Ne sommes nous pas, nous aussi, des Roms ? »

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Débat politique et grosses ficelles

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Afin de ne pas perdre la face, malgré leur échec au premier tour des régionales, les cadres de l’UMP ont utilisé plusieurs stratagèmes décrits dans L’art d’avoir toujours raison de Schopenhauer.

Un festival de mauvaise foi : dimanche soir, les représentants de la droite parlementaire ont déployé des trésors de rhétorique, afin de minimiser leur faible résultat au premier tour des élections régionales. Le député vert européen Daniel Cohn-Bendit a d’ailleurs raillé sur France 2 ce militantisme de l’autruche. « J’ai appris ce soir que la droite a gagné les élections, qu’ils sont en très bonne position pour le deuxième tour, que tous les abstentionnistes […] sont mécontents des présidents de régions [20 sur 22 sont socialistes] et qu’il n’y a aucun désaveu du président de la république. »

Mieux, les cadres de l’UMP ont suggéré que le désintéressement des électeurs pour les régionales était signe de soutien à la réforme des collectivités locales que mène le gouvernement. Traduction : pour eux, ce n’est pas une révolte ni une révolution ; en fait, c’est un couronnement. Enfin, la droite a vivement critiqué les « petits arrangements entre amis », qui devraient précéder la fusion de listes à gauche, et rappelé que tout restait possible d’ici au second tour.

Dans ce type de controverse, il ne s’agit pas tant de dire la vérité que d’en donner l’impression, explique Schopenhauer dans L’Art d’avoir toujours raison, un petit essai sur la dispute. « Si je donne raison à mon adversaire dès qu’il semble avoir raison, il n’est guère probable qu’il en fera autant si la situation s’inverse : il agira bien plutôt per nefas [par l’injuste, injustement] : donc, il faut que je lui rende la monnaie de sa pièce. » Pour transformer leur réel échec en semblant de victoire, les cadres de l’UMP ont donc recouru successivement à plusieurs stratagèmes analysés par Schopenhauer.

Stratagème n° 29 *: « Quand l’on s’aperçoit que l’on est battu, on opère une diversion : autrement dit, on se jette tout d’un coup dans un tout autre propos, comme s’il faisait partie du sujet et était un argument contre votre adversaire. Ce qui a lieu avec un peu de discrétion, lorsque la diversion reste malgré tout liée au thema quaestionis [le thème, la question d’enquête] ». Tandis que la gauche constatait l’échec de la droite à cette élection, l’UMP a déplacé le débat sur le thème d’une abstention dont elle attribue l’importance à un désaveu supposé des présidents de régions socialistes. Ainsi, son propre échec n’était plus l’objet central du débat. La question devenait « le PS a-t-il décrédibilisé les régions aux yeux des Français ? ».

Stratagème n° 5 : « On peut également, pour prouver sa thèse, faire usage de prémisses fausses […] qu’alors on adopte des propositions qui sont fausses en elles-mêmes, mais vraie ad hominem [à l’égard de l’homme, le rival en l’occurrence], et qu’on discute ex concessis [sur la base de ce qu’il a concédé] en se mettant dans la peau de l’adversaire. Car le vrai peut aussi résulter de prémisses fausses, bien que le faux ne le fasse jamais à partir de prémisses vraies. » Les dernières études d’opinion montrent que l’abstention est plus forte au sein de l’électorat de droite que dans celui de gauche. L’UMP a cependant posé que beaucoup d’électeurs ne se sont pas rendus aux urnes pour sanctionner les présidents de régions socialistes. Elle en a déduit que les Français ont ainsi marqué leur soutien à la réforme des collectivités locales que mène le gouvernement. La prémisse est fausse, mais le lien d’implication logique reste valide dès lors que les socialistes ne contestent pas la conséquence. Or, s’ils critiquent certaines dispositions de la réforme, ils sont en accord avec son principe général.

Stratagème n° 32 : « Nous pouvons nous débarrasser rapidement d’une affirmation de notre adversaire contraire aux nôtres, ou du moins la rendre suspecte, en la rangeant dans une catégorie généralement détestée, lorsqu’elle ne s’y rattache que par similitude ou quelque autre rapport vague. » C’est ainsi que l’UMP critique la fusion de listes de gauche, qu’elle rebaptise « petits arrangements entre copains », « compromis » et autres « trahisons des électeurs ». Peu importe qu’il puisse s’agir d’accords programmatiques et respectueux du premier scrutin. L’essentiel est de décrédibiliser l’adversaire.

Stratagème n° 31 : « Quand l’on n’a rien à faire valoir contre les raisons exposées par l’adversaire, que l’on se déclare incompétent avec une ironie subtile : « Ce que vous dites là dépasse mes faibles facultés de compréhension […] On insinue de cette manière aux auditeurs qui vous estiment que ce sont des niaiseries. » Si toutes les études d’opinion et les premiers résultats donnent les partis de gauche très largement gagnants au second tour, il reste certes une zone d’incertitude propre à l’avenir. L’UMP en joue et tourne en dérision la propension de la gauche à annoncer sa victoire pour dimanche prochain.

Tant d’autres ficelles rhétoriques ont été utilisées au soir du premier tour qu’il semble impossible de toutes les répertorier. Et si l’abstention massive exprimait aussi un rejet de ces caricatures du débat politique ?

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Illustration, stigmatisation ?

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Sur le site de l’UMP, une photographie utilisée pour un article sur la délinquance attise un soupçon de racisme larvé. Retour sur les présupposés logiques de cette polémique.

Stigmatisation ou coïncidence malheureuse ? Le site internet de l’UMP est critiqué pour avoir illustré un article, « Délinquance des mineurs : en finir avec l’angélisme », avec la photo de jeunes hommes à la peau noire, vêtus d’une façon caractéristique. Le blog Al Kanz met l’image en exergue samedi 23 janvier, dénonçant avec ironie l’amalgame : « À l’UMP […] les mineurs sont forcément noirs. ». Le cliché buzze sur internet : bien que retiré du site de l’UMP le lundi suivant, il est partout. Mardi, le très médiatique président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), Patrick Lozès, publie un billet sur son blog et dénonce à son tour « L’assimilation systématique des jeunes Noirs à des délinquants […] Est-il a acceptable que le plus grand parti de France se laisse aller à de telles dérives aux connotations nauséabondes ? ». L’accusation de racisme larvé fait florès. Mutique dans un premier temps, l’UMP a finalement réagi sur Le Post. Le porte-parole adjoint, Dominique Paillé, y déclare : « ce n’est pas parce qu’il y a des Noirs sur la photo qu’il y a stigmatisation ! Je suis assez surpris par cette polémique. Et s’il n’y avait eu que des Blancs, il n’y aurait pas eu de drame ». Cette argumentation trouve un certain écho. Dans les commentaires qui émaillent les différents articles sur ce sujet (voir par exemple ceux du journal Le Monde), des internautes dénoncent « l’angélisme » qui consiste à nier que la majorité des délinquants soient à l’image de cette photo.

Dans son Enquête sur l’entendement humain (1748), David Hume montre en quoi la réunion de deux termes, en l’occurrence cette image et l’idée de délinquance, peut revêtir tour à tour l’aspect d’une « association » et d’une « connexion ». Dans le premier cas, qui correspond à l’argument de Dominique Paillé, la réunion est purement circonstancielle : un délinquant se trouve par ailleurs être un jeune homme à la peau noire et portant certains habits, mais les deux ne sont pas nécessairement liés. Dans le second cas, que les détracteurs de l’UMP mettent en accusation, on épouse un raisonnement de la forme : « si c’est un jeune homme à la peau noire et vêtu d’une certaine façon, alors c’est un délinquant ». Il est extrêmement difficile de discerner ces deux interprétations, car elles ont une origine commune, l’expérience, et relèvent toutes deux de la croyance. Elles se conjuguent même dans certains esprits : chez ceux qui, par exemple, estiment que les jeunes hommes de couleur noire ne sont pas tous des délinquants, mais que beaucoup de délinquants sont tels. Ce dernier raisonnement relève d’une association coutumière qui prend l’aspect d’une connexion logique. Hume permet cependant de faire une différence. Contrairement à l’association, la connexion se manifeste comme une certaine anticipation. Exemple : à la vue d’un jeune homme à la peau noire, on suppose aussitôt qu’il commettra un délit. Or c’est bien ce qui s’est passé sur le site de l’UMP, puisque les protagonistes sur la photo ne commettent aucun acte délictueux : ils marchent dans la rue, discutent peut-être ; ils ne vandalisent rien et n’agressent personne. Et pourtant leur seule image illustre un article sur la délinquance, comme si de celle-ci on pouvait inférer immédiatement une telle idée. Ainsi, contrairement à ce qu’affirme Dominique Paillé, cette photo et ce titre procèdent bien d’un lien de cause à effet, entre un stéréotype visuel et une idée, et non d’une simple association circonstancielle.

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Juge d’instruction : « Il faut maintenir le principe d’équilibre et de séparation des pouvoirs »

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Michel Terestchenko réagit aux propositions du comité de réflexion sur la justice pénale, rendues publiques mardi 1er septembre. Maître de conférence en philosophie et spécialiste des problèmes de droit, Il a analysé le projet de suppression du juge d’instruction pour Philosophie Magazine du mois de mars 2009

Considérez-vous que la disparition du juge d’instruction soit une menace pour l’indépendance de la justice ?

C’est la crainte généralement formulée, mais ce n’est pas le problème de fond, qui tient plutôt à l’indépendance du Parquet à l’égard du Gouvernement et du Ministère de la justice. Selon le rapport Léger, le Parquet – donc le pouvoir exécutif – doit rester maître de la politique pénale. On peut l’admettre. Mais cela n’implique pas que l’exécutif intervienne dans des affaires particulières pour décider soit des poursuites soit de leur classement. En outre, la Cour européenne des droits de l’homme ne reconnaît pas le Parquet comme une autorité judiciaire. Il faut maintenir le principe d’équilibre et de séparation des pouvoirs, qui est au coeur de notre conception de la démocratie. Sur ce point, l’instauration d’un contrôle exercé par un juge de l’enquête et des libertés [qui remplacerait le juge d’instruction, mais serait soumis au Parquet, ndlr] ne constituerait pas une garantie suffisante. Il n’est même pas sûr que le Conseil constitutionnel valide cette réforme. Ceci dit, l’indépendance du juge d’instruction n’a jamais été aussi réelle dès lors qu’il y a relativement peu d’étanchéité entre les magistrats du Parquet et du Siège. Une proposition intéressante eut été de séparer radicalement les carrières.

Le rapport Léger induit-il une évolution vers un système anglo-saxon ?

En effet, cela nous oriente vers une justice de type accusatoire pour deux raisons. La première est que le président de la Cour d’assises aurait essentiellement un rôle d’arbitre entre l’accusation et la défense. L’autre proposition importante, et qu’il faut saluer, c’est l’obligation de motiver les décisions de justice en Cour d’assises : aujourd’hui, en France, l’intime conviction du jury suffit à condamner quelqu’un sans autre explication sur les raisons de la décision, ce qui va à l’encontre de la jurisprudence existante. La Cour européenne des droits de l’homme a en effet récemment condamné la Belgique dans le cadre de l’affaire Taxquet « pour défaut de motivation de l’arrêt de la cour d’assises ».

Le renforcement des droits de la défense, préconisé par le rapport, éviterait-il le principal défaut du système anglo-américain, c’est-à-dire une justice inégalitaire, relative au talent et à la rémunération des avocats ?

Les propositions du comité Léger sont floues sur ce point : évidemment, une telle réforme devrait s’accompagner de moyens de défense accrus. On pourrait par exemple créer des bureaux d’aide pénale ou une assistance juridique plus importante, afin d’assurer l’égalité de traitement entre les justiciables. Or nous ne savons pas, après lecture, si ces changements sont envisagés ni même, le cas échéant, comment ils seraient financés. Le risque souligné par l’Union syndicale des magistrats est donc bien réel : une défense qui serait fonction du portefeuille des justiciables.

Vous disiez que la garde-à-vue constitue un véritable scandale en France. Que pensez-vous des propositions du rapport sur ce point ?

Elles vont dans le bon sens, mais sont encore nettement insuffisantes. Aujourd’hui, les avocats accèdent aux éléments du dossier vingt-quatre heures après le début de la garde-à-vue. Cette durée ne serait plus que de douze heures. Mais, à mon avis, l’avocat devrait être présent dès les premiers instants de l’enquête. Néanmoins, on peut saluer la volonté du comité de renforcer les garanties concernant le placement en détention provisoire et les droits de la défense. Plus généralement, il y a bien des avancées, mais on peut regretter que la justice pénale française n’ait pas fait l’objet d’une réflexion d’ensemble.

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Vers la disparition du juge d’instruction ?

Pour certains, sa suppression, souhaitée par le chef de l’État, empêcherait de nouvelles dérives comme celles de l’affaire d’Outreau. Pour d’autres, elle mettrait gravement en péril l’indépendance de la justice.

Par Jean-François Paillard et Fabien Trécourt pour Philosophie Magazine n° 27

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