La grammaire des nourrissons

Cet article est paru dans Sciences Humaines (n° 316, juillet 2019)

Dans une étude récente, des chercheures ont exposé des nourrissons à des images. Chacune était associée à une série de sons différents, mais toujours construits selon la même structure syllabique. Ainsi, les bébés voyaient le dessin d’un poisson et entendaient un mot de type AAB (imaginez quelque chose comme « kikila » ou « rouroudo »). Ou bien le dessin était celui d’un lion et le mot était de type ABA (« kilaki », « roudorou »). Les syllabes utilisées changeaient tout le temps, mais la règle de construction et d’association restait toujours la même… jusqu’à ce que les chercheures trichent.

Elles associent par exemple un mot ABA à l’image d’un poisson. Étudiant la réaction des bébés à l’aide d’électroencéphalogramme, elles ont constaté que ces derniers exprimaient alors une forme d’incompréhension. Cela indique que les nourrissons ont réussi à repérer les structures AAB et ABA et à les associer chacune à un stimuli précis. Cette capacité de symbolisation semble être une spécificité humaine. Les autres primates, s’ils ne sont pas dépourvus de formes de langage, semblent avoir plus de mal que nous à discerner l’esprit de la lettre…

Claire Kabdebon et Ghislaine Dehaene-Lambertz, « Symbolic labeling in 5-month-old human infants », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol 116, n° 12, mars 2019.

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