Élection confessionnelle au Liban ?

Un projet de loi prévoit que chaque électeur vote pour les candidats de même religion que lui.

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Voter pour quelqu’un de sa confession ? Le débat fait rage au Liban, depuis que le pays se dirige à grand pas vers un système fédéral confessionnel. Un projet de loi, dit du « rassemblement orthodoxe », a été adopté par des commissions parlementaires mixtes, en vue des élections législatives de juin prochain. Selon ce texte, les électeurs de chaque communauté religieuse — maronite, chiite, sunnite, druze… — voteraient exclusivement pour les candidats de leur confession.

Cette proposition est soutenue par les principaux partis chrétiens, qui reprochent à l’ancien système de faire élire une majorité des députés chrétiens par les voix d’électeurs musulmans. Ils dénoncent notamment les lois « concoctées par l’occupant syrien (1976-2005), analyse France 24, qui, afin de museler les partis antisyriens, détournait à son avantage le système confessionnel libanais déjà bien complexe. » C’est pour eux une façon de recouvrer leur poids. Le projet n’aurait cependant pas vu le jour sans le soutien inattendu des forces politiques chiites, comme le Hezbollah et Amal, qui n’ont rien à y perdre donc tout à y gagner.

Ce mode de scrutin déboucherait presque automatiquement sur l’élection de 64 électeurs chrétiens et 64 électeurs musulmans. Il « instituerait de facto une sorte de fédéralisme communautaire, analyse le quotidien L’Orient le Jour, d’autant plus étranger à l’esprit du Pacte et de la Constitution qu’il n’est pas d’ordre géographique ». Le chef de l’État Michel Sleimane a d’ailleurs condamné le projet en rappelant qu’un député est « le représentant de la Nation » et non celui de sa communauté. Il est d’ailleurs précisé dans la Constitution que « la suppression du confessionnalisme constitue un but national essentiel. »

Sur internet, dans les médias, les opposants au confessionnalisme dénoncent avec vigueur ce projet de loi. « Avant la guerre de 1975, personne ne se souciait de la communauté à laquelle appartient l’autre, souligne Sana’ Beydoun, responsable dans une ONG. Aujourd’hui, le confessionnalisme s’infiltre dans tous les détails de la vie. » Des internautes se demandent même, avec ironie, s’ils doivent se convertir au judaïsme pour voter librement. En effet, les juifs n’ayant pas de représentant au Parlement prévu par la loi, comme les chrétiens ou les musulmans, le projet prévoit qu’eux pourront voter pour le candidat de leur choix.

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Classé dans Politique, Religion

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