En Tunisie, le parti Ennahda scindé en deux

Le premier ministre Hamadi Jebali a pris de court son propre parti, en exigeant que les islamistes quittent le gouvernement, et révélé une fracture au sein du mouvement.

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Le premier ministre tunisien Hamadi Jebali © Fethi Belaid / AFP

Le premier ministre tunisien Hamadi Jebali © Fethi Belaid / AFP

Le parti tunisien Ennahda est en crise. Le premier ministre Hamadi Jebali, qui en est issu, exige que les islamistes quittent les ministères clés du gouvernement : « Tous les ministres seront des indépendants, y compris à l’Intérieur, la Justice et aux Affaires étrangères », a-t-il affirmé à la chaîne d’information France 24. Il a décidé de former une équipe composée et personnalités « compétentes » et « sans appartenance politique », prenant de court ses propres troupes. Sahbi Atig, chef du groupe parlementaire du parti islamiste, majoritaire à l’Assemblée nationale constituante tunisienne, a immédiatement répliqué : « Nous avons refusé cette proposition prise sans consultation de la coalition ni du bureau exécutif d’Ennahda ».

L’idée semble, en revanche, bien accueillie par l’opposition. Quelques jours après ces déclarations, Le Congrès pour la république (CPR), parti laïc du président tunisien Moncef Marzouki, a quitté la coalition gouvernementale formée avec les islamistes d’Ennahda. « Nous disions depuis une semaine que si les ministres des Affaires étrangères et de la Justice n’étaient pas remplacés, nous nous retirerions », a justifié dimanche un de ses cadres, Ben Amor. La veille, Hamadi Jebali lui-même n’excluait pas de démissionner. « Si l’initiative échoue, qu’avez-vous à proposer aux Tunisiens, quelle alternative ? La loi de la jungle ? », a-t-il lancé à l’adresse de la classe politique.

Le chef du gouvernement est entré en conflit ouvert avec la direction de son mouvement, après l’assassinat d’un dirigeant de l’opposition laïque, Chokri Belaïd. Ennahda est désigné par l’opposition comme « politiquement responsable », bien que l’attentat ne soit toujours pas revendiqué. Ce parti est depuis en proie à de vifs débats internes. « Ennahda est composé d’un grand corps, sans expérience de la société civile, qui le tire en arrière, analyse Abderrahmane Hedhili, secrétaire général adjoint de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. Avec l’exercice du pouvoir, les contradictions entre des responsables de gouvernement, comme Hamadi Jebali, et les conservateurs ressurgissent. »

Ennahda est-il responsable de la crise ? Selon Vincent Geisser, chercheur à l’Institut français du Proche-Orient, « Il est possible qu’il faille chercher les coupables parmi les militants radicaux d’Ennahda. » Il y aurait en effet deux tendances au sein du mouvement : l’une démocratique, l’autre, « qui s’est renforcée ces derniers mois », cherchant à attirer les salafistes. « Comme quand la droite française a essayé d’attirer les électeurs du FN, analyse-t-il, une partie d’Ennahda joue la carte identitaire. Or, en utilisant un double langage tout le temps, le parti s’est piégé lui-même : il n’est plus uni. » Le journaliste et écrivain Samy Ghorbal est plus critique : pour lui, si l’assassinat de Chokri Belaïd n’est pas un crime d’Etat, il reste la conséquence de la dérive fascisante de cette aile radicale.

 

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