Shlomo Sand remet en cause l’histoire officielle d’Israël

Professeur d’histoire à l’Université de Tel-Aviv, Shlomo Sand remet en cause dans son nouveau livre « Comment la terre d’Isräel fut inventée » l’historiographie officielle de son pays, et prête des origines évangéliques au nationalisme juif.

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Comment la terre d’Israël fut inventée : c’est le titre choc du nouvel essai de Shlomo Sand. Professeur à l’université de Tel-Aviv, il affirme que l’histoire de son pays, telle qu’elle est le plus souvent présentée, relève davantage de la mythologie biblique que de la réalité. D’après l’Ancien Testament, des royaumes juifs étaient établis en terre d’Israël jusqu’à ce que leurs habitants fussent contraints à l’exil. Les historiens situent généralement cette dispersion au Ier siècle de l’ère chrétienne, lorsque les juifs deviennent — selon l’expression consacrée — « un peuple sans terre ».

Certains courants nationalistes, sionistes en l’occurrence, s’appuient sur cette version de l’histoire pour légitimer la création de l’État d’Israël en 1948 — le peuple juif ne ferait que recouvrer sa patrie après des siècles d’exil… Mais pour Shlomo Sand, le « Royaume d’Israël » mentionné dans la Bible ne correspond pas à l’État actuel : il désignerait uniquement la Samarie, soit la moitié nord ; les villes de Jérusalem, Hébron ou encore Bethléem n’en feraient pas partie. Les rois précédents ayant « régné sur des lieux appelés Canaan ou Judée », ce serait un abus de langage d’assimiler ces régions les unes aux autres.

La « terre d’Israël » serait une construction historiographique tardive. Elle « n’a définitivement pris forme qu’au début du XXe siècle, écrit-il, après des années passées au purgatoire protestant qui l’ont polie jusqu’à en faire un concept géopolitique resplendissant. » Son origine serait évangélique. Mentionnée pour la première fois dans le Nouveau testament, la « terre sainte » faisait battre le cœur des chrétiens — pèlerins, croisés… —, tandis que les juifs s’en seraient désintéressés. Même la proclamation rituelle « l’an prochain à Jérusalem » désignait alors, avance Shlomo Sand, « la prière pour une rédemption prochaine » et non « un appel au passage à l’acte ».

À partir du XVIe siècle, certains courants protestants entreprennent de lire la Bible comme un livre d’histoire ; ils acquièrent la conviction que « la rédemption chrétienne de toute l’humanité ne viendrait qu’avec le retour dans Sion des fils d’Israël ». Selon Shlomo Sand, ce « sionisme chrétien » se diffuse dans la culture européenne jusqu’à inspirer, au XIXe siècle notamment, un sionisme politique. « Il faudra les coups terribles qui s’abattront sur les juifs et la fermeture des frontières du « monde éclairé » pour conduire, finalement, à la création de l’État d’Israël. »

Dans la lignée d’historiens postsionistes, Shlomo Sand critique cette utilisation de la religion au profit du nationalisme : « tous les écoliers israéliens qui étudient la Bible comme s’il s’agissait d’un manuel d’histoire intègrent ce mythe comme une vérité historique », dénonce-t-il lors d’un entretien avec Élisabeth Lévy. « Que la terre d’Israël promise par Dieu aux Hébreux soit un mythe et pas une vérité historique, d’accord, mais la belle affaire ! l’interpelle la journaliste. Tous les peuples, toutes les communautés humaines se nourrissent de mythes. » — « Encore faut-il savoir que ce sont des mythes », rétorque Shlomo Sand. Bref, le débat est désormais ouvert.

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