Birmanie : l’oppression de musulmans apatrides

Les affrontements interconfessionnels qui sévissent au Myanmar font écho au problème des réfugiés Rohingyas.

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Une famille de réfugiés Rohingyas dans la banlieue de Sittwe © AFP

Depuis vendredi 8 juin, des violences meurtrières entre bouddhistes et musulmans frappent l’ouest de la Birmanie. Un haut responsable des Nations unies est arrivé mercredi : Vijay Nambiar, conseiller spécial pour ce pays du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. « Nous sommes ici pour observer et évaluer comment continuer à apporter notre soutien », a indiqué à l’AFP Ashok Nigam, le responsable de l’ONU sur place. L’émissaire est immédiatement reparti pour le nord de l’Etat à Maungdaw, à la frontière avec le Bangladesh.

C’est dans cette ville peuplée par la minorité musulmane apatride des Rohingyas, qu’ont éclaté les violences. Elles ont fait suite au lynchage de dix musulmans, le 3 juin dans le sud de l’Etat, par une foule de bouddhistes en colère qui voulait venger le viol et le meurtre d’une femme. Les affrontements, qui se sont propagés à Sittwe, capitale de l’État d’Arakan, ont fait environ 25 morts et 41 blessés depuis vendredi, selon un responsable gouvernemental birman. La presse officielle fait état de quelque 1 600 maisons brûlées. « Des bandes rivales armées de longs couteaux et de bambous affûtés se livrent à des chasses à l’homme et incendient des centaines de maisons », témoigne Florence Compain, correspondante pour l’Asie du Sud-Est au journal Le Figaro.

Les musulmans sont en ligne de mire. Ils représentent 4 % de la population — contre 89 % de bouddhistes — et sont confinés dans le nord du pays. L’ONU les considère comme l’une des minorités les plus persécutées de la planète. « Ils sont systématiquement rejetés, stigmatisés et violentés, renchérit Florance Compain. Leur drame est d’avoir servi de supplétifs à l’armée britannique lors de sa conquête de la Birmanie au XIXe siècle. »

Considérés comme des traîtres, ils sont tyrannisés depuis l’indépendance en 1948. Des campagnes de terreur voire d’éradication sont régulièrement lancées à leur encontre. Le reste du temps, ils subissent un arsenal législatif pour le moins discriminatoire : travail forcé, confiscation de terres, interdiction de se marier ou de se déplacer sans les accords de l’autorité… En 1982 surtout, une loi les dépouille de leur nationalité et en fait des étrangers dans leur propre pays. Ils réclament depuis longtemps d’être considérés comme un groupe ethnique birman et de disposer d’une citoyenneté pleine et entière, mais le gouvernement les considère comme des immigrants illégaux.

Ces derniers jours, témoignent les journalistes de Reuters à Sittwe, Danielle Rouquié et Bertrand Boucey, les Rohingyas ont été qualifiés d’ « envahisseurs » ou de « terroristes » par des Birmans qui utilisent leur toute nouvelle liberté d’expression et un accès facilité à internet pour exprimer leur colère sur les réseaux sociaux.

« Les dernières convulsions dans l’Arakan sont à première vue engendrées spontanément par les haines religieuses et ethniques, analyse Florence Compain. Mais elles pourraient aussi être orchestrées par le régime birman pour forcer la figure de proue de l’opposition, Aung San Suu Kyi, à faire des déclarations impopulaires, comme un appel au calme et à la sympathie envers cette minorité que l’opinion birmane tient en piètre estime. » De fait, si la chef de l’opposition birmane s’est inquiétée mercredi du sort des réfugiés birmans en Thaïlande, elle n’avait toujours pas exprimé une position en ce qui concerne les Rohingyas. Elle a finalement évoqué jeudi la nécessité d’une « solution politique durable » — une déclaration timide eu égard à la gravité des massacres.

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