Inde : Interdit de critiquer le miracle !

Un militant rationaliste risque trois ans de prison pour délit de blasphème.

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La frontière est ténue entre délit de blasphème et droit à la critique, l’Inde en offre une nouvelle illustration. Un militant rationaliste encourt la prison pour avoir nié le caractère miraculeux d’un phénomène inexpliqué dans une église chrétienne de la banlieue de Bombay.

Depuis mars, de l’eau coule des pieds d’une statue du Christ ; les croyants, convaincus du miracle, affluent par centaines, munis de petites bouteilles pour collecter quelques gouttes. Président de l’Association rationaliste internationale, Sanal Edamaruku se rend également sur place et inspecte la statue ; en une demi-heure, il constate que l’obstruction d’une canalisation entraine le débordement d’eaux usagées par l’entremisse du calvaire.

Non seulement ce n’est pas un miracle, explique-t-il, mais les croyants qui consomment cette eau d’égout mettent leur santé en danger… Figure médiatique bien connue en Inde, il clame sa découverte sur tous les tons, notamment à la télévision ; il affirme que l’Église défend le caractère miraculeux de ce phénomène pour gagner de l’argent, quitte à mettre la santé des pèlerins en danger.

C’en est trop pour trois groupes religieux : le forum catholique – chrétien séculier (CSF), l’Association des catholiques concernés (AOCC) et le Forum des jeunes Chrétiens de Maharashtra portent plainte contre lui pour délit de blasphème. De fait, la loi indienne proscrit « les actes délibérés et malveillants destinés à faire outrage aux sentiments religieux d’une communauté en insultant sa religion ou ses croyances ».

Dans le journal local Hindustan Times, l’accusé s’emporte : « Pourquoi devrais-je m’excuser d’énoncer un fait ? Dire que l’eau ne peut pas couler d’une statue n’est pas blasphématoire ! » Il risque trois ans de prison.  » La Constitution indienne oblige tous les citoyens à développer « l’esprit scientifique, humaniste et critique », rappelle avec ironie l’éditorialiste Praveen Swami dans le journal The Hindu. Pourtant, la loi indienne est utilisée pour persécuter un homme qui a dévoué sa vie à le faire. »

Né en 1955, Sanal Edamaruku est en effet un militant de longue date. Quand il était âgé de 22 ans, sa voisine est morte parce que la famille refusait une transfusion sanguine qu’elle jugeait contraire au christianisme. Depuis, il se bat inlassablement contre des croyances qu’il estime non seulement superficielles, mais surtout néfastes et dangereuses.

« J’ai toujours pensé qu’il y avait deux Indes, résume-t-il aujourd’hui. Celle du XXIe siècle est moderne, scientifique ; celle du XVIIe siècle veut nos ramener dans l’âge sombre de l’intolérance, de la bigoterie et de la superstition. » Son association compte plus de 100 000 membres.

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