Confucius, le film

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Inédit en France, le biopic consacré à Confucius est disponible en DVD depuis janvier. Une superproduction à la gloire du grand « éducateur ».

Chow Yun-Fat dans le rôle de Confucius, c’est comme Stallone qui incarnerait Platon… Ça fait peur ! Avant la sortie du film, en 2010, le choix de l’acteur avait suscité la polémique en Chine, obligeant le réalisateur Mei Hu à rassurer le public : non, le philosophe ne ressemblerait pas à un maître de kung-fu, digne de Tigre et dragon voire de Dragonball Evolution. De fait, l’acteur charismatique incarne le « père de la culture chinoise » avec réserve et gravité, lui donnant une certaine autorité à défaut de profondeur.

Cette superproduction — 15,6 millions d’euros de budget — retrace l’ascension d’un sage au VIème siècle avant notre ère, sur le territoire chaotique et divisé qui deviendra la Chine. Aux marches du pouvoir, il est finalement contraint à l’exil pour s’être attaqué à plus fort que lui. La première partie distraira les amateurs de stratégie politique. La seconde se réduit à une succession de scènes d’errance, dont le seul enjeu semble de compiler les rares anecdotes connues. Une hagiographie somme toute peu disserte sur la philosophie de « maître Kong ».

Cette version de faits prend des libertés avec l’histoire. Un descendant proclamé de Confucius a d’ailleurs exigé le retrait de scènes visant à « ruiner la réputation » du philosophe. Elles suggèrent une romance avec une concubine. Plus important : Confucius est banni dans le film, tandis que la plupart des biographes s’accordent sur un exil volontaire… En fait, nul ne sait quelle a été sa vie, rappelle Danielle Elisseeff dans Philosophie magazine : « Nous ne le connaissons qu’à travers une biographie captivante, très documentée, mais malheureusement rédigée à peu près quatre cents ans après sa mort. »

Le film était programmé pour marquer le 60ème anniversaire de la République populaire de Chine — un comble ! Comme Joël Thoraval l’expliquait à  Philosophie magazine : « De la première république en 1912 de Sun Yat-sen, leader nationaliste, à la Révolution culturelle (1966 – 1976) de Mao Zedong, la tradition culturelle et le confucianisme on été jugées responsables du « retard » de le Chine et ont été activement détruits. » Depuis quelques années, le gouvernement chinois change son fusil d’épaule : « Confucius, ce héros » devient le symbole d’une « spécificité culturelle », qui expliquerait notamment « l’inadéquation des droits de l’homme » à ce pays… Des intellectuels démocrates chinois tentent parfois de retourner cette propagande contre elle-même, expliquant par exemple que le concept occidental d’égalité se retrouve dans le confucianisme. Ça a été un enjeu important du débat sur la charte 08.

Au XVe siècle déjà, « Confucius est devenu un nom autour duquel les fondateurs puis les rénovateurs de l’ordre impérial ont successivement bâti leurs systèmes, constate Danielle Elisseeff, afin d’assurer l’équilibre et la paix sociale de l’Empire assimilée à la morale. » Ce gouvernement autorise même les premières représentations du sage — peinture, gravures… —, alors que celui-ci est mort deux mille ans plus tôt ! Si ça se trouve, il ressemblait à Chow Yun-Fat.

• Pour aller plus loin : Confucius, un célèbre inconnu : un dossier de Philosophie magazine

• Pour commander le DVD, le site d’ÉléphantFilms

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