Wikileaks : les diplomates doivent-ils tout dire ?

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La transparence politique est-elle possible voire nécessaire ? Diamétralement opposés, Machiavel et Kant ont apporté des éléments de réponse.

CC / Chris Wieland

Une parole franche manque souvent de diplomatie. Le site internet Wikileaks en apporte une nouvelle illustration en dévoilant plus de 250 000 télégrammes diplomatiques américains, soit la correspondance entre le département d’État à Washington et ses ambassades. Espionnage, insultes, coups tordus… Les premières révélations offrent une image peu amène de la diplomatie internationale. « La confidentialité ne nuit pas à l’intérêt public », se défend la secrétaire d’État Hillary Clinton. Mais pour le porte-parole de Wikileaks Julian Assange, la transparence devrait être la norme.

En philosophie aussi le débat fait rage, quoiqu’il ne date pas d’hier. Dans Le Prince (1532), Nicolas Machiavel nie que le pouvoir puisse s’exercer en toute transparence : « Je suis persuadé qu’un Prince, et surtout un Prince nouveau, ne peut impunément exercer toutes les vertus, parce que l’intérêt de sa conservation l’oblige à agir contre l’humanité, la charité et la religion […] C’est ce qui oblige un Prince à veiller, avec un soin extrême, à ne rien laisser sortir de sa bouche qui ne paraisse conforme » (Chap. XVIII). À l’opposé, Emmanuel Kant estime dans son Projet pour une paix perpétuelle (1795) qu’une maxime politique doit pouvoir être portée à la connaissance de tous, ce qu’il appelle le critère de publicité. « Quoique cette proposition : l’honnêteté est la meilleure politique, annonce une théorie, trop souvent hélas ! démentie par la pratique, aucune objection n’attendra jamais celle-ci : l’honnêteté vaut mieux que toute politique et en est même une condition essentielle. » (Appendice 1.)

Duplicité ou transparence ? Le débat resurgit avec une acuité particulière sur le web, où les hommes politiques sont régulièrement exposés malgré eux au vu et su de tous. « La tour centrale du Panopticon vole en éclats, résumait Jean-Gabriel Ganascia pour Philosophie magazine (N° 35, décembre 2009). Le regard ne vient plus d’en haut, d’un souverain qui s’assure que son autorité est respectée. » Au contraire, tout le monde surveille tout le monde, comme lorsqu’une poignée d’informaticiens met à nu les ambassadeurs américains.

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