Football : Bergson contre l’arbitrage vidéo

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La victoire de la France face à l’Irlande grâce à une main de Thierry Henry relance le débat sur l’arbitrage vidéo. Les arguments contre font écho à la thèse de Bergson sur le mouvement.

La France marque le but de la victoire face à l’Irlande, l’arbitre valide, mais la vidéo révèle que la passe décisive est une main de Thierry Henry. Le débat sur l’arbitrage vidéo dans le football resurgit, d’autant que la victoire de l’Italie lors du dernier mondial est due pour partie à l’utilisation officieuse de la vidéo : l’arbitre n’a pas vu le « coup de boule » de Zinedine Zidane, c’est bien la vision des images qui a poussé à sortir le carton rouge.

Tout porte à croire que le football serait moins enclin à la triche avec l’arbitrage vidéo. Pourtant, les opposants à une réforme sont nombreux. Dans l’émission Mots croisés du 23 novembre, L’ancien bleu Vikash Dhorasso (18 sélections en équipe de France) a répété son hostilité. Entre autres arguments : la vidéo ne représenterait pas ce qui se passe sur le terrain. « Un jour, j’ai entendu un arbitre déclarer qu’il avait été abusé à vitesse réelle. J’ai trouvé ça stupéfiant : il donnait plus d’importance à un ralenti qu’au réel. » D’autre part, on ne devrait pas réduire un match à une succession d’instants déliés les uns des autres, car cela tuerait le jeu. « On revient sur la main de Thierry Henry, mais peut-être que deux secondes avant il y avait une faute, qui entraînait une autre faute, qui entraînait une touche que l’arbitre n’avait pas vue… On va remettre en cause tout le match. »

Il est paradoxal de dire que l’image vidéo ne représente pas la réalité. C’est cependant une thèse que défend le philosophe Henri Bergson dans L’évolution créatrice. Il dénonce dans le quatrième chapitre l’erreur qui revient, pour la pensée comme pour le mécanisme cinématographique, à découper le mouvement en tranches distinctes : « nous n’apercevons du devenir que des états, de la durée que des instants […] Telle est la plus frappante des deux illusions que nous voulons examiner. Elle consiste à croire qu’on pourra penser l’instable par l’intermédiaire du stable, le mouvant par l’immobile ». En d’autres termes, Bergson estime que l’image filmée ne peut pas saisir le mouvement réel de la vie. Par nature insécable, celui-ci n’a jamais lieu à tel ou tel moment, mais sera toujours dans l’interstice entre deux instants, perpétuel et élancé.

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