Archives de Tag: Michel Foucault

Quel prof était Foucault ? Entretien avec Guillaume Bellon

En classe, Foucault cherchait son rôle. 
Il ne voulait pas incarner la figure du 
maître autoritaire. Mais il n’aimait pas 
non plus l’atmosphère brouillonne et égalitaire de l’après-1968.

Que représente l’enseignement pour Michel Foucault ?

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© Jean Mailloux

Il est tiraillé entre deux exigences contraires. D’un côté, il a envie de diffuser ses idées au maximum. De l’autre, il semble voir dans la foule quelque chose de contraire à la pensée. Après avoir enseigné à l’ENS, à la faculté de Clermont-Ferrand puis à Tunis, il prend la direction du département de philosophie de l’université expérimentale de Vincennes, créée dans la foulée de Mai 68. Il n’est pas toujours à l’aise avec l’effervescence révolutionnaire et parfois brouillonne sur place. Dès qu’il en a l’occasion, [lire la suite…]

Cette interview est parue dans un dossier spécial de Sciences Humaines, consacré à Michel Foucault. Pour accéder au sommaire, cliquez ici.

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Contestation en Iran : de Michel Foucault à « Where is my vote ? »

Sur www.philomag.com

« Il est bon que les gouvernés puissent se lever pour rappeler qu’ils n’ont pas simplement cédé des droits à qui les gouverne, mais qu’ils entendent bien leur imposer des devoirs. À ces devoirs fondamentaux, nul gouvernement ne saurait échapper. Et, de ce point de vue, les procès qui se déroulent aujourd’hui en Iran ne manquent pas d’inquiéter. » Cette interpellation de Michel Foucault à l’adresse du premier ministre issu de la révolution iranienne, Medhi Bazargan, est extraite d’une lettre ouverte que le philosophe publie dans le Nouvel Observateur en avril 1979. Elle pourrait s’entendre aujourd’hui, au sein de l’opposition au gouvernement d’Ahmadinejad, alors que jeudi 11 février marque le 31e anniversaire de la révolution en Iran, et que la contestation du gouvernement issu des présidentielles de juin 2009 ne faiblit pas.

L’année précédente, Foucault avait été vivement critiqué pour avoir défendu le caractère islamique du soulèvement populaire. « Que voulez-vous ? demande-t-il dans Le Nouvel Observateur en octobre 1978 (pp. 48 et 49). Pendant tout mon séjour en Iran, je n’ai pas entendu prononcer une seule fois le mot “révolution”. Mais quatre fois sur cinq, on m’a répondu “gouvernement islamique”. » Quelques semaines plus tard, une lectrice iranienne attaque cet article. Elle reproche à Foucault de prendre la défense du « fanatisme religieux », un remède qu’elle juge potentiellement pire que la dictature sur le point d’être renversée. Mais pour Foucault, l’islam chiite reste la force essentielle du mouvement de contestation, « celle qui pouvait faire soulever un peuple non seulement contre le souverain et sa police, mais contre tout un régime, un mode de vie, tout un monde », écrivait-il dans le quotidien italien Corriere della Serra (13/02/79).

Foucault n’envisage pas alors que le régime des mollahs succèdera à la dictature du Shah. Dans un article sur « Le chef mythique de la révolte de l’Iran », soit l’ayatollah Khomeiny (Corriere della Serra, 26/11/78), il estime que le leader chiite n’est que l’épiphénomène de forces qui le dépassent, et qu’il ne saurait s’imposer seul. En outre, il pensait qu’un gouvernement islamique n’était pas en soi plus douteux qu’un modèle politique occidental. En mars 1979, la prise de pouvoir de Khomeiny et les exécutions sommaires qui s’ensuivent le conduisent à revoir sa position. Dans la lettre ouverte à Medhi Bazargan, citée plus haut, il évoque notamment un entretien qu’il eut avec ce dernier en septembre 1978, rappelant qu’un gouvernement islamique ne devrait pas renier une certaine « spiritualité politique », sans quoi le peuple pourrait retourner l’islam contre ce pouvoir. Par la suite, il ne reviendra pas sur sa défense de la révolution islamique, si ce n’est pour expliquer dans Le Monde (11/05/79) que, dans sa démarche, l’analyse d’un événement ne devait pas tomber sous la coupe d’une vision imposant une coupure entre le politique et le religieux, au nom de valeurs dont il critique la prétention à l’universalité.

Aujourd’hui, sans pousser le parallèle trop loin, il est frappant de constater que le mouvement de contestation en Iran se fait bien souvent au nom de l’islam. Le caractère démocratique de cette opposition ne fait aucune doute : le slogan « Where is my vote ? » reste le premier cri de révolte d’une population qui ressent les dernières élections présidentielles comme une spoliation de ses droits civiques. Cependant, l’islam est présent : la couleur verte – symbole de la religion musulmane – orne ce mouvement, les « Allah ouakbar » (« Dieu est grand ») sont scandés dans les rassemblements comme ils résonnaient sur les toits de Téhéran pendant la révolution de 1979, le leader actuel, Mir-Hossein Moussavi, est aussi un descendant du prophète, etc. « Des intellectuels croyants sont partisans d’une sécularisation entendue comme processus d’autonomisation de la société par rapport à la religion, expliquait le sociologue Amir Nikpey dans Philosophie magazine n° 32Le paradoxe est qu’ils la revendiquent pour des raisons religieuses, arguant que le pouvoir de la religion doit être limité pour le bien de la religion elle-même ; les athées sont minoritaires, car le tissu de la culture iranienne reste la religion. » Ainsi, si Michel Foucault n’a pas anticipé la tournure que prendrait la révolution de 1979, il n’est pas dit pour autant qu’il ait mal analysé les forces en présence.

À lire :

Michel Foucault : L’Islam et la révolution iranienne, sous la direction de Andrea Cavazzini, Mimesis, « La rose de personne », 2005

Plus sur le web :

« Un reportage d’idées » et quelques manuscrits, sur le site consacré aux archives de Michel Foucault.

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Folie : les malades et les docteurs à l’arrière-ban

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Un rapport parlementaire s’inquiète de l’état de la psychiatrie en France, faisant écho aux analyses de Michel Foucault

La société exclut les fous, mais aussi ceux qui les soignent. C’est l’une des conclusions du rapport présenté par le sénateur de Vaucluse Alain Milon au nom de l’Office parlementaire d’évaluation des politiques de santé (Opeps). Selon cette étude, publiée mercredi 3 juin, « à partir de cas tragiques, l’opinion publique a pu être encouragée à voir la personne atteinte de maladie mentale comme nécessairement incurable et récidiviste ». Quant aux soignants, cette « stigmatisation du malade rejaillit sur eux » : à quoi bon s’efforcer de guérir ceux qui ne pourraient pas l’être ? Résultat, 30 000 lits et places de soin ont été supprimés entre 1985 et 2005, alors que « l’une des particularités de la psychiatrie en France est l’ampleur de l’absence de prise en charge. »

Selon le sénateur des Yvelines Nicolas About, cette réduction des structures de soin se répercute sur les prisons : les magistrats condamnent des personnes atteintes de troubles psychiatriques ayant commis des actes criminels, car il n’y a pas de place disponible dans un établissement adapté. Mais pour Pauline Rehnter, chargée de mission au centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) cette corrélation n’est pas démontrée : le nombre de lits en psychiatrie est resté stable entre 2001 et 2005, soit 58 000, alors que le nombre de détenus est passé de 49 000 à 63 000 au cours de la même période. Néanmoins, 60% des personnes incarcérées seraient atteintes de troubles psychiatriques et 10 % seulement seraient suivies à ce titre.

Faut-il juger les fous ? Vaut-il mieux les soigner ? Existe-t-il une alternative à l’enfermement, en prison ou en hôpital ? Selon le philosophe Michel Foucault, les pouvoirs psychiatrique et judiciaire se sont entrecoupés au bénéfice d’une politique sécuritaire axée sur le traitement de la dangerosité. Dans son numéro de juin, Philosophie Magazine rappelle l’actualité de son analyse et présente en exclusivité une intervention de Robert Badinter sur ce sujet.

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