Un ticket pour le paradis ?

Cette chronique est parue dans Sciences Humaines (n° 354 – Janvier 2023). À lire pour aller plus loin : Comment être parfait, Michael Schur (Philosophie magazine Éditeur, 2022).

À sa mort, Eleanor est accueillie au paradis. Le responsable des lieux lui explique qu’elle a mérité sa place, compte tenu de ses bonnes actions. Mais en découvrant le brillant CV qu’on lui attribue, Eleanor comprend qu’elle a été confondue avec une autre ! En réalité, elle a toujours été un monstre d’égoïsme et de méchanceté… Craignant d’être démasquée, elle oblige un chercheur en philosophie morale à lui apprendre comment devenir une bonne personne.

Ce scénario est le point de départ de la série américaine The Good Place, monument d’humour absurde et de philosophie éthique. Le créateur, Michael Schur, a travaillé dès le départ avec des universitaires pour mettre en scène des dilemmes crédibles et épineux, sur lesquels les philosophes planchent encore.

La philosophie apporte généralement trois types de réponse à ce questionnement éthique. Selon l’approche dite « conséquentialiste », inspirée de Jeremy Bentham, la valeur morale d’une action dépend de ses conséquences. Plus nous faisons de choses qui rendent les gens heureux, qui leur sont utiles tout en ne lésant personne, plus nous agissons bien. Dans The Good Place, c’est la thèse défendue par les architectes du paradis et de l’enfer : être admis dépend d’un score calculé tout au long de notre vie en fonction des effets positifs de nos actions sur le monde.

La deuxième approche est le « déontologisme » défendue par Emmanuel Kant. De ce point de vue, certains principes moraux sont absolus : ne pas tuer, ne pas mentir, aider une personne en difficulté… Bien agir consiste à respecter scrupuleusement ces règles. C’est l’école préférée de Chidi, le professeur de philosophie d’Eleanor, en proie à une indécision maladive lorsque deux principes s’opposent (mentir pour aider quelqu’un par exemple…).

Enfin la troisième approche est « l’éthique de la vertu » rattachée à Aristote : chaque personne est plus ou moins dotée de qualités naturelles, comme l’honnêteté, le courage, la douceur, etc. L’éthique consiste à affûter ces vertus chaque fois que l’occasion se présente, si besoin en se forçant. « Aristote, c’est mon préféré ! » s’exclame Eleanor. Dans son livre M. Schur témoigne aussi d’un faible pour cette approche : l’enjeu d’une vie ne serait pas tant de faire le maximum de points ou de respecter des règles que de continuer à essayer de s’améliorer, encore et encore.

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