Les créateurs d’entreprises écolo, “encore trop souvent perçus comme de doux rêveurs”

Les entreprises à impact seraient de 10.000 à 15.000 en France, selon une étude BCG et Impact France, en partenariat avec Ipsos, pour un chiffre d’affaires estimé de 15 à 30 milliards d’euros. Si cet écosystème s’est professionnalisé, il peine encore à faire émerger des licornes, ces start-up valorisées à plus de 1 milliard de dollars. Les explications de Jean Moreau. Coprésident du mouvement Impact France, il est aussi cofondateur et dirigeant de Phenix, une appli mobile pour lutter contre le gaspillage alimentaire.

Cette interview est parus dans Management (n° 304 – août septembre 2022). À retrouver également en ligne.

Qu’appelle-t-on une «entreprise à impact» ?

Jean Moreau : C’est une boîte fondée sur deux grands principes : avoir un impact social et environnemental positif, et un partage aussi équitable que possible de la richesse et du pouvoir entre les dirigeants, les salariés et les investisseurs. Historiquement, le réseau Impact France est issu du mouvement des entrepreneurs sociaux et de l’économie sociale et solidaire (ESS). Notre spécificité est d’avoir une approche moins statutaire que l’ESS, qui regarde surtout si vous êtes une coopérative, une mutuelle ou une association.

Nous nous intéressons d’abord à votre activité. De ce point de vue, même une entreprise comme Leboncoin a un impact globalement positif – en généralisant l’achat-vente entre particuliers, en privilégiant les marchés d’occasion plus écologiques, etc. Dans un autre genre, j’ai fondé Phenix, une application permettant d’acheter à prix bradé des invendus alimentaires sur le point d’être jetés. Notre but est de valoriser des modèles à la fois éthiques et tournés vers l’économie traditionnelle. C’est une ligne de crête difficile à tenir, mais qui nous aidera – je l’espère ! – à devenir dominants.

Pourquoi ces entreprises à impact ne deviennent-elles pas des licornes ?

Malgré des effets d’annonce chez les investisseurs, un affichage plus souvent vert et responsable, beaucoup restent frileux quand il s’agit de mettre sérieusement la main à la poche pour financer des structures comme les nôtres. Autant on arrive à lever 500.000 euros, voire 1 million, autant on se heurte à un plafond de verre pour de plus gros montants. Nous sommes encore trop souvent perçus comme de doux rêveurs altermondialistes, pas assez orientés business. Il faut aussi reconnaître qu’on manque de modèles pour l’instant.

On peut mettre en avant quelques belles réussites, comme Biocoop. Mais on n’a pas encore quelque chose comme «le Uber des entreprises à impact», qui nous donnerait plus de crédibilité face aux investisseurs. Enfin, on ne va pas se mentir, il y a parfois des freins culturels au sein même de notre mouvement. Beaucoup refusent de rêver trop grand, par peur de tomber dans les travers de l’économie traditionnelle.

Comment lever ces freins ?

La responsabilité sociétale des entreprises est aujourd’hui dans toutes les bouches, mais nous ne sommes pas assez favorisés, dans les appels d’offres publics ou privés, par exemple. Si on veut lutter contre une économie prédatrice et irresponsable, il faut que l’Etat et les entreprises aient l’obligation légale de privilégier des prestataires ayant un impact social et environnemental globalement positif.

Ayant un pied dans la French Tech, j’ai vu se constituer en une quinzaine d’années une filière dynamique. Ça ne s’est pas fait tout seul : il a fallu créer un secrétariat d’Etat, des bourses au sein de la Banque publique d’investissement, etc. Ça signifie que le volontarisme paie ! Si les politiques mettent la même énergie pour faire émerger une filière verte, socialement responsable et positive, les résultats seront au rendez-vous dans dix ans.

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