Pourquoi pense-t-on que “c’était mieux avant” ?

Éléments de réponse avec Francis Eustache, directeur de l’unité de recherche « Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine » (Inserm-EPHE-université Caen-Normandie) et président du conseil scientifique de l’Observatoire B2V des mémoires. Cet article était initialement pour les pages Sciences du magazine Ebdo, contraint de suspendre sa publication.

Francis Eustache en février 2014 (© Inserm/P. Hirsch).

« Au fil du temps, nos souvenirs de jeunesse ont tendance à devenir plus vagues et plus agréables. On ne sait plus combien de fois nous sommes allés pêcher avec nos parents, à quelles occasions nous avons rapporté du poisson ou sommes rentrés bredouilles, mais on garde le souvenir de parties de pêche couronnées de succès sous un beau soleil d’été… C’est ce que l’on appelle un « biais de positivité », en psychologie de la mémoire : une tendance de notre cerveau à embellir le passé, à préserver des souvenirs heureux et à occulter les aspects plus négatifs de notre histoire personnelle. Ce mécanisme nous aide à construire une image positive de nous-même et de notre vie, sans laquelle nous aurions bien du mal à aller de l’avant et à nous projeter avec enthousiasme vers l’avenir. Mais cette tendance peut aussi creuser l’écart entre un passé magnifié et une réalité présente moins malléable… Contrairement à nos souvenirs, en effet, les événement actuels ou récents s’imposent à nous de façon brute et indifférente à notre bonheur. On peut d’ailleurs envisager qu’une fonction de la mémoire soit de nous aider à mieux supporter les désagréments du présent. Pour prendre un exemple saillant, les personnes confrontées à la perspective de bientôt mourir – celles gravement malades ou très âgées par exemple – ont davantage tendance à se remémorer des souvenir agréables que les autres. À l’inverse, la mémoire d’enfants ou de jeunes, ayant encore la vie devant eux, paraît moins prompte à gommer des émotions négatives. Évidemment, ces constats valent en règle générale ; les choses sont très différentes voire inversées en cas de traumatisme – infantile notamment – de dépression ou encore de troubles cognitifs par exemple… Reste que l’idéalisation du passé apparaît bien comme une tendance forte de la mémoire humaine, et que celle-ci pourrait paradoxalement nous aider à affronter le présent. »

À lire pour aller plus loin :

Ma mémoire et les autres (Le Pommier, 2017)
Les chemins de la mémoire (Le Pommier, 2012)

 

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