Le pape et la dictature argentine : un mauvais procès ?

Le pape est accusé de complicité avec la junte militaire argentine. Ces critiques sont infondées voire démenties.

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Le pape François, lors de la messe d'inauguration de son pontificat, le 19 mars 2013 © JAN KUCHARZYK/ENPOL/SIPA

Le pape François, lors de la messe d’inauguration de son pontificat, le 19 mars 2013 © JAN KUCHARZYK/ENPOL/SIPA

Des accusations « calomnieuses et diffamatoires » : c’est en ces termes que le Vatican a caractérisé, vendredi, les rumeurs de connivence entre le pape et la junte militaire durant la dictature argentine. Cette campagne vient « d’éléments de la gauche anticléricale pour attaquer l’Eglise et elles doivent être rejetées », a détaillé le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi. Ces attaques ont fusé à la surface le soir même de l’élection, sur internet notamment, accusant Jorge Mario Bergoglio de complicité voire de crimes pendant cette période.

Viralité de l’image oblige, des photos faussement légendées et des vidéos étaient supposées mettre en évidence les liens entre le pape François et le pouvoir dictatorial, dans les années 70 à 80. En réalité, toutes représentent d’autres clercs — le curé d’une église locale de Buenos Aires, le futur cardinal italien Pio Laghi ou encore le cardinal mexicain Antonio Samoré. Ces rumeurs ont d’autant mieux circulé que l’Église argentine est depuis longtemps critiquée pour sa passivité durant la dictature. Elle a d’ailleurs fait son mea culpa en 2000 pour ne pas s’y être suffisamment opposée.

Le pape François est notamment accusé d’avoir joué un rôle dans l’arrestation de deux jésuites, et d’avoir couvert au moins un kidnapping dans le cadre de « l’affaire des enfants volés ». Au terme d’une enquête de longue haleine, le journal La Croix vient de faire le point sur les derniers éléments de preuve en la matière. Les jésuites ont quitté la compagnie avant le coup d’État du 24 mars 1976 et ont été enlevés environ deux mois après, par conséquent à l’insu de Jorge Mario Bergoglio. Ce dernier aurait dès lors « tout fait pour savoir où ils étaient détenus et pour les faire libérer », renchérit le proche d’une des victimes.

Quant aux enlèvements de bébés, le pape affirme ne pas en avoir entendu parler avant les années 1990, comme  une écrasante majorité d’Argentins. Ces accusations semblent effectivement bien fragiles, d’autant que le pape François a reçu des soutiens de poids. Le militant argentin des droits de l’homme Adolfo Pérez Esquivel, Prix Nobel de la paix 1980, a ainsi affirmé, sur la BBC : « Il y a eu des évêques complices de la dictature, mais pas Bergoglio ». Surtout, l’un des jésuites enlevé a assuré que le pape François ne l’avait pas dénoncé.

D’où viennent ces accusations alors ? Selon Horacio Mendez Carreras, l’avocat argentin des familles des Français assassinés par la junte, elles ont été orchestrées par le gouvernement de Cristina Fernandez de Kirchner, épinglé publiquement par le pape en en 2004 pour « des tentatives de corruption et d’enrichissement ». Dernièrement, le pape s’est opposé aux récentes lois sur le mariage homosexuel, le changement de sexe et l’euthanasie, une opposition qui lui a valu d’être taxé de « moyenâgeux » par l’actuelle présidente du pays. Ces tensions seraient néanmoins en train de s’apaiser, le gouvernement souhaitant bénéficier de la popularité du pape.

 

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