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« Molière est bien l’auteur de ses pièces »

La « langue de Molière » serait-elle en réalité… celle de Corneille ? L’idée circule depuis le début du XXe siècle. Mais d’après une nouvelle enquête statistique sur les textes, cette thèse reste infondée : le célèbre auteur est bien à l’origine de son théâtre. Explications avec Florian Cafiero, coauteur de l’étude. Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS.

« Une collaboration », lithographie représentant Jean-Baptiste Poquelin dit Molière (à gauche) et Pierre Corneille (à droite), d’après une œuvre du peintre français Jean-Léon Gérôme (1824-1904) datée de 1863. La paternité des œuvres de Molière est discutée depuis la théorie de l’écrivain Pierre Louÿs en 1919 selon laquelle Corneille en serait le véritable auteur © Isadora / Bridgeman Images

Vous publiez, avec Jean-Baptiste Camps (1), une étude (2) sur la paternité des œuvres de Molière. Pourquoi existe-t-il un doute sur le fait que Molière ait lui-même écrit ses pièces ?
Florian Cafiero (3) :
Dans deux articles publiés en 1919, le poète et romancier Pierre Louÿs juge troublantes des similitudes entre le théâtre de Molière et celui de Corneille. Il pense avoir découvert une formidable supercherie littéraire et avance que tous les chefs-d’œuvre de Molière auraient en fait été écrits par Corneille. Cette idée connaît quelques variantes au fil du XXe siècle. Molière, étant l’acteur principal des pièces en question, se serait vu attribuer le statut d’auteur, comme il était d’usage à l’époque ; mais Corneille aurait écrit tous ses textes.

D’autres hypothèses sont moins radicales. Molière aurait été un génie du théâtre mais un mauvais lettré ; il aurait exposé ses idées à Corneille, qui se serait chargé de les coucher sur le papier avec style. Cette théorie se diffuse plus largement à partir de 2001. Cette année-là, une analyse statistique pilotée par Cyril et Dominique Labbé lui donne une nouvelle jeunesse, en prétendant avoir prouvé la thèse dite « cornélienne ». D’autres études ont suivi et sont allées dans le même sens. Nous contestons cependant ces résultats au vu de nos propres travaux : toutes nos données convergent vers l’idée que Molière serait bien l’auteur de ses pièces. Lire la suite

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Vers des robots traducteurs ?

Jeudi 18 octobre, un public bigarré se presse dans la librairie Eyrolles, à Paris. Chercheurs, startupers, ingénieurs, éditeurs ou simples curieux, tous sont venus découvrir le « premier livre au monde entièrement traduit par une intelligence artificielle (IA) », selon l’invitation. Non sans scepticisme parfois : « Combien d’éditeurs humains sont repassés sur la première version ? », se demande un traducteur. Mais cette performance, réalisée par la startup Quantmetry et les éditions Florent Massot, se révèle à la fois plus modeste et plus intéressante qu’on pouvait le penser.

L’ouvrage en question, Deep Learning (L’Apprentissage profond en français) est une bible pour les chercheurs en IA. Publié par le MIT Press aux États-Unis, il ne trouvait pas de débouché en France. « C’est un texte extrêmement technique, qui aurait nécessité le travail de rares traducteurs spécialisés et pour un coût important », explique l’éditeur. 150 000 euros de budget environ, pour des ventes appelées à rester confinées auprès d’un public spécialisé. Mais c’est aussi un texte très codifié, respectant des tournures de style, une construction et des critères formels beaucoup plus rigides qu’une œuvre littéraire. Lire la suite

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