Penser avec les oreilles

Pourquoi entendons-nous dans notre tête différentes voix et intonations, des changements de rythme ou de volume sonore, lorsque nous lisons un texte ? D’où viennent ces sonorités et, surtout, contribuent-elles à donner du sens au propos déchiffré ? Friedrich Nietzsche – dont il est difficile de lire un paragraphe sans percevoir des accents de tribun – dénonçait « la cire dans les oreilles » des philosophes classiques, tout accaparés qu’ils étaient par une appréhension visuelle du monde et des idées.

Écoute flottante

François Noudelmann prend cette boutade au sérieux et tente de définir ce que serait le fait de « lire avec les oreilles ». Selon lui, on peut en effet identifier des timbres propres à des façons de penser, voire des significations nouvelles pouvant échapper à leurs auteurs. « Une “troisième oreille” permettrait d’accéder ainsi à la fabrique des idées, à la forge contradictoire où se mêlent des affects, des imaginaires et des concepts que le texte vient structurer et fixer », écrit-il. De même que la communication non verbale – gestes, postures, regards – permet d’interpréter la parole d’un interlocuteur, le bruit de la pensée et des textes exprimerait un vécu, une intention plus affective que rationnelle, de ce fait difficile à décrire avec des mots. La psychanalyse est d’ailleurs fréquemment érigée en modèle d’une écoute flottante, trouvant du sens au-delà de ce qui est dit.

Sound studies

F. Noudelmann propose ses propres vues sur cette « lecture avec les oreilles », et situe plus largement son propos dans le cadre du développement des sound studies en Amérique du Nord. Si ses interprétations et analyses sont discutables, elles visent davantage à encourager l’essor de ce type d’études et à ouvrir des champs d’investigation qu’à en donner une idée arrêtée.

Penser avec les oreilles, François Noudelmann, Max Milo, 2019, 252 p., 21,90 €.

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