« Un auteur a changé ma vie »

Il arrive qu’un livre exerce un effet puissant et durable sur son lecteur : il enclenche une vocation professionnelle, donne le goût du voyage, fait bifurquer l’existence… J’ai eu le plaisir de recueillir trois témoignages en ce sens pour Sciences Humaines, dans un numéro dédié au « pouvoir des livres ».

Philippe Huneman, philosophe de la biologie au CNRS, n’aurait probablement pas fait ce métier s’il n’avait jamais lu Jay Gould. Renan Larue, Professeur à l’université de Californie, à Santa-Barbara (États-Unis), est devenu végétarien en lisant Ovide. Marie Leroy-Collombel, Maîtresse de conférences en sciences du langage, a éveillé sa conscience politique en lisant Orwell. Et Cécile Van den Avenne, sociolinguistique spécialiste du contact colonial et des pratiques langagières en Afrique de l’Ouest, a été fascinée par la lecture de Patrick Chamoiseau. Un grand merci pour leurs témoignages ! À retrouver sur le site de Sciences humaines.

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« Aujourd’hui, je vous emmène à la mer… »

Des lectures sont régulièrement organisées dans les hôpitaux de Paris. Si cette démarche n’est pas officiellement intégrée à des protocoles de soin, elle permet néanmoins d’offrir une échappatoire à la maladie. Ce reportage est paru dans Sciences humaines (n° 321, janvier 2020). Un grand merci à Salima Sohier de l’APHP, et à Laure Sirieix de l’association La Liseuse, pour m’avoir fait partager leur ateliers.

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Penser avec les oreilles

Pourquoi entendons-nous dans notre tête différentes voix et intonations, des changements de rythme ou de volume sonore, lorsque nous lisons un texte ? D’où viennent ces sonorités et, surtout, contribuent-elles à donner du sens au propos déchiffré ? Friedrich Nietzsche – dont il est difficile de lire un paragraphe sans percevoir des accents de tribun – dénonçait « la cire dans les oreilles » des philosophes classiques, tout accaparés qu’ils étaient par une appréhension visuelle du monde et des idées.

Écoute flottante

François Noudelmann prend cette boutade au sérieux et tente de définir ce que serait le fait de « lire avec les oreilles ». Selon lui, on peut en effet identifier des timbres propres à des façons de penser, voire des significations nouvelles pouvant échapper à leurs auteurs. « Une “troisième oreille” permettrait d’accéder ainsi à la fabrique des idées, à la forge contradictoire où se mêlent des affects, des imaginaires et des concepts que le texte vient structurer et fixer », écrit-il. De même que la communication non verbale – gestes, postures, regards – permet d’interpréter la parole d’un interlocuteur, le bruit de la pensée et des textes exprimerait un vécu, une intention plus affective que rationnelle, de ce fait difficile à décrire avec des mots. La psychanalyse est d’ailleurs fréquemment érigée en modèle d’une écoute flottante, trouvant du sens au-delà de ce qui est dit.

Sound studies

F. Noudelmann propose ses propres vues sur cette « lecture avec les oreilles », et situe plus largement son propos dans le cadre du développement des sound studies en Amérique du Nord. Si ses interprétations et analyses sont discutables, elles visent davantage à encourager l’essor de ce type d’études et à ouvrir des champs d’investigation qu’à en donner une idée arrêtée.

Penser avec les oreilles, François Noudelmann, Max Milo, 2019, 252 p., 21,90 €.

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Le relativisme à l’assaut des sciences

Dans les années 1960, des chercheurs remettent en question l’objectivité et la fiabilité de la démarche scientifique. Si leurs appels à plus de prudence ont été largement adoptés, leurs positions les plus radicales restent absurdes aux yeux des plus rationalistes.

Cet article est paru dans « les grands dossiers » de Sciences Humaines (n° 57), consacré aux controverses dans l’histoire de la philosophie. Un grand merci au philosophe de la biologie Philippe Huneman, notamment auteur d’un essai sur la question Pourquoi ? ( Autrement/Flammarion, janvier 2020), et d’un autre,  à paraître au Croquant courant 2020, sur une « Ligne de crête » entre le scientisme et le scepticisme.

À lire également : Science et relativisme, de Larry Laudan (éd. Matériologiques, 2017), préfacé par Pascal Engel.

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« Innover, c’est aussi chercher à améliorer nos conditions de vie »

Notre conception de l’innovation a radicalement changé ces dernières décennies, et une approche davantage fondée sur le bien-être et l’humain se serait substituée à l’idéologie techno-centrée des années 1990. C’est l’analyse de l’économiste Sébastien Lechevalier qui a dirigé un récent ouvrage sur le sujet. Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS.

 

Le livre Innovation Beyond Technology: Science for Society and Interdisciplinary Approaches que vous avez dirigé, paru cette année aux éditions Springer, montre à quel point ces dernières décennies ont été un « âge d’or » pour l’innovation technologique. Pour quelles raisons est-ce le cas ?
Sébastien Lechevalier (1) : D’un point de vue statistique, plusieurs indicateurs témoignent d’une accélération dans ce domaine depuis les années 1990. Des historiens et des économistes constatent notamment que les investissements dans la recherche scientifique et dans l’ingénierie ont beaucoup augmenté, tout comme le nombre de chercheurs, de doctorants ou encore de publications. Dans le secteur public comme dans le privé, il y a donc davantage de ressources mobilisées au niveau mondial. Cela tient bien entendu en partie au développement chinois en la matière. Cette évolution est également visible au niveau des effets, comme en témoigne l’évolution de la puissance de calcul des ordinateurs selon les lois de Moore. On retrouve des tendances similaires dans la médecine, les biotechnologies et l’ingénierie de manière générale.

Dans les années 1990, l’idée s’impose que l’innovation (essentiellement technologique) est la condition sine qua non pour se développer, prospérer, ou tout simplement survivre.

Il faut cependant relativiser ces évolutions à l’échelle de l’histoire : l’invention de l’imprimerie n’a-t-elle pas été une innovation plus importante que celle de l’internet par exemple ? Difficile de répondre d’un point de vue strictement statistique. En revanche, quand on s’intéresse à l’histoire des sciences et des idéologies, on constate que l’innovation devient une valeur cardinale dans les années 1990. À la tête des entreprises comme des États, l’idée s’impose que l’innovation (essentiellement technologique) est la condition sine qua non pour se développer, prospérer, ou tout simplement survivre. Lire la suite

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La finance, un vieil adversaire…

Dès l’Antiquité, le philosophe Aristote valorisait l’économie réelle contre la spéculation. Cette chronique est parue dans le magazine Management (n° 280, décembre 2019 – janvier 2020). À retrouver en prime : l’art de manager comme Le Prince de Machiavel.

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Comment gérer la colère d’un collègue ?

Contrairement à une idée reçue, s’énerver est une réaction plutôt saine d’un point de vue psychologique. Rester à la gérer finement quand on est manager, un travail de longue haleine mais qui s’apprend.

Cet article est paru dans le magazine Management (n° 280, décembre – janvier 2019). Un grand merci pour leurs témoignages et leur expertise à :

  • Emma Vilarem, docteure en neurosciences, cofondatrice et cheffe de projet à l’agence de consulting Cog’X,
  • Jérôme Palazzolo, psychiatre, pratiquant de sports de combat, auteur, avec le champion d’arts martiaux mixtes Axel Sola, de Gérer les conflits et l’agressivité au quotidien (Josette Lyon, 2019)

À lire également : les travaux d’Olga Klimecki, chercheuse en psychologie et neurosciences, sur l’empathie, la compassion, et leurs rôles dans la résolution des conflits.

Et à retrouver dans ce même dossier une sélection de trois livres décalés pour s’initier à la gestion de conflit : l’œuvre d’un samouraï japonais, l’histoire d’un cadre sous pression et les leçons d’un philosophe intergalactique.

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Qui a peur du « genre » ?

Aux quatre coins du monde, de Donald Trump à Jair Bolsonaro, des intégristes religieux aux partisans proclamés du bon sens, le « genre » est devenu un épouvantail permettant de fédérer des tendances politiques par ailleurs opposées. Cet article est paru sur Le Journal du CNRS.

Le drapeau de la « straight pride » de Boston, le 31 août 2019, une étonnante marche pour exprimer la « fierté hétérosexuelle » qui a suscité l’indignation aux États-Unis. © Scott Eisen / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Les études de genre ont gagné en légitimité, pourtant elles n’ont jamais été autant attaquées à travers le monde. Cette ambivalence a été abordée lors de la conférence plénière du deuxième Congrès international du Groupement d’intérêt scientifique (GIS) Institut du Genre, qui s’est tenu du 27 au 30 août dernier à l’Université d’Angers, en partenariat avec cette dernière.

Ces mouvements trouvent appui au plus haut sommet de l’État, obtenant le retrait de campagnes pédagogiques, de projets de loi, des restrictions gouvernementales à l’encontre de la recherche scientifique.

« Certes le nombre de publications scientifiques et de coopérations internationales et interdisciplinaires a régulièrement augmenté ces dernières années, constate la sociologue Sylvie Cromer (1). Et de plus en plus de disciplines tiennent compte du prisme de genre dans leurs études, comme la musicologie et les sciences de gestion dont nous avons pour la première fois accueilli une intervention au congrès », s’enthousiasme-t-elle. Mais on constate aussi que l’opposition aux études de genre s’est renforcée et organisée. Lire la suite

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« Molière est bien l’auteur de ses pièces »

La « langue de Molière » serait-elle en réalité… celle de Corneille ? L’idée circule depuis le début du XXe siècle. Mais d’après une nouvelle enquête statistique sur les textes, cette thèse reste infondée : le célèbre auteur est bien à l’origine de son théâtre. Explications avec Florian Cafiero, coauteur de l’étude. Cette interview est parue dans Le Journal du CNRS.

« Une collaboration », lithographie représentant Jean-Baptiste Poquelin dit Molière (à gauche) et Pierre Corneille (à droite), d’après une œuvre du peintre français Jean-Léon Gérôme (1824-1904) datée de 1863. La paternité des œuvres de Molière est discutée depuis la théorie de l’écrivain Pierre Louÿs en 1919 selon laquelle Corneille en serait le véritable auteur © Isadora / Bridgeman Images

Vous publiez, avec Jean-Baptiste Camps (1), une étude (2) sur la paternité des œuvres de Molière. Pourquoi existe-t-il un doute sur le fait que Molière ait lui-même écrit ses pièces ?
Florian Cafiero (3) :
Dans deux articles publiés en 1919, le poète et romancier Pierre Louÿs juge troublantes des similitudes entre le théâtre de Molière et celui de Corneille. Il pense avoir découvert une formidable supercherie littéraire et avance que tous les chefs-d’œuvre de Molière auraient en fait été écrits par Corneille. Cette idée connaît quelques variantes au fil du XXe siècle. Molière, étant l’acteur principal des pièces en question, se serait vu attribuer le statut d’auteur, comme il était d’usage à l’époque ; mais Corneille aurait écrit tous ses textes.

D’autres hypothèses sont moins radicales. Molière aurait été un génie du théâtre mais un mauvais lettré ; il aurait exposé ses idées à Corneille, qui se serait chargé de les coucher sur le papier avec style. Cette théorie se diffuse plus largement à partir de 2001. Cette année-là, une analyse statistique pilotée par Cyril et Dominique Labbé lui donne une nouvelle jeunesse, en prétendant avoir prouvé la thèse dite « cornélienne ». D’autres études ont suivi et sont allées dans le même sens. Nous contestons cependant ces résultats au vu de nos propres travaux : toutes nos données convergent vers l’idée que Molière serait bien l’auteur de ses pièces. Lire la suite

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Le pouvoir rend-t-il mauvais ?

C’est le constat établi par par Dacher Keltner, professeur de psychologie à l’université de Californie, à Berkeley… et déjà avant celui de Platon dans la République ! Si l’altruisme n’est pas naturel, peut-être faut-il forcer sa nature. Cette chronique est parue dans le magazine Management (n° 279, novembre 2019). À retrouver en prime : l’art de manager comme Le Prince de Machiavel.

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