Archives de Tag: Michel Onfray

Psychanalyse : antisémite toi-même !

Tous antisémites… Il aura fallu peu de temps pour que le débat sur la psychanalyse n’atteigne le « point Godwin », soit l’idée qu’une polémique s’envenime jusqu’à la comparaison de l’adversaire aux nazis. Dans Le crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne (Grasset, 21 avril 2010), Onfray analyse notamment L’homme Moïse et la religion monothéiste (1939), un essai de Freud, et conclut à l’antisémitisme de l’auteur et fondateur de la psychanalyse. « Si Freud a raison, cet étrange livre autorise une variation supplémentaire sur la “haine de soi juive” chère à Lessing en montrant un juif antisémite ».

Élisabeth Roudinesco tient un propos inverse dans une interview qu’elle donne au Nouvel Observateur. À la question « quelle est la particularité de la critique de Freud en France ? », l’historienne de la psychanalyse répond : l’antisémitisme plus ou moins larvé.  « Il y a bien souvent en France une jonction inconsciente entre antifreudisme, racisme, chauvinisme et antisémitisme, fondée sur la haine des élites et le populisme […] Les éternels complots et affabulations attribués aux psychanalystes sont douteux : on voit l’oeil, la main et le nez de Freud partout… »

Dans Droit naturel et histoire (1953), le philosophe Léo Strauss a critiqué de telles invectives en quelques mots d’une redoutable efficacité : « nous devrons éviter l’erreur, si souvent commise ces dernières années, de substituer à la reductio ad absurdum la reductio ad Hitlerum. Qu’Hitler ait partagé une opinion ne suffit pas à la réfuter. »


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Le débat Onfray/Miller publié dans le numéro de février de Philosophie magazine
La vidéo de ce débat, sur Philosophies.tv

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Nietzsche, une BD pour tous et pour personne

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C’est la première bande dessinée consacrée à la vie d’un philosophe. Michel Onfray et le dessinateur Maximilien le Roy adaptent la biographie de Nietzsche en un tome paru vendredi 19 mars aux éditions Le Lombard (128 pages, 19 €). À mi chemin entre l’histoire et la légende, l’académique et le symbolique, cet ovni culturel raconte une existence dépeinte dans un script que Michel Onfray destinait au cinéma, L’innocence du devenir (Galilée, 2008). Ce texte a inspiré Maximilien Le Roy, qui nourrissait le projet de dessiner quelque chose autour de l’oeuvre de Nietzsche. Il envoya ses premières planches au fondateur de l’université populaire de Caen. Ce dernier, séduit par ces esquisses et soucieux de « faire descendre la philosophie dans la rue », a donné son accord pour un album.

Les auteurs privilégient les moments forts de la biographie : la découverte de Schopenhauer dans une boutique de Leipzig, une visite chez les Wagner à Tribschen, la prise d’une photo aujourd’hui célèbre en compagnie de Paul Rée et Lou Andreas-Salomé… Les scènes clés se succèdent, les allusions et les ellipses sont nombreuses ; des dialogues et des illustrations symboliques font office de transitions, d’autant que les récitatifs n’indiquent que les lieux et les dates. Ce schéma, qui varie les vitesses et les intensités, a l’avantage de rythmer la lecture et de synthétiser le propos. Mais il peut aussi l’alourdir : le rappel des faits en forme de conversation impromptue est parfois pesant, et les idées de Nietzsche se condensent mal en quelques bulles.

Contraintes du format obligent, ce n’est pas une histoire de l’histoire de Nietzsche. Pertinent dans les grandes lignes, ce récit imagé donne parfois corps à des scènes contestables, qui reposent par exemple sur des témoignages isolés ou indirects. Ainsi, la vision classique de la crise de folie qui frappe le philosophe en 1889 est une légende tenace et invérifiable, comme l’a révélé Curt Paul Janz dans sa biographie (Tome III, pp. 424-426).  Par ailleurs, Michel Onfray et Maximilien Le Roy dénoncent avec justesse la falsification des textes de Nietzsche par sa soeur Élisabeth – nazie notoire et militante –, s’attachant à dédouaner le philosophe des accusations d’antisémitisme.

Pour une première approche, c’est idéal. Cette initiative offre un récit précis et illustré avec finesse. Cela ne s’adresse pas tant aux amateurs de bandes dessinées et aux inconditionnels de Nietzsche qu’à un public qui voudrait un aperçu de la vie du philosophe en une petite heure de lecture.

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Identité nationale : un débat politique, plusieurs définitions

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Le ministre de l’immigration Éric Besson a lancé un débat sur les valeurs de l’identité nationale. Mais peut-on définir la France en termes d’identité ?

Existe-t-il une identité nationale de la France ? Le ministre de l’immigration Éric Besson n’en doute pas. Invité de l’émission Le Grand Jury – RTL du 26 octobre, il annonce un grand débat sur le sujet. Un site Internet participatif est lancé le lundi suivant par son ministère, mais la polémique fait déjà rage dans les médias.

Du côté des historiens, Patrick Weil, critique vivement pour l’AFP la prétention du politique à décréter qui est Français. Directeur de recherche au CNRS et auteur Qu’est-ce-qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, il ajoute que cette identité supposée renvoie à des traditions très différentes. « On peut se sentir Français en relation avec Jeanne d’Arc, Louis XIV, Danton ou Robespierre, de Gaulle ou Clemenceau. »Interrogé par Sud-Ouest, l’historien démographe Hervé Le Bras renchérit. Directeur de recherche à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), il estime que l’identité nationale est un mythe. « Les seuls moyens qu’on a de l’approcher, c’est de parler de l’histoire de la France, de l’espace français, de sa population et de l’histoire de son État. »

En revanche, Daniel Lefeuvre juge pour Le Point que « l’identité nationale est l’affaire de tous ». Professeur d’histoire à l’université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis et coauteur de Faut-il avoir honte de l’identité nationale ?, il estime qu’elle est « évidemment l’affaire des politiques. L’État a toujours été un des acteurs majeurs de la construction de l’identité nationale ». Invité de RTL Midi le 26 octobre, Max Gallo a également exprimé sa satisfaction de voir cette « question cruciale » mise sur la table. « Il y a une identité nationale qui est ouverte, qui s’élargit, se modifie, se colorise mais il y a aussi des fondamentaux qui jouent dans la vie politique et qu’il est bon de rappeler. »
Ces derniers jours, le philosophe Michel Onfray s’est réjoui pour le Nouvel Obs que le débat sur l’identité nationale soit rouvert : « ce n’est pas parce que la droite et l’extrême droite ont défini une certaine idée de l’identité de la France qu’il faut leur laisser dire. C’est une bonne occasion de dire que la France, c’est la Révolution française, c’est une certaine conception de la République qui fait preuve d’ouverture, de solidarité et de fraternité ». À l’inverse, interrogé par L’Express, l’anthropologue Régis Meyran fustige ce qu’il estime être une chimère nationaliste. Chercheur à l’EHESS et auteur du Mythe de l’identité nationale, il affirme même que « parler de l’identité nationale revient au même que de parler du Français de souche, ça renvoie à une opposition entre les supposés vrais Français et les étrangers ».

Philosophie Magazine a consacré son numéro de juin 2009 à l’esprit français. Sommes-nous galants, gourmets, cartésiens, fiers de notre langue, xénophobes… ? S’il est apparu que six caractéristiques permettaient de comprendre ce qui fait notre singularité, celles-ci ne sauraient être figées en une identité fixe.
« L’Hexagone que nous avons dessiné n’a rien de fixe et d’éternel, écrit Michel Eltchaninoff. Il suggère que l’esprit français souffle lorsqu’une règle est posée, mais que des individus jouent avec elle. Entre nécessité mathématique et liberté personnelle, la philosophie française, l’incarne parfaitement. Finalement, cet esprit mouvant, parfois évanescent, en permanente tension, risquant le déséquilibre chauvin, mais propice à de belles réalisations, représentent un excellent antidote à la pesante fixité de l’identité nationale que l’on voudrait ériger aujourd’hui en idéologie officielle. »

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